Subventions des établissements privés : appliquons la laïcité !


Politique / mardi, janvier 7th, 2020

Le laïcité et le rapport aux religions sont des questions qui animent les passions en France. Elles ont structurées, en partie, l’opposition droite/gauche. Fondé sur un compromis précaire, des aspects de ce principe restent encore à ancrer dans la loi.

Inscrit dans la loi de 1905, le principe de laïcité ne combat pas les religions mais fait en sorte que ses structures se développent en dehors et sans l’aide de l’État.

Or, ce principe connaît une entorse avec les établissements privés sous contrat d’association. Selon ce contrat, les collèges et lycées privés peuvent bénéficier de subventions publiques au titre de la rénovation immobilière, des bâtiments et de l’entretien du personnel d’entretien.

C’est dans ce cadre que le lycée privé professionnel catholique (Cecam) à Saint-Jeoire a obtenu en octobre 2019 20 000 € de la Région et 20 000 € de la communauté de communes alors même que cela n’est pas dans ses compétences ! Le reste est à la charge du diocèse.

Ce sont également 23 000 € pour le collège privé de l’assomption à Saint-Gervais et 21 000 € pour le collège Jeanne d’Arc à Chamonix qui ont été alloués par le département. A cela s’ajoute des fonds publics pour l’équipement informatique.

Concernant le Cecam à Saint-Jeoire, les problèmes de trésorerie ont nécessité une aide publique largement soutenue par le patronat qui trouve dans cet établissement une force de travail formée pour le décolletage et le B.T.P.

Devant les impératifs du capital, la laïcité s’efface ! Mais cela est peu étonnant lorsqu’on regarde l’historique des lois de l’enseignement en France qui ne sont, finalement, qu’un compromis dans le rapport de force entre les forces démocratiques et les forces conservatrices.

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L’enseignement privé catholique a été largement favorisé par la loi Falloux du 15 mars 1850. D’ailleurs, c’est au titre de cette loi que ces fonds publics ont été accordés aux établissements privés de la vallée. En complément de la loi Guizot de 1833, la loi Falloux, du nom du député monarchiste légitimiste Alfred Falloux, assure la liberté d’enseignement aux congrégations religieuses.

La question de l’instruction publique a été le grand casse-tête de la bourgeoisie au XIXe siècle, divisée entre les conservateurs-catholiques et républicains-libéraux. Ce fut un enjeu crucial car l’élan en faveur d’un enseignement public et démocratique en opposition ferme aux prétentions religieuses était porté par le mouvement ouvrier.

En effet, ce n’est pas un hasard si la loi Falloux fut votée en mars 1850, à la suite de l’élection du très réactionnaire Louis Bonaparte et deux ans après les grandes émeutes ouvrières de février 1848 ayant amené la Seconde République sous la bannière du drapeau rouge.

Pour les catholiques, l’idée même d’un enseignement public d’État n’était que stratégie dissimulée de « communisme intellectuel », comme l’affirma le député catholique et rédacteur de la loi Falloux Charles Montalembert.

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Mais, que cela soit les lois de l’enseignement obligatoires de Jules Ferry dans les années 1880, la loi Debré en 1959 ou encore la loi Savary en 1984, c’est toujours le compromis avec le Clergé qui a gagné.

La réelle séparation de l’Etat et des religions ne peut triompher qu’avec un mouvement démocratique et populaire façonné par la Gauche avec l’objectif d’un arrêt strict des subventions publiques vers le privé.

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