Pollution de l’air : toujours des particules fines ?


Ecologie / vendredi, mars 27th, 2020

Depuis que la maladie à coronavirus Covid-19 a engendré le ralentissement de la vie sociale et économique, nombreuses sont les remarques sur la baisse des émissions polluantes. Mais cela a t-il été annoncé un peu trop rapidement, sans regarder précisément les choses ?

La principale baisse de pollution concerne la réduction des dioxydes d’azote (NO2), principalement émise par la circulation routière.

A la station de la route blanche de Chamonix, la concentration était 63,8 microgrammes de dioxydes d’azote le 5 mars, puis de 2,5 au 22 mars ( avec un moyenne depuis située à 10 microgrammes). Avec une norme de 200 ɥg/m3 d’air en moyenne horaire à respecter, l’air est clairement « lavée » des dioxydes d’azote.

Mais quand est-il des fameuses particules fines, notamment les Pm 2,5 ?

Grâce aux capteurs construits et installés par les lycéens dans le cadre du projet captothèque, on peut se baser sur plusieurs sources de mesures. Nous en avons retenus six : Saint-Gervais, Les Houches, Passy, Cluses, Thyez et Bonneville. Nous retenons le début réel du confinement au vendredi 20 mars, car nombreuses ont été les entreprises restés actives jusqu’à la fin de la semaine dernière.

Sur ces six points de mesures, on remarque un doublement des concentrations de particules fines entre le dimanche 22 mars et le mercredi 25 mars :

Concentration de Pm 2,5 (en ɥg/m3) 22/03/20 Nuit du 25/03/20
Les Houches 15,51 24,04
Saint-Gervais 19,64 26
Passy 19,74 29,27
Cluses 16,56 29
Thyez 18,15 46
Bonneville 14,67 36,12

Par conséquent, malgré le confinement plus ou moins total de la population depuis le vendredi 20 mars, il y a un doublement de la concentration de particules fines entre le vendredi 20 et le mercredi 25 mars.

La norme réglementaire aux Pm2,5 est en moyenne annuelle de 10 microgrammes par mètres cubes d’air pour l’OMS et de 20 pour l’Union Européenne (celle retenue par le France). Bien que de moindre importance que lors des pics vécus ici, cette concentration dans le contexte actuel mérite d’être noté et analysé.

Bien évidemment, il ne faut pas confondre émissions et concentration de particules. Les conditions météorologiques peuvent aider à la dispersion des particules fines, et donc éviter des concentrations élevées malgré des émissions importantes.

Rappelons que les particules fines peuvent être d’origine humaine mais aussi naturelle, issues de la respiration du sol et les processus chimiques d’une atmosphère composée à 70 % de diazote, 20 % d’oxygène et enfin de différents gaz.

Mais alors, comment comprendre cette concentration subite à partir du 25 mars visible dans différents endroits de la vallée ?

La principale hypothèse que l’on peut émettre c’est un regain d’émission de particules fines par les feux de cheminée. En effet, après la douceur du week-end, il y a eu une chute de 10°c des températures, avec des gelées en basse altitude.

Ce regain de froid a pu favoriser l’utilisation des poêles et des feux de cheminée. Les quelques épandages d’engrais par les agriculteurs n’étant pas l’hypothèse la plus crédible quant à la poussée nocturne et limitée du pic.

On peut tirer deux leçons de cette concentration en pleine période de confinement.

Très complexe, la pollution de l’air demande de grands moyens scientifiques pour en saisir tous ses aspects. Deuxièmement, il faut une transformation de l’habitat individuel chauffé selon un mode traditionnel vers l’habitat collectif chauffé par réseaux de chaleur centralisé et renouvelable (ici, l’hydro-électricité).

De telles exigences ne peuvent passer que par un État répondant aux besoins populaires, capable de changer et d’organiser la vie dans un sens collectif et écologique.

3 réponses à « Pollution de l’air : toujours des particules fines ? »

  1. Bravo pour cet article!
    Courageux car vous allez sûrement perdre des lecteurs et des soutiens.
    On tient en effet une expérimentation en conditions réelles. Tout à fait d’accord avec vous sur les solutions d’habitat collectif avec réseau de chaleur, vous pourriez citer le thermique solaire qui est sous-développé car non interressant pour les lobbies energeticiens.
    Merci.
    Antoine Martin
    ARSMB

  2. bien vu cet article qui laisse rêveur enfin espérons que le confinement actuel nettoie un peu cette fichue pollution et interpelle nos élus sur les causes et les mesures à prendre pour que notre belle vallée montagnarde respire à nouveau un air pur – utopie ou optimisme ?

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