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Culture / dimanche, avril 19th, 2020

Musique : Hwang Byungki et le gayageum

Selon les règles confucéennes qui séparent les activités masculines et féminines, la pratique de la musique était une activité strictement féminine.

Ce fut un certain temps une activité reconnue, donnant la possibilité d’avoir un statut, bien que ça ne conférait aucune liberté. Les arts étaient un service public, les musiciennes étaient donc fonctionnaires.

La musique et les arts en général s’apprenaient dans un cadre strict, à travers des écoles de femmes ou dans les domaines familiaux (les mères, les tantes, les filles, les cousines) pour les classes les plus aisées.

Hwang Byungki fait partie des premières générations de musiciens masculins, qui vont à l’encontre de l’idée que les choses relevant de la sensibilité ne peuvent être masculins. C’est un grand joueur de gayageum, un instrument à corde traditionnel d’une grande délicatesse.

Voici le titre « Spring Now » (maintenant le printemps) :

Poésie : Yi Sang-hwa et le gohyang

La forme poétique du gohyang apparaît en Corée durant l’occupation japonaise. C’est une forme répondant à un besoin d’affirmation nationale face à l’envahisseur. C’est à travers ces poèmes qu’apparaît la langue coréenne littéraire après plus de mille ans de végétation.

En effet, dans les temps suivant son unification au VIè siècle, la Corée fut grandement influencée par la culture, l’écriture et les institutions politiques chinoises et en avait adopté la langue. Le coréen restait la langue orale informelle, le chinois, la langue officielle.

La terrible occupation japonaise éveilla donc le besoin d’une affirmation culturelle nationale et cela ne pouvait pas se faire à travers la langue chinoise.

Le gohyang, ou la poésie du « pays natal », était une contribution artistique à cette affirmation, dans le fait qu’elle résistait à la répression Japonaise pour l’élimination de la langue, de la culture coréenne. Il exprimait cela à travers une mise en valeur de la nature comme souvenir et comme promesse de liberté.

Voici un exemple de cette forme littéraire à travers le poète national-démocrate Yi Sang-hwa, qui participa politiquement également à l’émancipation de son pays. Notamment en participant au soulèvement du 1er Mars, une des premières manifestations populaires coréenne contre l’envahisseur, avec pour modèle les enseignements de la révolution russe.

En août 1925, il participe à la Fédération des artistes du prolétariat coréen puis en devient le rédacteur en chef l’année suivante. Voici un de ses plus fameux poèmes :

Y a-t-il un printemps pour les champs dérobés?

Maintenant terre d’autrui –
Y a-t-il un printemps pour les champs dérobés?
Sur tout mon corps je reçois les rayons du soleil
Vers là où le ciel et la plaine s’épousent dans la clarté
Comme en rêve, suivant le sentier des rizières pareil à une raie – je marche.
Ô ciel, ô plaine aux lèvres serrées
Au fond de moi, je n’ai pas l’impression d’être venu seul!
M’as-tu attiré? Qui m’a appelé? Je veux savoir, dis-le moi.
Le vent me chuchote à l’oreille
« Ne t’arrête pas » et agite les pans de mon habit
L’alouette de l’autre côté de la haie, comme une jeune fille derrière les nuages, rit de plai­sir!
Hé, champ de seigle, merci d’avoir bien poussé!
La nuit passée, dans la pluie douce tombée après minuit,
Tu as lavé ta chevelure ample comme du chanvre! et même moi je me sens léger.
Même seul, allons allègre!
Serrant les rizières asséchées, le chemin, gentille rigole,
Chante une chanson de nourrice et part seul en dansant des épaules !
Papillons et hirondelles, soyez sérieux !
Il faut saluer l’amarante, les fleurs des champs aussi.
Ceux qui se sont gominés d’huile de ricin sont les mêmes qui ont désherbé
– je veux tous les voir.
Mets dans ma main le sarcloir
Cette terre douce comme un sein lourd
Je veux la sarcler jusqu’à avoir mal au poignet et transpirer une bonne sueur.
Comme un enfant venu au bord de la rivière
O mon âme qui galope sans fin, ignorant le répit
Que cherches-tu? Où vas-tu? Tu es drôle, réponds-moi.
Tout mon corps exhalant le parfum des herbes
Sur l’intervalle où s’unissent la joie et le chagrin dans leur clarté
Je claudique toute une journée. On dirait que l’esprit du printemps a été arrêté.
Mais alors maintenant –
Après les champs,
Nous aurait-on dérobé le printemps?

Yi Sang-hwa

Cinéma : Okja et la question de l’élevage

Le film que nous souhaitons mettre en avant est Okja de Bong Joon Ho, qui est déjà relativement connu en France puisqu’il a obtenu la Palme d’or à Cannes en 2017. Il avait provoqué la polémique puisque c’est un film « Netflix », pas un film pour les salles de cinéma.

Si nous trouvons regrettable que ce film ne puisse pas être apprécié dans les bonnes conditions des salles obscures, nous l’avons trouvé intéressant. On y trouve en effet, un questionnement profond sur la relation que nous avons avec les animaux, abordé avec sensibilité.

Une question qu’il faut nécessairement se poser avec ces épidémies causées par une exploitation unilatérale de leur chairs.

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