L’insupportable jeu d’équilibriste d’Emmanuel Macron au Mont-Blanc


Ecologie, Politique / vendredi, février 14th, 2020

Ce jeudi 13 février, le président Emmanuel Macron est venu dans le massif du Mont-Blanc. Après une visite de la mer de glace le matin pour annoncer le lancement de l’Office français de la biodiversité (OFB), le président de la République s’est rendu à Saint-Gervais pour parler des incivilités au Mont-Blanc et de la pollution de l’air.

Faire un discours écologique à Chamonix alors que le glacier de la mer de glace a perdu 220 mètres d’épaisseur depuis 1900, il y a là un grand symbole.

Sauf que derrière le symbole, il y a toute une mentalité qui s’exprime, celle d’un homme de la bourgeoisie libérale. Pour cette classe sociale, la Nature est avant toute chose une carte postale : c’est « l’environnement » que l’on voit défiler à travers une vitre d’un TGV.

La fonte de la mer de glace ? Une « émotion ici de voir un paysage se déformer » dit-il. L’érosion de la biodiversité ? une perte qui « contribue aux équilibres de ces paysages, du monde habitable qui est le notre » analyse-t-il.

C’est la mentalité d’un gestionnaire d’une entreprise capitaliste. Il faut gérer ceci et cela comme des lignes de chiffres sur un document administratif.

Il n’y a rien de vivant, de sensible, d’authentique, comme l’est d’ailleurs cet Office français de la biodiversité co-piloté par des chasseurs. Né au 1er janvier 2020, cet organisme de 2 800 agents est une fusion de « l’Agence française pour la biodiversité » (AFB) et de « l’Office National de la chasse et de la faune sauvage » (ONCFS).

« Les solutions passent par l’innovation et des synergies intelligentes. Auparavant, écologistes et chasseurs ne se parlaient pas, ou trop peu, de manière souvent conflictuelle. Or ils veulent tous protéger des écosystèmes, une biodiversité » (Emmanuel Macron, jeudi 13 février, Saint-Gervais)

Macron joue au jeu de l’équilibriste. Vouloir protéger la vie sauvage en laissant co-piloté par des chasseurs est pitoyable. Mais, cela lui va bien car les chasseurs ce sont ces beaufs comptables de la campagne qui adorent compter et répertorier des espèces pour mieux les abattre.

L’autorisation d’un quota de tirs de lagopède alpin hélvética pourtant espèce en voie de disparition est là pour attester de cette conception délétère du vivant pour les fédérations de chasse.

>> Voir aussi : Lagopède Alpin : les chasseurs contre la LPO

A Chamonix, il a également été question de la lutte contre l’étalement urbain avec l’objectif d’une « zéro artificialisation nette des sols ». C’est là du pur « bla-bla ». Sans abolir le principe « éviter, réduire, compenser » (E.R.C) de la loi « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages », promoteurs immobiliers et autres entreprises de travaux publics peuvent faire complètement ce qu’elles veulent. Le triste sort de la zone humide de Sallanches en est un exemple récent…

Ce jeu de comptable équilibriste est pareillement intenable en ce qui concerne le Mont-Blanc. Appeler à la création d’une aire protégée contre les « excès » dans le massif laisse penser qu’il n’y a que des mauvais comportements à la marge.

Mais ces attitudes sont le produit de l’individualisme produit par une société libérale. C’est le bobo traileur pendant l‘UTMB, le bourgeois forcené qui se pose en hélicoptère, le petit-bourgeois dans un festival techno, l’ouvrier parapentiste qui se pose au sommet pendant la canicule

Toute une panoplie de gens qui ne voient que leur petite existence égoïste car à moins d’une grande rupture culturelle, la société nous façonne tous comme cela. Dans le capitalisme, le Mont-Blanc n’est pas un écosystème fragile mais une marchandise qui sert à valoriser des individus.

Face à cela il n’y a pas 36 000 solutions : le Mont-Blanc doit devenir un sanctuaire, par respect pour la vie sauvage et les écosystèmes. Le principe de faire reculer l’humain de ces espaces si fragiles pour mieux les protéger est ce qui est à la hauteur du problème.

>> Voir aussi : Plan pour le Mont-Blanc: des mesures pour sauver le tourisme

Chasseurs, marchandisation du Mont-Blanc, bétonisation : face à l’agression de la biosphère, il faut trancher en faveur de la vie sans tergiverser. Seule la Gauche solide sur ses appuis historiques, celle qui lève bien haut le drapeau du collectivisme et de la planification est à même de dresser une telle perspective politique.

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