Appel pour la protection des bouquetins sains du Bargy


Ecologie / mardi, mai 5th, 2020

Une nouvelle consultation publique préfectorale soumet à l’approbation de la population la possibilité de tirer 50 bouquetins marqués ou non, mais aussi 20 animaux au hasard dans le but de limiter l’épidémie de brucellose. Nous avons déjà parlé de cette « affaire » ici et ici.

Il est évident qu’un Etat démocratique organisé autour des valeurs populaires utiliserait l’ensemble des ressources humaines et technologiques pour élaborer une solution respectueuse des animaux malades et sains.

Mais la pression des producteurs de reblochon ne permet pas une telle approche posée, rationnelle et démocratique car la machine capitaliste doit être fluidifiée et tout « obstacle » naturel doit sauter. Parler d’ailleurs d’ « euthanasie » est un cynisme écoeurant, pour ne pas dire révoltant…

Les fermes laitières concentrées à la base de l’ordre d’abattages d’animaux (sains ou non) relèvent d’un mode de production non-harmonieux avec la vie sauvage. L’alimentation doit changer en abandonnant l’agriculture utilisant les animaux au profit d’une stricte agriculture céréalière et maraîchère.

Voici le communiqué de France Nature Environnement Haute-Savoie :

NON à l’abattage des bouquetins sains du Bargy

Au prétexte de lutter contre la Brucellose, le Préfet de Haute-Savoie veut à nouveau faire abattre avant l’été des bouquetins vraisemblablement sains, en plus de ceux capturés pour être testés

Comme en 2018 et 2019, la Préfecture de Haute-Savoie prévoit d’autoriser la destruction indiscriminée de 20 bouquetins en plus de la capture de 50 autres qui seraient testés et euthanasiés pour ceux reconnus positifs à la Brucellose.

Le Bouquetin des Alpes (Capra ibex) est une espèce protégée au niveau international. S’il est concevable que l’euthanasie d’animaux séropositifs avérés contribue à réduire un foyer infectieux, la destruction d’individus sains n’est pas acceptable. Or, avec un taux de prévalence maximal d’environ 20% et une absence générale de signes symptomatiques, 4 bouquetins abattus sur 5 seront des individus sains.

Une consultation publique a été mise en place afin de recueillir l’avis des citoyens. Vous avez jusqu’au 20 mai 2020 pour exprimer votre profond désaccord avec cet arrêté préfectoral en envoyant un mail à cette adresse :ddt-consultations-publiques@haute-savoie.gouv.fr

Arguments :

-> Le caractère préventif d’une telle mesure n’a pas fait ses preuves. Depuis 2012, 482 bouquetins ont été éliminés sur le Massif du Bargy, 134 par euthanasie après avoir été contrôlés positifs à la Brucellose, et 348 par des tirs d’abattage sans vérification préalable de leur infection.

-> L’abattage indiscriminé en zone cœur (Grand et Petit Bargy, Jallouvre-Peyre), de plus ciblé sur les femelles en âge de procréer, désorganise la hiérarchie sociale dans les hardes et contribue à la contamination de davantage d’individus, comme cela a été constaté à la suite des abattages massifs de 2013 et 2015.

-> Les éleveurs doivent prendre des dispositions pour que leurs troupeaux ne s’aventurent pas dans les zones à bouquetins. De rares éleveurs ont mis en place des parcs, mais la plupart ne le font pas, et on trouve notamment des moutons et des chèvres jusqu’en haut des sommets.

-> Alors que le Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) a émis un avis défavorable aux tirs indiscriminés, passer en force, qui plus est en période de confinement, laisserait penser que l’Etat privilégie les intérêts de l’industrie agro-alimentaire par rapport aux expertises scientifiques et à la préservation de la faune sauvage.

La Brucellose est une infection bactérienne qui provoque chez l’animal fièvre et avortement, potentiellement transmissible à l’Homme et aux troupeaux d’élevage qui partageraient le même environnement que des bouquetins infectés. Un foyer d’infection avait été identifié en 2012 dans un élevage bovin laitier de la commune du Grand Bornand (74) et sur deux enfants qui avaient consommé du fromage frais au lait cru issu du même élevage. 

Bien qu’un tel risque de transmission demeure extrêmement faible selon les experts de l’ANSES, l’État avait alors tenté d’éradiquer l’infection, mais en vain, en lançant des abattages massifs et indiscriminés de bouquetins entre 2012 et 2015. Grâce à la mobilisation des associations de protection de la nature, ces abattages sans distinction entre animal malade ou sain avaient finalement été abandonnés en 2015 pour euthanasier uniquement les animaux infectés.

Article co-écrit par FNE Haute-Savoie (Jean-Pierre CROUZAT) et la LPO

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