Les trafics de drogue ne disparaitront pas par magie


Politique, Vie quotidienne / mardi, septembre 29th, 2020

Ce 23 septembre, sous le titre de « Vallée de l’Arve : aucune ville n’est épargnée », le Messager a dressé un long panorama de la « lutte anti-drogues » menée par l’Etat. Une lutte qui n’est finalement qu’un énième coup de com’ pour dire que tout est sous contrôle alors que tout va dans le sens inverse…

Avec le pourrissement et la misère sociale grandissante, la consommation et le trafic de drogues prend toujours plus d’ampleur. Mais à écouter les acteurs publics, on se dit que personne ne souhaite réellement s’attaquer au problème en profondeur.

Jean-Philippe Mas, le maire de Cluses, déclare ainsi

« On est en train de rénover le quartier et symboliquement quand certains bâtiments seront détruits on ressentira rapidement les effets même si je sais pertinemment que cela ne fera que déplacer les dealers vers d’autres points de vente »

La bonne vieille politique du ravalement des façades pour cacher la misère… Et Patrice Guigon, procureur de la République, d’avouer toute l’impuissance de l’Etat pour en finir avec les trafics :

« Malheureusement, même s’il y a une réponse pénale pour chaque infraction, on a beau lutter contre les trafics, ils se reconstituent toujours très vite. Ça ne diminue pas malgré notre action. »

Avec ce genre de déclarations, on comprend que tout n’est qu’une mise en scène démagogique de pouvoirs publics qui ne cherchent rien à vraiment démanteler.

Parler de sanctionner « chaque infraction » montre comment la vision de l’Etat se borne à réprimer quelques consommateurs éparpillés. Tout ceci n’est qu’une fiction…

Car il est évident que ce n’est pas en orientant la répression policière sur chaque consommateur que le trafic de drogue va s’évaporer. La consommation se combat par une morale de feu opposée à toute forme de chantage, alors que la répression doit s’atteler à démanteler et écraser la production qui alimente les réseaux.

Mais pour cela, il faut en avoir la volonté et les moyens politiques…

Ce qui est impossible de la part d’un Etat qui ne peut pas s’attaquer à toute une partie du capitalisme, comme le montre récemment l’enquête « FinCEN Files » sur le rôle des grandes banques dans le blanchiment de l’argent « sale ».

Ce serait également bousculer la sorte de paix sociale installée dans les quartiers les plus précaires et les pays producteurs, bousculer tout un pan de l’économie, et pas seulement celle « illégale » comme le montre par exemple le fonctionnement des livraisons de drogue à domicile via Uber.

L’Etat n’a t-il pas fait entrer le trafic de drogue dans le calcul du PIB en 2018 ? Qui ne sait pas qu’une partie de la restauration des stations huppées tourne grâce aux drogues « stimulantes » ?

Que cela soit du côté de la production que du côté des consommateurs, ce sont tous les étages de la société qui sont contaminés par la banalisation de la drogue, alcool et tabac compris. L’expansion des trafics n’est que le reflet d’une société profondément malade.

Comment endiguer la drogue lorsque des magasins de « cannabis légal » ouvrent à Thonon et à Chamonix ? Quel message envoie-t-on à la jeunesse, si ce n’est la permission de tout faire en espérant que cela ne soit qu’une expérience de coutre durée, sans turbulences ?

Les gens veulent une société sans paradis artificiels, sans décadence, et ils ont bien raison. Ils ont pourtant tort de penser que tout viendra de cet Etat là, qu’ils n’auront pas besoin de s’impliquer réellement.

Car cet Etat est lui-même en complète décomposition sociale, économique et morale. Seul un nouvel Etat fondé sur une mobilisation populaire d’ampleur sera à même de balayer la drogue et son monde.

4 réponses à « Les trafics de drogue ne disparaitront pas par magie »

  1. Autant j’apprecie beaucoup de vos prises de position, autant votre vision de la « drogue » et de sa consommation me parait toujours enfermee dans cette doctrine prohibitionniste qui, avouez le, n’a jamais fait preuve de son efficacite.

    1. Bonjour,

      C’est vrai qu’il n’y a pas 36 000 solutions. Si l’on regarde celles et ceux qui s’opposent à un discours « prohibitionniste » (encore faudrait-il bien délimiter et définir cette doctrine et savoir si elle existe réellement en France), que trouve t-on si ce n’est des libéraux souhaitant transformer toute consommation de drogue en un nouveau commerce lucratif ?

      Sinon, concernant la prohibition, elle ne peut réussir que dans le cadre d’une mise en oeuvre démocratique, sur une base populaire. Jamais des décrets par en haut n’ont pu régler ce problème…

      Cordialement,

      AAG

  2. Ok bon exposé… mais quels solutions ?!? Il faut arrêter de dénoncer sans prposer un iota de solutions ou d’idées pour faire avancer le sujet. Vous ne faites que dénoncer et c’est fort dommage !!!!

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