Scionzier, 1914 : un groupe d’ouvriers en lutte contre l’alcool2 min read


Culture, Vie quotidienne / lundi, juillet 27th, 2020

En 1924, le journal communiste « Le travailleur des Savoie et de l’Isère » publiait une une brève anti-alcool. Alors qu’elle est d’une grande portée culturelle, ce patrimoine de la lutte ouvrière est trop souvent méconnu.

La vision de l’alcool comme poison anti-social et anti-intellectuel ne vient pas de nulle part. En 1911, l’ « Association des travailleurs antialcooliques » devenait la Fédération ouvrière antialcoolique, disposant de plusieurs sections dans le pays et du journal « Le Réveil du peuple ».

Le titre du journal est en soi tout une perspective : celle qui permettra à la classe ouvrière d’échapper à la diversion alcoolique qui lui fait perdre toute maîtrise d’elle-même, toute démarche politique sérieuse et disciplinée.

Dans le numéro 60 d’avril 1914 du journal, on apprend dans la chronique « Au village » l’existence d’un groupe d’une trentaine ouvriers militant contre l’alcool à Scionzier. Proximité avec la Suisse oblige, le groupe était rattaché à la « Croix bleue », organisme anti-alcoolique prêchant l’abstinence fondé en 1877.

Ce groupe ouvrier animait un « café de tempérance », dans lequel était proposé des boissons non alcoolisées. Il y avait là une volonté d’offrir un espace de rencontre pour les travailleurs cherchant à s’émanciper d’un sort misérable. Il est peu étonnant que cela soit à Scionzier qu’un tel groupe existe, village à l’origine du mouvement ouvrier organisé dans la moyenne vallée de l’Arve.

Il y a là une grande signification historique tant la petite industrie horlogère de l’époque était alimentée par des paysans cherchant un revenu d’appoint annuel, notamment l’hiver.

Les ouvriers-paysans étaient, comme on peut se le représenter à travers le conflit de 1904, partagés entre le conservatisme du paysan villageois et la modernité ouvrière liée au socialisme. L’alcool et le bistrot formaient, ici comme ailleurs, le cadenas empêchant de trancher fermement en faveur du socialisme, de la modernité. Briser ce verrou était donc d’une grande portée morale.

Il est à noter, car cela n’est pas sans importance, que l’article est publié en avril 1914, soit quelques mois avant la Première guerre mondiale qui va banaliser totalement la consommation d’alcool.

Voici l’article « Au village », numéro 60 « Le Réveil du Peuple », organe de la Fédération Ouvrière Antialcoolique

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