Municipales : l’impasse de l’apolitisme


Politique / samedi, mars 14th, 2020

Demain, dimanche 15 mars a lieu le premier tour des élections municipales. En dehors de Passy et Bonneville, il n’y a aucune liste qui assume la Gauche (ni d’ailleurs la Droite). En fait tout a été lessivé dans l’apolitisme, un signe inquiétant pour la démocratie.

Voici quelques présentations de listes aux élections municipales dans la vallée :

« Depuis plusieurs mois, un collectif compétent et dévoué à l’intérêt général m’a choisi et m’accompagne pour porter un grand projet citoyen » Claude Ruet , pour Cluses 2020 Portons demain (divers droite)


« Avec les élus sortants Christèle Rébet, Alain Roger, Annette Bordon, l’Association Citoyenne de Passy et une nouvelle équipe, cette liste sans étiquette rassemble des sensibilités de gauche, de centre-droit et de droite » Raphaël Castera, pour « Réussir pour Passy«  (soutenu par le parti socialiste)


 « Ma volonté est d’agir localement, dans une démarche citoyenne non partisane » Josée Krempp, ex militante EELV, pour « Initiatives citoyennes Sallanches« 

« Citoyen », « démocratie participative », « sans étiquette ». Voilà ce qui est martelé dans bons nombre de listes qui cherchent à masquer leur ancrage politique. Une idée absurde a fait son chemin dans les consciences : une mairie serait exempt de conflits idéologiques.

Mais cette idée que le clivage gauche/droite serait « périmé » fait partie du conformisme national. Se dire « ni de droite, ni de gauche », donc hors champ de l’histoire, c’est soit-disant être « fédérateur ». C’est le règne du vague et du mou.

>> Voir aussi : l’ancien maire communiste de Passy sur une liste de droite réactionnaire

Ces postures apolitiques sont des illusions anti-démocratiques qui évacue la vie politique elle-même. Il fut un temps où seul l’extrême droite se cachait derrière ce paravent mensonger.

Mais quand on s’engage à gérer la chose publique, il faut bien être partisan de quelque chose, avoir des convictions, une filiation avec l’histoire du pays.

Se proclamer « citoyen » ne dit rien d’autre que s’intéresser à la vie publique. Mais on s’y intéresse toujours à partir d’un point de vue, de besoins à satisfaire, d’une éthique à valoriser.

On est un chef d’entreprise qui veut faire des économies, un ingénieur qui promeut le « zéro déchet », un ouvrier qui veut faire payer les riches… C’est caricatural mais voilà grosso modo la réalité. On a toujours une idéologie qui reflète un besoin social, et qui s’inscrit dans une dynamique historique.

Une commune n’est pas exempt de ces dynamiques puisqu’elle co-gère les centres communaux d’action sociale, maîtrise l’agenda culturel et associatif et enfin, capital, a un pouvoir souverain sur plan local d’urbanisme (P.L.U).

La mairie peut donc sanctuariser un écosystème ou le déclasser pour des constructions immobilières. On peut restreindre les aides sociales ou bien élargir les critères sociaux d’attribution. On peut faire des soirées vin chaud ou bien démocratiser la culture classique avec un festival populaire.

>> Voir aussi : Zoom sur le bénévolat à la SPA de Cluses

Bref, on peut être de droite ou de gauche, favoriser le capitalisme ou s’y opposer et il faut clairement l’assumer. Sans ancrage historique, à quoi bon faire de la politique ? Il n’y a pas de gestion « technique » qui soit, à moins de supprimer les élections et de donner tout le pouvoir aux directeurs de services.

Heureusement, l’Histoire est têtue : la majorité des gens se repèrent toujours grâce au clivage gauche/droite. Cet apolitisme ambiant qui ne fait que le jeu de la droite et de l’extrême droite placera tôt ou tard la Gauche devant ses responsabilités.

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