Coronavirus : un ouvrier immunodéprimé témoigne de son délaissement par l’Etat


Vie quotidienne / lundi, mars 16th, 2020

Peux-tu te présenter (situation personnelle, professionnelle et médicale)

Salut, je m’appelle Romain, j’ai 25 ans et je suis ouvrier dans une usine à Sallanches. Suite à une maladie j’ai perdu la fonction de mes deux reins de naissance. J’ai donc été greffé d’un rein en juin 2018.

Pour que tout se passe bien vis-à-vis de la greffe je prend des médicaments qui baissent mes défenses immunitaires. Cela empêche mon organisme de s’attaquer aux greffons. Je suis donc ce qu’on appelle une personne immunodéprimée, ce qui veut dire que je suis  plus fragile face à toutes les sortes d’infection.

Quelle mesure a été mise en place pour la direction de ton entreprise ?

Depuis l’allocution d’Emmanuel Macron, mon entreprise a mis en place les mesures permettant aux parents de rester chez eux pour s’occuper de leurs enfants. Pour moi rien n’a été mis en place, je n’ai pas d’enfants, pour l’instant l’usine tourne à peut prêt normalement et mon poste n’est pas du tout aménageable. Je ne rentre donc dans aucun critère me permettant de rester chez moi. On m’as dit que c’était au médecin de m’arrêter.

Quel a été l’accompagnement de l’Etat ou d’un organisme public de patients ?

Vu que l’usine ne pouvait rien faire pour moi, j’ai donc contacté le centre de néphrologie de Sallanches, où je suis très bien suivi depuis le début de ma maladie pour, me faire arrêter. Mais j’ai été extrêmement surpris d’apprendre que la consigne était de ne pas faire d’arrêt pour les personnes greffées.

J’ai ensuite contacté l’hôpital Edouard Herriot de Lyon où j’ai été greffé. Même réponse qu’à Sallanches : pas d’arrêt.  » On ne peut pas arrêter tous les transplantés  » m’a-t-on dit. Ils m’ont proposé de me faire un certificat pour justifier de mon état de santé auprès de mon employeur ou de la médecine du travail.

Vu que l’usine ne pouvait rien faire, j’ai contacté la médecine du travail qui me dit qu’elle peut au mieux faire aménager mon post si cela est possible, ce qui ne l’est pas… Donc je me retrouve bloqué. Je suis une personne fragile et partout on nous dit de rester chez nous pour diminuer les risques, mais pour les transplantés du coin, impossible de se faire arrêter.

Comment as-tu eu un certificat d’arrêt de travail ?

C’est en creusant sur internet  que j’ai réussi à rentrer en contact avec Renaloo, une association regroupant des personnes atteintes de maladie rénale. Elle m’a communiqué le contact d’un néphrologue de Grenoble acceptant de faire des arrêts maladies au transplantés et qui ma encouragé à donner son contact aux personnes dans ma situation.

Comment vois-tu la situation ?

Honnêtement je suis halluciné de cette situation et ça me fait peur pour les personnes qui se sont faite refouler et qui, faute de solutions, devrons aller travailler ou faire une croix sur leurs salaires.

Il devrait y avoir un protocole simplifié permettant aux patients ainsi qu’à leurs conjoints d’arrêter le travail en maintenant nos salaires. Là c’est individualisé. J’ai réussi car je suis un peu teigneux et que j’ai cherché à fond, sinon je ne sais pas ce que j’aurai fait. Il faut que le gouvernement agisse rapidement pour réellement mettre les personnes fragiles à l’abris.

Une réponse à « Coronavirus : un ouvrier immunodéprimé témoigne de son délaissement par l’Etat »

  1. Bravo MONSIEUR !!! Ici nous sommes en France et lorsque tu ne sais pas personne nous donne les infos. L’état dit que nous les greffés on leur coute déjà assez cher, alors prendre des mesures supplémentaires pour nous protéger du covid19….. Moi je suis paysagiste dans une entreprise adaptée qui en a que le nom. Le seul mot de la direction c’est bénéfice. Aujourd’hui peu importe les recommandations du médecin du travail et pour le covid19 le gel c’est pour le personnel des bureaux, nous sur le terrain même pas de savon, 3 par camion ect… Donc tu vois, je suis greffé double greffe rein pancréas depuis 20 ans qui fonctionne super bien mais aujourd’hui et dans ces conditions monseul droit c’est marche ou crève. C’est la guerre…

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