Quand le terrorisme patronal frappait à Cluses (1) : les conditions d’une lutte de classe


Histoire populaire / lundi, août 31st, 2020

Dans cette série de trois épisodes, nous allons revenir sur l’épisode de terreur exercée par le Syndicat national du patronat moderne indépendant, anciennement syndicat national des petites & moyennes industries (SNPMI) dans le bassin de Cluses dans les années 1980.

Pour bien comprendre cette affaire, il faut tout d’abord bien saisir le contexte des luttes de classes de l’époque, tant au niveau local que national.

En lien avec la crise automobile, le décolletage en pleine restructuration

Dans les années 1970, le secteur de l’automobile subit une crise économique amplifiée par les deux chocs pétroliers (1973 et 1979).

D’abord, il y a les ouvriers, notamment les plus jeunes sans qualifications, qui sont de plus en plus rétifs aux ordres dans les ateliers. C’est l’héritage politique et culturel de Mai 68 qui a vu 10 millions de salariés se mettre en grève.

Dans le même temps et en réponse au grippage, il y a la robotisation générale des chaines permise par la diffusion de nouvelles machines automatisées.

La transformation du secteur automobile à la fin des années 1970 va être au centre de la mutation de l’industrie du décolletage dans les années 1980.

Gilles Tautin, jeune militant maoïste mort dans un affrontement à l’usine automobile de Flins en juin 1968

Le capitalisme s’oriente à ce moment vers une nouvelle forme d’organisation de la production : le « toyotisme », du nom du constructeur automobile japonais Toyota. Elle met l’accent sur le « zéro stock/zéro défaut » dans une production à flux-tendu la plus flexible possible.

Le but est de faire la chasse aux « temps morts » pour maximiser l’exploitation de la force des travailleurs. Dans le même temps, cela permet de passer des commandes plus irrégulières et plus ciblées en fonction des marchés.

Le décolletage devient alors dépendant des grosses commandes de l’automobile, d’autant plus qu’il y a maintenant la logique à flux-tendu. Il faut livrer vite et sans défauts puisque sans stockage, le constructeur automobile ne contrôle plus les pièces.

En parallèle, le décolletage subit l’essor de l’ouverture du marché mondial, notamment asiatique. L’Asie, par des méthodes fabrication moins coûteuse, « récupère » le marché de la connectique et des produits courants en général.

Pour se maintenir dans le giron de l’automobile et contrer la perte des marchés repris par l’Asie, les plus gros décolleteurs investissent dans les machines-outils à commandes numériques (MOCN) alors que le parc machines était vieillissant.

Cela va fragiliser les plus petites entreprises. Mais les nouvelles machines demandent une main d’oeuvre qualifiée alors que la jeunesse refuse ce secteur, rebutée par le bruit et l’huile de coupe cancérigène utilisée.

Au début des années 1980, le décolletage se retrouve en pleine mutation et face à des nouvelles problématiques dont il ne sait pas comment il va se sortir. La moindre avancée de la classe ouvrière lui paraîtrait comme intolérable.

10 mai 1981 : la gauche au pouvoir consacre des avancées sociales

Et cette avancée, elle a lieu le 10 mai 1981 avec l’élection de François Mitterrand comme président de la République. Issu du programme commun signé en 1972 avec le PCF, les « 110 propositions » de François Mitterrand s’ancraient dans la tradition du mouvement ouvrier, revendiquant un programme de « rupture avec le capitalisme ».

66 % des ouvriers votent François Mitterrand. Le 10 mai 1981, un vent de panique s’empare des milieux les plus rétrogrades d’une bourgeoisie encore marquée par le Front populaire et Mai 68.

Et cette panique se confirme les deux premières années de la mandature Mitterrand avec la mise en oeuvre par Jean Auroux, ministre du travail, des revendications ouvrières tant attendues, prolongeant celles du Front populaire acquises en juin 1936.

Les « lois Auroux » fondent, entre autres, les Comités d’hygiène et de sécurité (CHSCT), la création d’un « droit d’expression » des salariés, la baisse du travail à 39h, la retraite à 60 ans, et une cinquième semaine de congés payés. Dans le même temps, de grandes entreprises comme Thomson, Rhone-Poulenc, Suez, Banque Worms, etc., sont nationalisés.


Dans ce contexte national, les milieux patronaux les plus agressifs vont s’organiser pour résister à la mise en oeuvre des lois Auroux. Dans la vallée de l’Arve, une partie du patronat décolleteur, tendue par les mutations économiques, va trouver dans le SNPMI l’organisation capable de terroriser la classe ouvrière.

Une réponse à « Quand le terrorisme patronal frappait à Cluses (1) : les conditions d’une lutte de classe »

  1. Le SNPMI voulait faire peur aux ouvriers passait en 4×4 dans les rues de Cluses avec des fusils de chasse mais n’oublions pas que chaque patron avait envie de « voler » les marchés de l’autre difficile de s’entendre longtemps dans ces cas la

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