Sur la grève des saisonniers


Politique, Vie quotidienne / lundi, février 24th, 2020

Samedi 15 février 2020, une grève des travailleurs saisonniers a eu lieu dans plusieurs stations de ski. Un nouveau pré-avis de grève a été déposé pour aujourd’hui, 24 février. Ce conflit fait suite à la réforme de l’assurance chômage mis en oeuvre le 1er novembre 2019.

Ce sont les employés d’une cinquantaine de stations qui se sont mobilisés ce samedi 15 février 2019, en parallèle d’une pétition de la CGT remontés mécaniques ayant déjà recueilli près de 3 904 signatures.

Les 22 stations de ski en Haute-Savoie emploient 25 200 travailleurs, pour 13 200 travailleurs saisonniers (52 % des effectifs salariés). Une grande partie de ses saisonniers sont recrutés en dehors de la région, accentuant par là leur dépendance aux employeurs en termes de conditions de vie.

Avec la réforme de l’assurance-chômage, ces travailleurs risquent de perdre gros. Dorénavant, il faudra avoir travaillé 6 mois sur les 2 derniers mois (contre 4 sur 28 avant). L’allocation mensuelle va être divisée par deux pour tous les CDD, intérims et temps partiels. Et enfin, le seuil de rechargement des droits passe de 1 à 6 mois.

Pour les saisonniers, cela signifie au mieux une dégressivité d’au moins 30% l’indemnité chômage, au pire une fermeture complète de ces droits.

En plus du désastre écologique, l’envers de l’ « or blanc » c’est la précarité saisonnière, qui va s’accentuer avec ce vaste recul d’une importante conquête sociale. Et face à cette situation sociale, le syndicalisme ne peut être une fin en soi.

>> Voir aussi : où est passé l’hiver ?

Car le problème des saisonniers ce n’est pas que la précarité salariale. C’est tout un mode de vie qui dépend du bon vouloir des entrepreneurs du secteur. La baisse de l’allocation-chômage est la goute d’eau qui fait déborder le vase.

En effet, en octobre 2018, une majorité de ces salariés se disaient insatisfaits de leurs condition de logement, mal isolés, insalubres et sans intimité. Plutôt que de payer un loyer pour un logement lugubre, certains préfèrent alors vivre dans leurs camions.

Et, parfois, il arrive des drames. Ce fut le cas à Chamonix en janvier 2016, où un couple de jeunes saisonniers et leur chien, sont morts asphyxiés après que leur camion ait pris feu. En janvier 2019, à Courchvel, l’incendie d’un immeuble logeant des saisonniers faisait deux morts (une femme de chambre de 22 ans et un commis de cuisine de 50 ans), 21 blessés, dont 4 grièvement.

A ces conditions de logement s’ajoute une dégradation psychique et morale. Dans les cafés, les restaurants et les hôtels, une intense pression règne pour servir une bourgeoisie particulièrement ingrate. Certains en viennent bien souvent à consommer des drogues pour tenir le choc.

Les travailleurs saisonniers ne sont qu’une variable d’ajustement qui paient le prix fort pour assurer les profits de l’industrie touristique. Espérons que la lutte actuelle parvienne à s’élever à un haut niveau et trouve satisfaction.

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