Projet de route forestière au col de Voza : l’expression populaire dit non !


Ecologie / vendredi, octobre 9th, 2020

L’enquête publique à propos d’un projet de route forestière dans la montagne dite de « Tête Noire » a mobilisé la population. Plus de 500 avis ont été envoyés au commissaire enquêteur, avec un seul avis favorable au projet.

La critique exposée par la FNE et la LPO dans un très bon article a payé. Les avis émis par la population sont d’une grande valeur, avec quelques-uns qui rappellent très justement les « leçons du covid ». Citons, entre autres, ce commentaire :

« Revenons au Covid, c’est pas dû au fait que les animaux s’approchent trop de nous ou l’inverse ? Puisque nous leur piquons leurs espace ! Et ce petit couple d’oiseaux en danger d’extinction, vous y pensez ? »

Avec ce genre de commentaires, il est frappant de constater le décalage entre la population mobilisée sur la base d’une sincère sensibilité envers la nature, et des autorités pétris dans une vision du monde froide et gestionnaire.

Au mois d’août, la Communauté de communes de la vallée de Chamonix Mont-Blanc, CVMB, maître d’ouvrage du projet, publiait une réponse à l’avis de l’Autorité Environnementale dans laquelle elle souligne que

sans exploitation forestière de ce massif, le développement d’une filière locale bois énergie n’est pas envisageable.

Les maires des communes propriétaires des parcelles forestières ont un horizon culturel qui se borne à exploiter une forêt qui n’est vue que comme un puits de bois immobiles dans lequel l’être humain peut puiser sans relâche.

Pour eux, amphibiens, gelinottes des bois, chiroptères, écureuils roux, azurés du serpolet, becs croisés, etc., ne sont que des « matériaux » que l’on peut gérer à sa guise grâce à d’absurdes « compensations écologiques ».

Le maître d’ouvrage du projet peut ainsi déclarer que les 176 zones de Buxbaumie verte, une espèce florale protégée, connaitront des « déplacement des pieds avec leur support de vie » comme si cette matière vivante pouvait être « détacher » de manière arbitraire de son environnement immédiat.

On ne répétera jamais assez combien le principe « éviter, réduire, compenser » (ERC) énoncé par la loi environnementale du 8 aout 2016 est une insulte à la Biosphère où chaque forme de vie est reliée à un environnement précis, lui-même dépendant d’une dynamique générale.

A ce titre, l’Autorité environnementale n’a cessé de rappeler le manque de connaissance quant aux périodes de dérangement d’espèces comme la petite chouette des montagnes et le Tétra Lyre, oiseau très sensible au moindre bruit lors de sa reproduction.

Sans même parler du « contexte géologique favorable à la formation de nombreuses zones humides » alors que « l’équivalence fonctionnelle » des quinze mares forestières re-créées plus loin « n’est pas démontrée ». A cela s’ajoute l’altération de l’habitat du Pic Tridactyle, un oiseau qui se nourrit du bostryche, un insecte qui ronge et détruit les mélèzes.

Mais pour prêter attention à cela, il faut avoir un minimum de sensibilité afin de chercher à comprendre le développement de la vie naturelle et des écosystèmes pour eux-mêmes, et non pas simplement comme un obstacle dans le développement de l’être humain.

C’est tout ce que ne comprend pas d’ailleurs le maire de Passy Raphaël Castera et son équipe qui ont voté pour le projet lors du conseil municipal du 24 septembre. Dans l’article « Optimisation de la piste forestière Chatelard / Col de la Voza » publié sur le site de la mairie, il est dit :

Une forêt en bonne santé présente de nombreux avantages : protection des zones habitées, biodiversité, tourisme… Il est nécessaire de la rajeunir. Une forêt régénérée, comprenant tous les stades de croissance, signifie une meilleure absorption du carbone. Sur le plan économique, il faut rappeler que 70% du bois utilisé dans les Alpes vient d’Europe du Nord et de l’Est. Donc, le bois local mérite d’être valorisé.

C’est là avoir une connaissance plus que limitée de l’écosystème forestier, véritable réseau biologique inter-connecté qui s’auto-régule notamment via l’entre-aide des arbres robustes envers les plus fragiles. Il a également été démontré que les vieilles forêts sont propices à certaines formes de vie, entre autres grâce aux nombreux bois morts.

On remarquera la mise sur le même plan d’une « biodiversité » abstraite car ne citant jamais des espèces concrètes, le tourisme et une filière « bois », alimentant d’ailleurs un mode chauffage à dépasser. Tout ce qu’a été dénoncé par la morale populaire dans l’enquête publique !

Par sa prise de position, la population prouve aux institutions qu’elles sont empêtrées dans une conception des choses belle et bien révolue. Cela suffit à prouver que lorsque le peuple saisit les enjeux de manière démocratique, il porte l’histoire dans le sens d’un progrès pour la vie.

Une réponse à « Projet de route forestière au col de Voza : l’expression populaire dit non ! »

  1. Cette route forestière va surtout servir d’autoroute à VTTistes .
    Sous couvert de l’exploitation, et de l’entretien, de la forêt je vois un projet touristique en droite ligne de la politique de diversification des activités du ski vers le vélo tout terrain.
    Nous avons vu que certains maires, sont prêts à sacrifier les paysages et les écosystèmes pour faire venir ici toujours plus de monde. Deux poids , deux mesures , d’un coté l’accès au Mont-Blanc est restreint mais de l’autre la nature encore sauvage à son pied, comme Tête-Noire, est sacrifiée . Et je prends le pari que ce n’est qu’un début. Le fameux ascenseur valléen de Saint-Gervais, si il aboutit, va nécessiter la création d’une trouée allant du Fayet au Chatelet par l’abattage des arbres sur une largeur d’au moins 30m.
    Je ne conteste pas l’enjeu financier, mais il serait préférable que nous fassions un usage raisonné de la montagne plutôt que d’inciter au tourisme de masse en bradant notre patrimoine nature.

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