Brève : Dans la file d’attente du test COVID3 min read


Vie quotidienne / jeudi, novembre 12th, 2020

13h 50. Il y a une file silencieuse de cinquante mètre devant le laboratoire d’analyse médicale, les gens masqués les plus proches de la porte d’entrée sont là depuis 1h30. C’est une après-midi ensoleillée automnale, il fait bon au soleil, frais à l’ombre.

Tous ces gens qui attendent ont un rapport plus ou moins « intime » avec le virus, on se regarde un peu mais pas longtemps, on essaye d’imaginer le visage des gens pour passer le temps.

Le bout le plus éloigné de la file dépasse la dernière barrière de quelques mètres, elle s’effiloche sur le parking et hésite quand elle doit se déplacer pour laisser se garer les voitures « urgence sang » ou le livreur nerveux au visage renfermé.

Toutes les vingt personnes environ, il y a un type qu’on entend parler, parfois la conversation prend avec la personne d’à côté.

« Moi je suis cas-contact, ma femme l’a donc je fais le test. Mais c’est quand même scandaleux qu’on doive attendre comme ça, soit disant on était prêt pour la deuxième vague. Un pays riche comme le notre, quand même… »

Il est 14h10, ça commence à avancer. Les nouvelles personnes qui arrivent en voiture font le tour du parking sans trouver de place et prennent un air catastrophé en voyant l’attente.

« On sait plus quoi penser… On se demande si c’est pas voulu ce virus, pour dépeupler… »

Quelques mètres plus loin, un petit homme en pantalon de travail baisse son masque et entreprend de fumer une cigarette. Elle sera respirée par ses voisins, une fumée qui ne dérange pas plus que d’habitude, et pourtant… Il a intérêt à être négatif celui-là.

« La France c’est plus ce que c’était. Les années 60, 70, 80 tout ça c’est fini… »

Il y a une femme qui s’inquiète de la distance de sécurité, elle s’excuse de demander à l’autre dame de reculer, elle s’inquiète comme quelqu’un de malade qui trouve ça fou les gens qui s’agglutinent. Elle, ne veut contaminer personne.

« Pourquoi on ouvre les grandes surfaces et pas les petits commerçants ? Ils veulent tuer les petits et puis voilà. »

15h00. Le froid s’installe, les gens trépignent, derrière les vitre du labo on devine des têtes coiffées de charlottes qui s’affairent. L’homme qui parle connaît plusieurs personnes dans la file, c’est sûrement quelqu’un du coin avec un de ces noms de famille des paysans d’antan dont les nombreux descendants sont devenus pour certains patrons d’usines, pour les autres ouvriers.


Il les salue fait une pointe d’humour gras et reprend avec la dame.

« On peut pas sortir mais on peut aller bosser. Si ça c’est pas une dictature…
– Je sais pas si j’irais jusque là… »

La conversation se raréfie, finalement on a vite fait le tour quand on a pas les réponses.

« C’est le pouvoir, c’est que l’argent qui compte. L’humain on s’en fout. »

La lycéenne juste devant a mis ses écouteurs, elle s’appuie sur la barrière, baisse la tête, les yeux fermés. Plus la queue avance, plus elle se recroqueville.

« Vous avez entendu les scientifiques avec le réchauffement climatique, les virus qui montent à la surface ?
– Oui, y’a peut-être de ça, mais quand même…

Faut pas chercher à comprendre, ça rendrait fou. »

Peut-être… Mais, en fait non. C’est bien de savoir, ça rend lucide, ça ouvre le champ de vision et ça donne un pouvoir sur les choses. Le jour où tout le monde voudra vraiment comprendre, ce sera justement la fin de ce monde absurde…

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