« Relance économique » : division entre tourisme et industrie


Politique / mardi, avril 14th, 2020

Avec la perspective du dé-confinement d’ici un mois, la question de la relance économique engendre des troubles entre les différents secteurs du patronat.

Pour le dirigeant du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux, la ligne est claire : les travailleurs doivent payer seuls l’addition, en déclarant au Figaro du 10 avril :

« Il faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire »

Or, de tels propos sont admis partiellement dans une vallée clivée entre l’hôtellerie-restauration lié au tourisme et l’industrie du décolletage liée aux grands donneurs d’ordres.

Selon une enquête de « Mont-Blanc Industries », ce sont 2 industriels sur 3 qui sont en activité réduite de plus 50 % et 55,2% des industriels prévoit une baisse de leur chiffre d’affaire dans une proportion supérieure à 25%. Il y a donc pression de ce côté ci à relancer coûte que coûte, en suivant les consignes des grandes entreprises.

Mais d’un autre côté, cela ne peut déplaire aux secteurs du tourisme. Les deux syndicats du secteur de l’hôtellerie-restauration, le Synhorcat et l’Umih, ont ainsi rappelé dans l’édition du Dauphiné libéré du 13 avril que :

« 10 % de l’économie française repose sur les vacances et les loisirs. Nos entreprises sont déjà sinistrées »

L’hôtellerie a évidemment payé le prix de la fermeture anticipée des stations de ski le week-end du 14 mars. Ce serait ainsi 10 millions de nuitées qui auraient été perdus selon l’Observatoire Savoie Mont-Blanc, représentant une perte de près de 1, 5 milliards d’euros.

De part et d’autres, le patronat de l’hôtellerie-restauration fait pression pour rassurer et appeler à se détendre lors des prochaines vacances, comme le Didier Cujives, président du tourisme en Haute-Garonne :

Le secteur touristique est un secteur économique à part entière. Ce n’est pas de subventions dont il a besoin, c’est au contraire de personnes qui viennent goûter à des vacances, en utilisant les hôtels, les gîtes, les campings…

Selon l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (Umih), ce sont 92 % des cafés et des hôtels qui sont actuellement fermés, à quoi s’ajoute un refus de 98 % des contrats d’assurance de garanties « pertes d’exploitation », au prétexte que le risque épidémique n’y figure pas.

Les sociétés d’assurances misent sur les 45 milliards aides de l’État afin de conserver des fonds face à la menace d’une explosion des faillites. 45 milliards d’euros qui, notons le, ne reposent sur rien et renforcent la pression sur les travailleurs pour qu’ils produisent la richesse équivalente au risque sinon d’une dévaluation monétaire.

En bref, c’est la pagaille qui prime dans toute sa splendeur, et malin celui qui pense qu’il y a un « plan » de la classe dominante. S’il y a une chose qu’elle s’accorde à dire c’est : relançons la machine économique en évitant l’explosion sociale.

Et dans un tel climat, pour ré-impulser la course aux profits tout peut s’envisager… de la casse autoritaire des acquis sociaux, à la démagogie nationaliste pour mobiliser-pacifier… Avec en toile de fond la crainte d’une renaissance de la conscience de la classe ouvrière.

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