Sallanches : des licenciements massifs à l’usine Dynastar ?


Vie quotidienne / mercredi, septembre 16th, 2020

Construite en 1963 en périphérie de Sallanches, l’usine Dynastar est spécialisée dans la fabrication de skis alpins et de randonnée. Possédée depuis 1967 par le groupe Rossignol, elle a subit divers dégraissages anti-sociaux avec un passage dans le groupe Quiksilver de 2005 à 2008.

Au moment de son apogée dans les années 1990, l’usine comptait près de 600 salariés avec une production d’environ 580 000 paires de skis par an. Aujourd’hui, ce sont environ 200 salariés qui fabriquent annuellement entre 150 et 200 000 paires pour les marques Dynastar et Rossignol, Weedze pour Decathlon, ainsi que des skis pour l’Armée.

C’est dans ce contexte que le jeudi 10 septembre les ouvriers ont été témoins d’une réunion entre les syndicats et les dirigeants de l’usine, qu’ils pensaient au départ comme banale.

Mais, par surprise, la réunion a pris une plus grande importance lorsque Jean Laurent Nectoux, chef des opérations pour Rossignol et numéro 2 du groupe, accompagné de Christine Kechichi, directrice des ressources humaines du groupe Rossignol, sont arrivés à la réunion.

Les syndicats s’étant pliés à signer une « close de confidentialité » leur interdisant de communiquer sur le contenu de la réunion, il est difficile de savoir ce qui a été dit exactement.

Mais selon une personne présente « ça va faire très mal , il faut se préparer à se battre », certains participants ayant quitté la réunion en larmes.

Alors que va t-il se passer à Dynastar ? Ce qui est sûr c’est que l’usine n’est pas en faillite : elle produit aujourd’hui 160 000 paires en vue de l’hiver 2020/2021, en sachant que l’usine est rentable à partir de 120 000 paires par an environ.

Bien qu’elle soit à une limite, l’usine a donc toujours assez de commandes pour tourner, elle-même faisant d’ailleurs partie du groupe Rossignol possédant les marques Look (fixations), Kerma (bâtons) et Felt (vélos).

Il semble donc peu plausible que le site soit fermé. Le groupe a besoin qu’une étape de la production soit faite à Sallanches pour pouvoir noter sur les skis haut de gamme « made in Chamonix valley » : cela apporte un gain marketing.

>> voir aussi : Dynastar : refuser le piège du nationalisme

Les dirigeants vont peut être choisir de diminuer les effectifs des ateliers et augmenter les cadences là où c’est possible pour que la production soit plus rentable qu’aujourd’hui.

Mais ce qui semble plutôt privilégié, c’est la délocalisation d’une partie de l’usine de Sallanches vers une autre usine du groupe à Artes en Espagne où la production est quasi similaire mais où la main d’œuvre est beaucoup moins chère.

Cette solution est sûrement la plus à craindre, car ce fut déjà le cas lors des précédents plans sociaux de 2005 et 2009. L’atelier menuiserie où sont coupés les noyaux en bois avait ainsi été délocalisé. Il est aussi récurent de constater que chaque année une part plus grande de la production des skis juniors et les entrées de gamme adulte déménagent en Espagne.

Le fait que des responsables de l’usine de Sallanches, et principalement le responsable logistique accompagné des comptables du groupe Rossignol, soient allés il y a peu de temps en déplacement plusieurs jours en Espagne, semble confirmer la stratégie de délocalisation, au moins partielle, de l’usine.

Le maintien élevé de production par rapport aux commandes n’est pas non plus un bon signal : on sait que les usines font des stocks avant d’effectuer des grandes manœuvres. Cela leur permet d’honorer les commandes et de payer les créances pendant la réorganisation qui provoque un blocage temporaire de la production.

Il est donc assez clair qu’il faut s’attendre à un plan social massif à l’usine Dynastar de Sallanches, les dirigeants faisant payer aux ouvriers le prix fort du rétrécissement du marché du ski, réchauffement climatique oblige.

Les ouvriers vont donc devoir s’unir et s’organiser pour ne pas rester sur le carreau et exiger ce que l’on est en droit d’attendre après des années de labeur, et cela d’autant plus dans la crise économique actuelle.

En se servant des exemples récents comme Franck & Pignard tout en puisant dans leur héritage de lutte, notamment celle contre le plan social de 2009, les travailleurs de Dynastar doivent se battre pour éviter les pièges tendus et déjouer les inéluctables chantages des dirigeants.

Une réponse à « Sallanches : des licenciements massifs à l’usine Dynastar ? »

  1. je suis très triste de voir cela .j’étais à dynastar dans les années 1978 et mon mari défunt est resté jusqu’en 1993 dynastar marchait bien 600 ouvriers mais la personne qui faisait l’entrée et la sortie des ouvriers était un esclave .j’en garde un très mauvais souvenir c’est tout ce que je puis dire

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