Tourisme et pollution de l’air


Ecologie / vendredi, janvier 3rd, 2020

Depuis le 31 décembre, un pic de pollution de l’air sévit sur la vallée de l’Arve. Passy a connu une concentration de 61,3 microgrammes par mètres cubes d’air de particules fines de 2,5 microns (PM2,5) dans la matinée du 31 décembre et jusqu’à 78 microgrammes dans la nuit du 1er janvier à Chamonix. La valeur limite des PM 2,5 est fixée à 25 microgrammes par m3 d’air sur toute l’année.

Ces derniers jours, à condition de monter un petit peu en altitude, notamment au-dessus de 1000 mètres, il fait beau et chaud dans la vallée de l’Arve.

Avec un anticyclone de haute pression actuellement stabilisé sur les Alpes, le phénomène connue d’inversion température s’active. Il fait plus chaud en haut qu’en bas, et avec l’humidité naturelle des parois montagneuses c’est un épais brouillard de stratus qui se forme.

Le problème est qu’au-delà de l’ambiance de morosité, cette grisaille agrège les particules fines émises par l’activité humaine (chauffage, transports, industries).

« Normalement », les particules fines émises se dissipent dans l’air, à la faveur des vents et des remontées dans les couches de l’atmosphère. Avec le brouillard et de grosses gouttelettes d’eau piégés, les particules fines s’agrègent et sont bloquées tout autant que les flux de masses d’air.

Nous disons entre guillemets « normalement » car chacun aura compris que le problème principal, c’est surtout le niveau d’émission de particules polluantes de « nos » activités.

>> Voir aussi : Plan de Protection de l’Atmosphère : il nous faut un contrôle démocratique !

Dans ces conditions, la préfecture de Haute-Savoie a déclenché le seuil d’alerte. Les mesures furent principalement l’interdiction des feux d’artifice et des chauffages individuels d’appoint, le report d’activité pour les industries, la baisse de la vitesse de circulation sur les axes secondaires (70km/h au lieu de 80km/h).

Ce sont là des mesurettes qui sont par ailleurs méconnues car, en dehors de la limitation de vitesse, elles sont presque pas diffusées, et donc logiquement peu respectées.

Mais pour qu’il y ait tout cela il faudrait évidemment une mise en branle de la population et de puissants moyens de contrôle. Non pas naïvement une « police de l’air », mais une mobilisation à la base générant son propre outil de contrôle. Sans un tel mouvement populaire, tout est illusion.

Lorsqu’on voit le pic de pollution en particulier à Chamonix, il est évident que la mobilisation ne peut que prendre l’aspect d’une lutte de classe pour démanteler une source massive de pollution.

La population de Chamonix, et en général des stations de ski, double entre l’année « normale » et la saison d’hiver. Avec ces 82 354 lits d’hôtels, la vallée de Chamonix a enregistré 2 485 800 touristes pendant l’hiver 2011, dont 1 998 300 pour la seule ville de Chamonix.

Une minorité huppée (7% environ des français) s’installe temporairement et met en route les chauffages de leurs résidences secondaires. A cela s’ajoute l’augmentation du trafic routier, qu’il soit individuel ou industriel pour approvisionner les stations en marchandises, produites et stockées en bas de la vallée. De plus, la flotte locale de camions répond moins aux normes anti-pollution que celle des monopoles internationaux (coût de l’investissement).

L’industrie touristique vient ainsi renforcer un déséquilibre démographique (surpopulation) qui est déjà présent dans la vallée.

Pourtant, la nature des vallées alpines appelle à une accalmie de l’activité humaine en raison d’une mise au repos général de la biosphère. Les pics de pollution de l’air nous rappellent ainsi que l’industrie touristique est une folie anti-naturelle qui devra, tôt ou tard, être démantelée.

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