Quand Amédée Guy, député socialiste de Bonneville, parlait de la santé


Histoire populaire / vendredi, avril 10th, 2020

Fervent militant de la cause socialiste et adhérant de la S.F.I.O (Section française de l’Internationale Ouvrière) Amédée Gut fut élu député de l’arrondissement de Bonneville en mai 1936 face à candidat de droite, proche des fascistes. C’était l’essor du Front populaire.

En premier lieu, Amédée Guy était un médecin. Un médecin soucieux de la santé des plus misérables. Ainsi se spécialisa t-il dans le cancer et la tuberculose, maladie répandue dans les couches populaires de l’entre-deux-guerres. Dans les années 1930, il était chef de service de l’institut du cancer à Paris.

Amédée Guy était président de « l’Association des amis de l’U.R.S.S » en Haute-Savoie. De fait, il avait une place importante dans la S.F.I.O sur les questions médicales, rendant par exemple compte de la politique de santé en URSS en décembre 1935 lors d’un grand meeting à la Mutualité.

Il faut bien remarquer qu’entre les années 1930 et 1950, l’U.R.S.S a joui d’une importante aura auprès des professionnels santé en ce qui concerne l’organisation de son système de santé.

>> Voir aussi : Amédée Guy, une figure de la gauche locale à honorer

Après la Révolution de 1917, le système de soin fut entièrement socialisé. Les médecins étaient des salariés de l’État duquel ils recevaient leur matériel et des formations scientifiques régulières. Ils avaient droit à un repos annuel de quatre semaines.

Une grande nouveauté résida dans le traitement de la tuberculose grâce à des sanatoriums de nuit destinés aux ouvriers. Cela permettait une médecine préventive : les ouvriers peu atteint changeaient de vêtements lors de leur arrivée et dormaient dans des chambres aménagées pour une bonne aération, évitant ainsi de contaminer leur famille. La journée, ils retournaient travailler.

La prise en charge des soins étaient entièrement gratuite pour la population avec, à partir du milieu des années 1930, une haute prise en charge des malades. En 1954, il y avait un médecin pour 7 000 habitants et 170 médecins pour 100 malades dans les hôpitaux (130 en Europe de l’Ouest à la même époque).

Attachés à la prévention sociale des maladies, la médecine soviétique accordait une très grande attention aux contacts directs, avec des médecins passant beaucoup de temps au chevet des malades. Cela était bien évidemment moqué par la presse libérale de l’époque, y voyant un coût économique inutile.

Enfin, au début des 1950, l’U.R.S.S lança la vaccination massive contre la grippe. Cela fit une forte impression, comme le remarquait le docteur Evang, ministre de la santé de Norvège, rapportant devant un groupe d’étudiants à l’ONU de Genève que « plutôt que de combattre la grippe par des comprimés, l’URSS lance actuellement la vaccination de masse par inhalation de virus actifs (…) nouvelle méthode qui pourrait donner d’excellents résultats » (Paris-Presse, l’Intransigeant, 7 août 1954)

(second en partant de la gauche) Amédée Guy lors d’un meeting de « l’Association des amis l’U.R.S.S » à Paris le 15 décembre 1938 pour « la sauvegarde de la Paix et la sécurité de la France » par « l’amitié franco-soviétique ».

C’est dans ce contexte qu’Amédée Guy, chef de service à l’Institut du cancer à Paris, militait pour la reconnaissance du système de santé soviétique à travers de nombreuses conférences militantes.

Pour n’en citer qu’une, la conférence donnée à la Maison de la Mutualité en janvier 1936 sur « les tendances de la médecine en U.R.S.S » dans le cadre des Conférences de la Commission Médicale de l’Association pour l’Étude de la Culture Soviétique (ex-cercle de la Russie neuve).

Début septembre 1936, il dirigeait ainsi une délégation de l’Association française des « Amis de l’U.R.S.S » composée de 60 membres se rendant à Bruxelles dans le cadre d’un rassemblement universel pour la paix. A quelques mois de la Seconde Guerre mondiale, en avril 1939, il tenait une conférence organisée par le Comité fédéral féminin de la Seine au local des « Amis du Populaire » à propos de « la lutte contre les grands fléaux sociaux »

Amédée Guy avait retenu une leçon essentielle de ses visites en URSS : la médecine doit être avant tout préventive et pensée à travers l’organisation sociale.

Lors d’un débat à l’Assemblée en décembre 1936 sur le budget général pour 1937, il exposait ses vues sur « lutte contre les fléaux sociaux » que sont « les trafics de drogues », la « tuberculose », et « l’alcoolisme ». Voici ces propos rapportés par un journaliste dans l’édition du 15 décembre 1936 du Populaire, quotidien de la S.F.I.O :

La tuberculose, la syphilis, le cancer et la mortalité infantile tuent en cinq ans, chez nous, autant d’être humains qu’en a tués la guerre ! Les causes du mal ? les logements insalubres, le surmenage dans les usines, l’insuffisance de l’alimentation, l’alcoolisme. Les remèdes ? Créer des villages et des ateliers sanitaires ; s’efforcer de supprimer la prostitution ; instituer dans chaque département des dispensaires anticancéreux ; lutter contre l’aliénation mentale; organiser des cures gratuites pour le peuple dans les principales stations balnéaires, comme en U.R.S.S. L’être humain n’est-il pas le capital le plus précieux ?

Comme on le voit, la conquête d’un système de santé robuste, tourné vers les couches populaires et pensé à travers l’organisation sociale est une partie intégrante de la Gauche historique.

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