Grands Montets : vers plus de bétonisation au sommet


Ecologie / mardi, novembre 3rd, 2020

Le 11 septembre 2018, la gare du téléphérique de Lognan à Argentière était détruite par un important incendie, condamnant cette remontée pour une durée indéterminée. Un projet est à l’étude grâce à l’argent des assurances et il dépasse largement le cadre de la gare brûlée.

En effet c’est dans le compte-rendu du conseil municipal du 26 octobre publié sur le blog d’Eric Lasserre, que l’on apprend que les travaux ne concernent pas seulement Lognan, la gare sinistrée, mais aussi la gare du sommet des Grands Montets et d’une liaison avec le centre village.

Il y a un an, Mathieu Dechavanne, PDG de la Compagnie du Mont-Blanc parlait pourtant de reconstruction à l’identique, « pour des raisons d’assurance ».

On comprend donc que le sinistre est utilisé ici comme prétexte à rénover massivement la station de ski afin de la rendre toujours plus rentable. Les assurances pourraient permettre à la station de toucher jusqu’à 64 millions d’euros pour cela.

Les études portent notamment sur le lieu d’implantation de la gare supérieure, à priori à l’ouest de l’ancienne, enterrée ou semi-enterrée, à une altitude de 3235 m, sur la liaison avec le Col des Grands Montets à 3230 m (tunnel de 50 m ? plateforme métallique ? piste ? ), sur un ascenseur de 60m pour atteindre le Belvédère.

La liaison avec le village d’Argentière se ferait par une passerelle sur l’Arve ou par un appareil téléporté.

Ainsi, en plus de reconstruire la gare à 1972m (qui n’est finalement pas vraiment évoqué), il s’agit d’aller creuser dans l’aiguille des Grands-Montets pour y mettre une nouvelle gare et des infrastructures permettant de conserver la vue panoramique du Belvédère (actuelle gare) tout en rendant plus accessible la piste.

Les possibilités sont à l’étude et notamment en fonction du changement climatique.

Et justement, compte tenu des enjeux écologiques tout cela semble absurde. Les habitants de la vallée ont pourtant vécu un été ponctué par les accidents d’alpinisme dus à des éboulements.

Les montagnes rocheuses du type des Grands Montets, ne tiennent justement que grâce au permafrost et celui-ci fond de plus en plus avec la montée des températures.

>> Voir aussi : le dérèglement climatique s’intensifie dans les Alpes

Bien entendu, des actionnaires de la station aux ingénieurs en passant par les exploitants et les scientifiques savent bien que le compte à rebours est déclenché. Mais, pour eux, cela signifie qu’il faut exploiter ce temps le plus possible pour les affaires, quitte à participer à l’accentuation des phénomènes d’écocides.

Et justement la nouvelle gare du sommet est pensée pour résister aux éboulements, tout simplement en venant dynamiter et et injecter du béton à l’intérieur de l’aiguille et y placer l’infrastructure de la remontée mécanique.

C’est un projet de plus qui, s’il se réalise, s’inscrit dans la fuite en avant des stations de ski, ici dans le cadre de la concurrence à qui sera à la plus haute altitude, avec le voisin italien Helbronner (3 462 m) par exemple.

On note l’approche cynique de l’élu intervenant, Claude Jacot, alors qu’une autre élue suggère qu’il faudrait consulter la population à l’aide d’un referendum local :

Qui répondrait NON à la question « Souhaitez-vous la reconstruction du Téléphérique des Grands Montets ? » Quelques écologistes extrémistes ? Si la question est posée sous la forme « Approuvez vous le plan d’aménagement tel qu’il vous a été présenté ? » la réponse sera certainement OUI, compte tenu de la qualification des concepteurs.

Comme toujours, la froideur technique de l’expertise balaye d’un revers de la main le débat démocratique, fermant toute réflexion populaire sur l’avenir des pratiques d’altitudes.

Le destin des écosystèmes montagneux est aux mains des exploitants de stations de ski car réchauffement climatique ou non, le profit c’est avant tout le profit. Alors, qu’est-ce qu’on attend pour résister à cette logique mortifère ?

Une réponse à « Grands Montets : vers plus de bétonisation au sommet »

  1. Réserver les Grands Montets au ski de randonnée. Monter à skis et profiter du silence et de la durée de l’aventure. Pour les pressés, il y a assez de pistes damées, et de remontées mécaniques.

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