Le varan perdu à Sallanches ou l’horrible mode des NAC3 min read


Ecologie / samedi, avril 25th, 2020

Depuis jeudi 23 avril, un varan des savanes est recherché à Sallanches, perdu dans la zone industrielle. Si sa propriétaire déclare avoir « sauvé » l’animal d’une situation de détresse, cette affaire illustre le développement de la « mode » des nouveaux animaux de compagnie.

Le varan des savanes, ou de son nom scientifique Vanarus Exanthematicus, fait partie de cette large catégorie d’animaux domestiques appelés « nouveaux animaux de compagnie » (NAC) qui ne sont pas classés comme « animaux de compagnie ».

Cette « mode » s’est installée depuis les années 1980, avec une croissance rapide ces dix dernières années. En France, on estime leur nombre à 5 millions, soit 10% des animaux de « compagnie », avec par exemple les serpents, oiseaux, tortues, etc.

Cette espèce de varan fait l’objet d’un commerce important, avec des éleveurs européens profitant de l’export de bébés à la sortie de l’œuf depuis des pays d’Afrique de l’ouest.

Il est donc dit qu’ils sont « domestiqués » car ils n’ont pas connu la vie sauvage. Or, cette définition n’est pas juste car la « domestication » résulte soit d’un long processus d’échange entre humains et animaux, comme les chats, soit d’une transformation artificielle des espèces pour en faire des outils au service de l’Humanité (animaux agricoles, de chasse et d’alimentation).

Ce n’est pas le cas du varan, portant encore des gènes marqués par la vie sauvage et nécessitant de grands espaces puisqu’il est très actif lors des saisons humides où il chasse. A l’inverse, il vit les six mois de l’année les plus chauds sans manger, sous terre ou dans des troncs d’arbre.

A ce titre, l’obésité courante des varans domestiques est l’expression d’une mutilation liée au confinement dans quelques centimètres carrés suivant un rythme d’alimentation similaire aux humains.

Favorisé par l’image du rebelle intrépide développé par certaines célébrités posant avec de tels animaux, le marché des « NAC est en plein essor, alimentant tout un trafic illégal qui financent des groupes paramilitaires et terroriste en Afrique. Ce business représente 160 milliards de dollars, en troisième place après la drogue et les armes.

C’est pourquoi il existe une Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) signée en 1973. Cette convention vise à empêcher la disparition d’espèces et à encadrer les risques sanitaires et écologiques occasionnés par ce trafic.

La CITES classe les NAC dans trois annexes (I,II et III). Le varan des savanes fait partie de la deuxième catégorie, dont le commerce est contrôlé car pouvant exposer l’espèce à l’extinction, alors que les varans komodensis ou nebulous, entre autres, sont interdits à la vente (annexe I).

Le varan présente également un risque pour la biodiversité au cas où il s’échappe et pour l’Homme car il est un porteur de bactéries infectieuses (zoonose) comme, entre autres, la listeria ou la salmonelle. C’est pourquoi il faut avoir une autorisation délivrée par le préfet.

Les réglementations ne suffisent pas à protéger la vie sauvage car elles ne visent aucun changement de mentalité, seulement leur encadrement. Pourtant, la crise ouverte par la maladie zoonose COVID-19 appelle à un changement profond de notre rapport à la vie sauvage et à la Biosphère en général.

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