Confinement : 1 jour, 3 œuvres (Jour 16)


Culture / mercredi, avril 1st, 2020

Comment aborder la culture sans passer par les Etats-Unis ? En France, ce pays est malheureusement trop souvent réduit à l’ultra-libéralisme et à sa supposé inculture (« mal-bouffe », armes à feu…). C’est là méconnaitre la richesse démocratique d’un peuple produisant des oeuvres de grande qualité.

Photographie

Né en 1972 en Californie, Ed Templeton est un célèbre skater. Il a commencé le skateboard en 1985, puis a fréquenté d’autres grands skaters au début des années 1990 comme Mike Vallely, Jamie Thomas et la scène constituée autour du magazine alternatif « Power Edge »

C’est dans cet univers qu’Ed Templeton devient végétarien en 1990, puis vegan en 1991 et adopte un mode de vie sobre (sans alcool, ni drogues). En 1994, il fonde la grande marque de skateboard « Toy Machine », et sera l’un des premiers à lancer une chaussure adaptée à cette pratique 100 % vegan grâce à son sponsor Emerica.

Âgé de 48 ans, Ed Templeton se consacre maintenant beaucoup à l’art telle que la photographie et au graphisme dessin.

De part sa sensibilité, Ed Templeton parvient à capturer des éléments intéressants du réel. Voici une photo qui reflète la nature sauvage présente lors d’un séjour à San Fransisco entre le 15 et le 20 mars 2016, publiée par Nazraelli Press.

Sans titre, San Fransisco

Littérature

Voici plus bas un extrait du roman Les raisins de la colère de John Steinbeck dont nous conseillons la lecture intégrale. C’est un roman se déroulant pendant la grande dépression après la crise de 1929, poussant sur les routes des milliers de métayers à la recherche d’une terre, d’un travail. C’est un sujet qui reste actuel avec un système capitaliste qui court vers une nouvelle crise, avec la crainte du chômage et de la misère pour bon nombre de travailleurs.

On peut également regarder la très bonne adaptation cinématographique de John Ford (1940) ou regarder ce documentaire d’ « Arte » sur le contexte de publication du livre.

« Un homme, une famille chassés de leur terre; cette vieille auto rouillée qui brimbale sur la route dans la direction de l’Ouest. J’ai perdu ma terre. Il a suffi d’un seul tracteur pour me prendre ma terre. Je suis seul et je suis désorienté. Et une nuit une famille campe dans un fossé et une autre famille s’amène et les tentes se dressent. Les deux homme s’accroupissent sur leurs talons et les femmes et les enfants écoutent. Tel est le nœud. Vous qui n’aimez pas les changements et craignez les révolutions, séparez ces deux hommes accroupis; faites-les se haïr, se craindre, se soupçonner. Voilà le germe de ce que vous craignez. Voilà le zygote. Car le « J’ai perdu ma terre » a changé; une cellule s’est partagée en deux et de ce partage naît la chose que vous haïssez: « Nous avons perdu notre terre. » C’est là qu’est le danger, car deux hommes ne sont pas si solitaires, si désemparés qu’un seul. Et de ce premier « nous » naît une chose encore plus redoutable: « J’ai encore un peu à manger » plus « Je n’ai rien ». Si ce problème se résout par « Nous avons assez à manger », la chose est en route, le mouvement a une direction. Une multiplication maintenant, et cette terre, ce tracteur sont à nous. Les deux hommes accroupis dans le fossé, le petit feu, le lard qui mijote dans une marmite unique, les femmes muettes, au regard fixe; derrière, les enfants qui écoutent de toute leur âme les mots que leurs cerveaux ne peuvent pas comprendre. La nuit tombe. Le bébé a froid. Tenez, prenez cette couverture. Elle est en laine. C’était la couverture de ma mère … prenez-la pour votre bébé. Voilà ce qu’il faut bombarder. C’est le commencement … du « Je » au « Nous ».


Si vous qui possédez les choses dont les autres manquent, si vous pouviez comprendre cela, vous pourriez peut-être échapper à votre destin. Si vous pouviez séparer les causes des effets, si vous pouviez savoir que Paine, Marx, Jefferson, Lénine furent des effets, non des causes, vous pourriez survivre. Mais cela, vous ne pouvez pas le savoir. Car le fait de posséder vous congèle pour toujours en « Je » et vous sépare du « Nous ».


Les états de l’Ouest sont inquiets à l’approche du changement. Le besoin est ce qui stimule la conception, la conception est ce qui pousse à l’action. Un demi-million d’hommes qui se déplacent dans le pays ; un autre million qui s’impatiente, prêt à se mettre en mouvement ; dix millions qui ressentent les premiers symptômes de nervosité.

Et les tracteurs creusent leurs multiples sillons sur les terres désertées»

Les raisins de la colère, John Steinbeck (1939)
Image tirée de l’adaptation cinématographique de John Ford (1940)

Musique

Pour la musique nous vous proposons une collaboration qui peut étonner. Il s’agit d’un album de Jeff Mills et Tony Allen.

Le premier, Jeff Mills, est un pionnier de la techno de Detroit, une ville ayant subi la crise des années 1970 dans l’industrie automobile. Il crée en 1990 le label Underground Resistance avec Mad Mike. C’est un label très politisé, composé majoritairement d’afro-américains exprimant de façon subtile les écueils de la vie quotidienne.

Cette génération de DJ entrain d’inventer la techno cultivent l’anonymat, estimant que l’important c’est la musique et non l’ego des musiciens. Elle exprime indéniablement une envie d’aller de l’avant avec une certaine combativité. La techno des débuts est parsemée de références à la vie extraterrestre et tout ce qui touche au cosmos que cette génération veut toucher du doigt.

Les machines sont un moyen d’avancer dans ce sens, il y a donc un hommage perpétuel à celles-ci, ainsi les modèles de machines utilisées par les DJ apparaissent souvent dans les titres (par exemple, le nombre 303 concerne la Roland MC-303 une machine culte sortie en 1996.)

Le deuxième, Tony Allen, est un pionnier aussi mais de l’afrobeat, un genre qui naît dans les années soixante de la rencontre entre les musiciens d’afrique occidentale et la culture engagée de la classe ouvrière noire organisées, notamment à travers le Black Panther Party. Tony Allen est un batteur nigérian disciple du grand Fela Kuti, sans eux il n’y aurait pas eu d’afrobeat.

Cet album c’est l’expression du meilleur des États-Unis, la fusion par le bas, une fusion perpétuelle des genres et des époques, ici celle du funk, du jazz, de la musique traditionnelle et… de la techno.

Jeff Mills avait également collaboré avec l’orchestre philharmonique de Montpellier avec un résultat saisissant lors d’un concert au Pont du Gard en 2005.

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