« Ils profitaient de la frontière pour écouler les importantes sommes en liquide générées »


Vie quotidienne / vendredi, octobre 23rd, 2020

Depuis quelques années, la prostitution étend son emprise : avec les réseaux sociaux, tout devient plus facile à organiser. Mais il y a toujours la question de blanchir l’argent, et c’est là qu’on voit tout le rôle délétère joué par Genève, par le capitalisme.

Récemment, un important réseau de prostitution d’envergure nationale a été démantelé. Le réseau s’étendait de Paris jusqu’à la Haute-Savoie.

On y apprend qu’une quarantaine de filles, originaire d’Amérique latine, étaient prostituées à Paris, avec également parfois l’organisation de « sex tour » via des locations Airbnb à Marseille, Lyon mais jamais en Haute-Savoie.

Pourtant, neuf des dix dirigeants du réseaux vivaient dans l’aire urbaine d’Annemasse, pour un business rapportant jusqu’à 200 000 euros par mois, uniquement en liquide.

Pour qu’une telle « entreprise » existe, l’emprise des proxénètes sur les réseaux sociaux et l’aliénation de certaines jeunes filles pour une vie luxueuse ne suffisent pas.

Il faut bien écouler et blanchir l’argent. Dans un article du Dauphiné Libéré du 17 octobre, la commissaire chargée de l’enquête par l’organisme central pour la répression de la traite des êtres humains (ORTEH) explique :

 « Les ramifications en Haute-Savoie sont vite apparues sur nos radars. Tout était organisé depuis là-bas, en raison de la proximité de la frontière permettant d’écouler les importantes sommes d’argent. Les allers-retours étaient mensuels. »

Avoir Genève à disposition, ce paradis des banquiers : quoi de plus simple pour blanchir l’argent de la traite d’être humains ? On n’en finira pas de dire que Genève est l’ennemie par excellence, le monstre capitaliste à abattre, lui et son idéologie de la débauche ultra-libérale.

Qui ne sait pas que Nabilla Benattia, née à Ambilly dans la banlieue d’Annemasse, s’est prostituée (« escort girl ») dans des boites de nuit lors de ses études à Genève avant d’accéder à son statut de personnage vivant de la stupidité médiatique ?

La prostitution moderne ne repose que sur la bourgeoisie qui fait de la liberté de commerce de tout et n’importe quoi l’alpha et l’oméga de son existence périmée. « La bourgeoisie a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange » disait Karl Marx dans le Manifeste du Parti Communiste, écrit en 1847.

>> voir aussi : Genève, la fin de l’eldorado ?

Car si la prostitution puise sa source dans le passé de domination des hommes sur le femmes (patriarcat), rien n’est plus vraiment possible sans l’échange marchand et la propriété privée, le capitalisme.

Et bien sûr l’idéologie de la pseudo « liberté de choix » correspond à ce système économique où tout, ou presque, est possible d’exploiter… Y compris donc sa propre dignité. C’est ce qui explique que les filles prostituées se disent « consentantes », l’argent venant en « aide à leur famille en Colombie ».

Lorsqu’il y a contrainte économique, la liberté n’est qu’une illusion, chacun le sait bien. Et comment peut-on vraiment choisir des rapports sexuels non consentis, en dehors d’un rapport sentimental, si ce n’est après avoir été soi-même détruite de l’intérieur par des violences socio-psychologiques ?

Lorsqu’on voit cela, on ne peut que se dire que les femmes ont besoin du féminisme, d’un féminisme qui se bat contre la violence du capitalisme qui transforme le corps des femmes en une simple marchandise.

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