Bonneville : l’affaire de la séquestration et la morale populaire


Vie quotidienne / samedi, mai 16th, 2020

Ces jeudi et vendredi, le tribunal de Bonneville jugeait quatre Bonnevillois accusés d’avoir séquestrés et battus un jeune homme à qui ils reprochaient d’avoir filmé le viol de leur cousine. Cette affaire montre comment la morale populaire cherche la justice.

La presse s’est d’abord fendue d’articles lapidaires, jouant le buzz sur une affaire illustrant une supposée violence gratuite. Dans un article gratuit, la parole a d’abord été donné à l’avocat du plaignant que nous appellerons « Redouane », comparant l’affaire à celle de la séquestration et l’assassinat antisémite d’Ilan Halimi.

Une telle comparaison est absolument odieuse. D’un côté il y a un crime antisémite abjecte, relevant de la lie de l’humanité. De l’autre côté il y a une famille se rendant justice elle-même contre la personne accusée du viol filmé de leur cousine. Comparer les deux affaires relève de la provocation et devrait même en soi faire l’objet d’une condamnation, car cela revient à relativiser l’antisémitisme. C’est inacceptable.

Puis, c’est donc dans un article payant, ce qui est assez honteux pour ne pas s’étendre dessus, qu’on apprend plus de détails pour comprendre l’affaire. La séquestration violente de Redouane serait l’œuvre d’une famille réagissant au viol présumé d’une jeune fille de 13 ans de la famille, qui avait porté plainte la veille.

Ce viol ce serait produit dans une voiture dans la soirée du 21 décembre 2018 et aurait été commis par un ami de Redouane, âgé de 18 ans et lui-même étant à ce moment le petit ami de la jeune fille. Sous le poids de la colère, le père de la fille aurait même déclaré à la gendarmerie vouloir se faire « justice soi- même » . Cette affaire est d’ailleurs encore probablement en cours d’enquête…

De manière générale, les histoires de viols filmés sont relativement courantes. En effet, une partie des adolescents est exposée, à travers les réseaux sociaux, au revenge porn et aux photos de nues diffusées à l’insu de sa propriétaire. Cela ne fait que banaliser les comportements violents et agressifs envers les femmes…

Il faut alors comprendre qu’il y a un décalage entre des jeunes d’après l’an 2000, qui filment des actes atroces dans une société où la banalisation de la pornographie dénature l’expression naturelle des sentiments et de la sexualité, et les hommes plus âgés défendant une morale populaire dans un rejet bien connu des « pointeurs ».

Que cela soit face à la pornographie ou dans sa capacité à fermement condamner les violeurs, l’État reste bien laxiste, voir absent.

Cela ne peut qu’entraîner une imparfaite justice populaire comme réponse à la dégradation morale d’une partie de la jeunesse, broyée et abrutie par une société valorisant l’égo, la possession, la violence.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.