Quand le ciel tombe sur la tête des capitalistes de l’or blanc3 min read


Vie quotidienne / vendredi, novembre 20th, 2020

Les capitalistes de l’or blanc font (presque) comme si de rien n’était car la crise qui touche le secteur du tourisme est très profonde. Et cela d’autant plus que l’on se rapproche de la capitale saison de l’hiver sans qu’une date de ré-ouverture ne soit communiquée.

Qu’une date soit communiquée ou pas, cela ne va d’ailleurs pas changer grand chose à la situation en général. Dans tous les cas, les restaurants vont rester fermés jusqu’au moins la mi-janvier, sans parler des bars et discothèques…

Or, il est évident qu’au-delà du ski, la clientèle hivernale est surtout attirée par la carte postale kitsch en triptyque : ski et bronzage / fondue de gras saturés et feu de bois / happy hour et fête nocturne.

Le ski n’est qu’un arrière-plan, en grande partie un alibi pour esprits frivoles et souvent décadents. C’est pour cela d’ailleurs qu’une grande majorité de ces gens peuvent dire en réponse à ce sondage qu’ils continueront à venir l’hiver à la montage, même s’il n’y a plus de neige…

>> Voir aussi : la fuite en avant des stations de sport d’hiver

Mais voilà que le covid-19 arrive comme une tornade implacable dans ce décor privilégié.

De concert avec les recommandations de la ministère de l’économie Elisabeth Borne qui invite à employer des saisonniers malgré toute l’incertitude, les grandes stations de ski préparent la saison un peu comme si de rien n’était.

Pour se justifier, certains dirigeants affirment que le « second confinement » n’était pas prévisible. Ainsi, par exemple le directeur de Tignes, Frédéric Porte, qui déclare :

Nous essayons de ne pas avoir trop d’états d’âme, de ne pas nous lancer dans des pronostics de réouverture ou de partir sur des  »si on avait su » quant à ce reconfinement

De qui se moque t-il alors qu’un « reconfinement » était bien évidemment prévisible dès la fin du mois septembre, lorsque Marseille voyait une nouvelle fois ses bars et restaurants fermés administrativement.

Les rentiers de l’or blanc voient le ciel qui leur tombent sur la tête. Car n’étaient-ils pas rassurés que le « reconfinement » soit mis en place à la mi-octobre, espérant ainsi que tout serait réglé en un mois alors que la situation avait déjà dramatiquement traîné ?

A la fin octobre, Mathieu Dechavanne, président de la Compagnie du Mont-Blanc disait cyniquement :

 C’est presque le meilleur moment pour nous, car il aurait fallu faire quelque chose pour stopper l’épidémie. On continuera à faire nos travaux de maintenance durant cette période

Ou encore David Ponson, le président de la Compagnie des Alpes qui détient une partie de la Compagnie du Mont-Blanc, Flaine, Tignes, le Grand Massif, etc., et a enregistré 47,7 millions de profits en premier semestre 2020 :

Quelque part c’est un mal pour un bien. Au vu de l’évolution sanitaire on sentait l’inquiétude monter redoutant un confinement au pire moment, un mois plus tard.

Mais tout s’annonce bien plus compliqué comme cela était forcément prévisible, ne serait-ce qu’avec cette question des restaurants, des bars, des discothèques…

Et les principales victimes de cette crise, ce sont bien les travailleurs saisonniers.

Des travailleurs qui ont pensé, non sans raisons, que vendre quelques mois d’hiver sa force de travail pour satisfaire les désirs d’une clientèle huppé, tout en vivant sans attaches, était un moindre mal pour s’éviter les boulots aliénants à l’année… Des travailleurs qui ont connu leurs premières désillusions avec la réforme de l’assurance chômage.

Tout un monde s’écroule. Et qui dit écroulement, dit reversement général de perspective, rupture avec toutes les illusions de ces trois dernières décennies comme quoi le capitalisme était stable et confortable…

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