Walter Bassan : « je ne me suis jamais senti victime, j’étais un combattant antifasciste »5 min read


Histoire populaire / mardi, avril 28th, 2020

Il y a 75 ans, des prisonniers du camp nazi de Dachau en Allemagne s’évadaient lors d’une marche de la mort. Parmi ces prisonniers, il y avait Walter Bassan, résistant antifasciste de Haute-Savoie. En juin 2017, nous avons enregistré un des derniers témoignages publics de cet ancien résistant-déporté.

Né en 1926 et décédé en août 2017, Walter Bassan a été une figure de la mémoire du combat antifasciste en Haute-Savoie. Membre d’associations d’anciens déportés-résistants et de mémoire, il effectuait de nombreuses interventions dans les établissements scolaires pour raconter son parcours militant.

Issu de l’immigration italienne opposée aux chemises noires de Mussolini, Walter Bassan fait partie de cette génération profondément marquée par l’installation de régimes réactionnaires et fascistes dans l’Europe de l’entre-deux-guerres.

Après une vie d’immigré dans le petit village de Juvigny à côté d’Annemasse entre 1930 et 1934, la famille Bassan est naturalisée française. En 1939, elle part s’installer dans le quartier populaire de la prairie à Annecy où il existe une culture de Gauche, avec la présence de nombreux italiens lecteurs du journal Le Travailleur alpin dans un contexte de racisme anti-italien.

C’est dans ce contexte que Walter Bassan est intégré en 1943 avec 25 autres adolescents dans une des compagnies F.T.P (Francs-tireurs et partisans) générées par le Parti communiste. En parallèle de l’animation d’un cercle de la jeunesse communiste, le groupe effectue du tractage clandestin dans les rues d’Annecy et de transit des (quelques) armes et de camarades en fuite.

Le tournant de l’hiver 1944 sera fatal à son groupe. L’invasion allemande de la Savoie, occupée par les fascistes italiens depuis novembre 1942, renforce la répression avec notamment l’appui des miliciens pour les basses besognes.

Le Service politique anti-communiste (Spac) intensifie sa répression alors que de nombreux jeunes ouvriers des régions limitrophes fuyaient le Service du travail en Allemagne devenu obligatoire en février 1943. Les maquis de Haute-Savoie se développaient, avec le concours d’une émission de radio de Genève non censurée permettant les défaites du IIIe Reich.

>> Voir aussi : La résistance communiste dans les pays de Savoie

En mars 1944, trahi par l’un des leurs, le groupe de Walter Bassan est arrêté et interné à l’Intendance d’Annecy, siège de la milice. Après des interrogatoires d’une extrême brutalité, ne sachant rien de part leur jeune âge, les prisonniers sont transférés fin avril à la prison Saint-paul à Lyon.

Malgré une prise de contrôle de la prison en mai 1944 permettant une vengeance salutaire sur les traitres, les 700 prisonniers de Saint-paul sont déportés dans les camps de la mort à la fin juin 1944.

C’est là l’une des caractéristiques qui prouvent la folie antisémite et anticommuniste animant les nazis : en juin 1944, l’armée allemande est en débâcle à l’est et le débarquement allié a eu lieu dans le Nord de la France. Les convois de déportés n’ont pourtant jamais autant circulés qu’à ce moment.

Après trois jours de voyage sous-alimentés, Walter Bassan ainsi que son frère et des camarades arrivent à Dachau en juillet 1944. Il y restera 10 mois, passant le très dur hiver 1945 lors duquel son frère décède.

Matricule 75 823 dépendant du blok 17, Walter Bassan subit la chute brutale dans la barbarie, avec un levé à 4h du matin pour rejoindre des groupes de travail de 12 heures quotidiens et de 7 jours hebdomadaires, dans une ambiance de sous-alimentation forcée et de terreur permanente.

Mais Water Bassan étaient des ouvriers animés par de solides convictions antifascistes, encadrés par des communistes maîtrisant l’art de l’organisation.

C’est ainsi qu’entre 19h et 21h, maigre moment de « liberté » dans le block les résistants élisent un chef qui, en relation avec des prisonniers communistes allemands occupants quelques postes clefs dans l’administration, s’organisent pour les tâches quotidiennes exigées par les S.S.

Cette organisation permet de maintenir un regroupement par nationalité, mais aussi une solidarité physique et morale qui permet au groupe de maintenir l’état d’esprit de lutte.

En avril 1945, alors que l’Allemagne voit se resserrer l’étau entre l’armée rouge à l’est et les alliés anglo-américains à l’ouest, les S.S des camps de concentration cherchent à supprimer toutes traces d’existences des déportés.

C’est le début des « marches de la mort » qui font marcher des kilomètres et des heures durant les déportés jusqu’à l’épuisement de fatigue ou la mort par un bombardement. Le 27 avril, les déportés de Dachau entreprennent cette marche funeste, en direction du Tyrol et dans la soirée du 28, Walter Bassan s’enfuient avec quatre de ses camarades.

En juin 2017, quelques semaines avant son décès, Walter Bassan nous rappelait la nécessaire bataille contre l’apolitisme et le populisme faisant le jeu du fascisme, tout en appuyant un état esprit démocratique et populaire. Ces leçons restent d’une grande actualité pour quiconque affirme le camp de la Gauche historique.

Voici une série de courtes vidéos tournées en juin 2017 présentant le contexte politique de l’engagement de Walter Bassan dans les années 1940 puis sa vision de l’antifascisme (d’autres vidéos seront mises en ligne à propos de son parcours de résistant-déporté spécifiquement)

Une réponse à « Walter Bassan : « je ne me suis jamais senti victime, j’étais un combattant antifasciste »5 min read »

  1. Magnifique
    En écoutant les italiens hier chanter Bella ciao je pensais à lui
    Quelques larmes encore
    Pas possible de regarder les vidéos pas tout de suite
    Ce soir sûrement
    L’esprit de la Résistance s’incarne en Walter

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