Quand le terrorisme patronal frappait à Cluses (2) : le SNPMI, un syndicat d’extrême droite


Histoire populaire / mardi, septembre 1st, 2020

Pourquoi le Syndicat national du patronat moderne indépendant, anciennement syndicat national des petites et moyennes industries, allait-il être l’avant-poste de la contestation patronale anti-ouvrière au début des années 1980 ?

Car son ancrage était clairement lié aux milieux les plus agressifs du patronat français. Les origines du SNPMI remontent à octobre 1936 lorsque des milliers de patrons défilent sur Paris en opposition aux accords de Grenelle signés en juin 1936.

Rappelons que ces accords, conclus à la faveur d’une grève générale avec occupation des entreprises, avaient permis une hausse générale des salaires, la reconnaissance du délégué personnel d’entreprise et des conventions collectives, la liberté d’opinion syndicale, deux semaines de congés payés et la semaine de travail à 40 heures.

Par la suite, le SNPMI se garde bien de révéler son parcours pendant les années 1940 de l’occupation allemande… pour ne ressortir qu’en 1944 lorsqu’il participe à la fondation de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME).

Dans le contexte des lois Auroux prolongeant les conquêtes de 1936, l’héritage du SNPMI ne pouvait que se réactiver, pour devenir le fer de lance de l’opposition à l’émancipation ouvrière.

De plus, ayant quitté la CGPME en 1977, le SNPMI avait les mains libres et une structuration facilitant les coups de force : les entreprises d’entre 5 à 500 salariés adhéraient directement, contrairement à la CGPME fondée sur des fédérations déjà constituées. Au milieu des années 1980, le syndicat comptait 30 000 adhérents.

A partir de 1981, c’est Gérard Deuil qui prend la tête du syndicat patronal. Né en 1921 d’un militant démocrate-chrétien lié au mouvement du « Sillon », Gérard Deuil avait poursuivit ses études à Chambéry dans les années 1940, alors âgé d’un vingtaine d’années.

En Savoie, il ne fit pas qu’étudier puisqu’en tant milicien au service du Maréchal Pétain, il fut condamné en mai 1945 par la Cour de justice de Chambéry à une peine de « travaux forcés à perpétuité ».

Comme bon nombre d’anciens collaborateurs pro-fasciste, Gérard Deuil bénéficia très vite d’une remise de peine. En 1954, il est le patron de « Cartolabor », une entreprise spécialisée dans la publicité sur des cartons à Chazelles en Charente. Gérard Deuil était un de ces patrons shootés aux principes du catholicisme social, c’est-à-dire au paternalisme.

L’entreprise avait fait construire un stade de foot et des maisons avec piscines autour de l’usine pour maintenir les ouvriers sous la coupe du patron. Les 200 salariés détenaient collectivement 11 % du capital de l’entreprise : la paix sociale était assurée par la collaboration de classe. D’ailleurs, Gérard Deuil était resté un fervent admirateur du Maréchal Pétain, disposant d’un buste dans sa chambre ainsi que d’un portrait dans son bureau.

Dès la promulgation de la première loi Auroux en août 1982 offrant plus de libertés aux travailleurs dans l’entreprise, Gérard Deuil généralise la contestation patronale déjà bien aiguisée par l’arrivée de la Gauche au pouvoir.

En septembre 1982, une « marche au flambeau » rassemble 15 000 personnes dont Jean-Marie Le Pen, à Paris. Le SNPMI peut alors compter sur son vice-président Pierre Descaves, un pied noir ancien militant de l’OAS, président de l’Association Nationale des Français d’Afrique du Nord, d’Outre-Mer et de leurs Amis (Anfanoma). Dans les années 1990, Pierre Descaves sera membre du bureau politique du F.N.

Parlant de la manifestation de septembre 1982, Gérard Deuil n’hésite pas à se la jouer anti-parlementaire style 6 février 1934 : « Si je l’avais voulu, ils prenaient l’Elysée », affirmait-il dans un article du Nouvel Observateur. Est-ce bien étonnant lorsque l’on sait que les vestes de certains militants du SNPMI étaient décorés d’une croix celtique, un symbole néo-fasciste ?

Réélu en janvier 1982 à la tête du SNPMI pour quatre ans, Gérard Deuil rédige en 1983 un livre, dont le titre est une caricature de populisme : « Notre chemin : hors des jeux politiciens ». Au premier chapitre intitulé « les raisons d’un combat », il écrit :

« En mai 1981, la doctrine officielle sur laquelle reposait le « projet socialiste » était la lutte des classes. Cette doctrine prêche l’affrontement et l’hégémonie de la classe ouvrière sur l’ensemble de la société (…) C’est au nom de cette idéologie qu’ont été entreprises toutes les réformes que l’on connait : nationalisations (…), les lois AUROUX (…), la réforme scolaire, les reformes en matière médicale »

La perspective est claire : elle est politique. Elle vise à s’opposer, coûte que coûte, à l’émancipation sociale et culturelle de la classe ouvrière. La ligne du « coup de poing » allait parfaitement se réaliser dans une partie du patronat du décolletage, alors confronté aux mutations du début des années 1980.

Une réponse à « Quand le terrorisme patronal frappait à Cluses (2) : le SNPMI, un syndicat d’extrême droite »

  1. Dans les annees 90, quand Millon a pris la presidence de la region grace au fn, on les reverras en force. Lors d’une manif a Cluses, contre Millon venu inaugurer des travaux au lyce de l’oorlogeri. Les membres de ce « syndicat », servent au service d’ordre a Millon a l’interieur du Lyce. Mon patron de l’epoque etait a l’interieur et moi de l’autre cote des grilles avec les camarades.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.