Route forestière du col de Voza : le commissaire-enquêteur au service des notables3 min read


Ecologie / samedi, novembre 14th, 2020

Au mois de septembre, les associations France Nature Environnement (FNE) et Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) alertaient sur un projet dévastateur de route forestière dans la montagne de Tête Noire, soumis à une enquête publique.

Entre le 7 septembre et le 8 octobre s’est donc déroulée l’enquête publique à propos du projet de route forestière visant, grosso modo, à allonger une route d’accès pour l’exploitation des bois de la forêt de Tête Noire.

Et comme le reconnait le commissaire-enquêteur Jean-Paul Bron dans sa réponse officielle du 28 octobre 2020 :

Cette enquête a passionné le public, qui s’est exprimé en très grand nombre, notamment, sur le site internet dédié à l’enquête. Ce projet a recueilli 513 courriels, 23 observations sur registres et 4 courriers annexés aux registres, qui expriment très majoritairement (96 %) un refus de voir se réaliser le projet soumis à l’enquête

En effet, force est de constater que les amoureux de la nature se baladant régulièrement dans cet écosystème forestier, se sont exprimés. Une expression populaire qui a pris soin d’approfondir la question, avec une majorité d’avis appelant à la protection de la faune et de la flore locale.

Or, voilà que ce même commissaire-enquêteur émet un avis favorable au projet, reprenant les principaux arguments des porteurs du projet, à savoir que

Ce projet concilie la gestion forestière, le renouvellement des forêts pour assurer leur résilience aux aléas sanitaires et climatiques, l’amélioration de la biodiversité, la protection de la nature, et en particulier des espèces fragiles inféodés à la forêt

Comment peut-on dire sérieusement que détacher des espèces vivantes de leur environnement local immédiat, c’est « améliorer la biodiversité, protéger la nature » ?

>> Voir aussi : Projet de route forestière au col de Voza : l’expression populaire dit non !

En fait ce qu’il se passe, c’est que les notables du pays du Mont-Blanc ont joué de tout leur poids pour briser la légitimité des avis déposés dans l’enquête publique.

Voici ce qu’a déclaré le maire de Saint-Gervais Jean-Marc Peillex en réponse à une intervention sur l’effet des enquêtes publiques lors d’une réunion publique à propos du projet d’ascenseur valléen :

Il y a forcément une réponse, c’est le commissaire-enquêteur qui donne forcément des réponses. Maintenant si c’est effectivement comme pour la route forestière, des hollandais et des américains qui mettent des avis sur internet…euh…oui, oui ils ont aussi une réponse… donc oui, oui bien sûr l’enquête publique est faite pour ça…mais voilà c’est une enquête

Ou encore Madame Christèle Rebet, première adjointe du maire de Passy Raphaël Castera, au Dauphiné Libéré le 12 octobre :

Il faut bien comprendre qu’une enquête publique sert à prévenir la population et éventuellement prendre en compte ses remarques, mais son issue ne remet pas en question le projet

Sous-entendu : l’enquête publique n’est qu’une caisse d’enregistrement d’avis purement consultatifs, n’ayant aucune valeur délibérative. Mais alors pourquoi donc demander des avis argumentés et refuser des « copiés-collés », au risque de voir l’avis annulé ?

Cela montre qu’une enquête publique n’est finalement qu’un sondage pour « améliorer » un projet, nullement une interrogation sur son acceptation ou non. Pour cela, il y a des « experts », des « bureaux techniques » : en bref, il y a une administration détachée du peuple ou autrement dit, une machine anti-démocratique.

On peut d’ailleurs juger de la valeur démocratique d’un élu à partir du moment où il ose contester cette machinerie pour mieux défendre l’expression populaire… ce qui n’est pas le cas ici.

Mais la véritable question est maintenant de savoir ce que comptent faire les associations environnementales : crier au loup ou entamer une démarche de mobilisation populaire des plus de 500 personnes qui ont émis des avis défavorables tous très bien argumentés ? Le rapport de force peut-il, doit-il en rester là ?

3 réponses à « Route forestière du col de Voza : le commissaire-enquêteur au service des notables3 min read »

  1. Désespérant – j’avais émis un avis défavorable en tant qu’archéologue, ancien responsable de l’archéologie au CD 74, ce secteur étant particulièrement sensible. Espérons qu’un diagnostic avant travaux sera prescrit par les services compétents de l’Etat.

  2. Très bonne analyse que nous partageons. Les élus sont clairement à la solde du lobby du bois énergie, j’ai eu l’occasion de discuter avec l’un d’entre eux ils ne s’en cache pas.
    Nous soulignons aussi que cette exploitation sera destinée en grande partie au bois de chauffage qui nous causera encore plus de pollution locale.
    Voici un appel de la FNE contre le développement du bois-énergie en Europe comme en France.
    https://www.fne.asso.fr/actualites/bois-%C3%A9nergie-15-scientifiques-de-renom-d%C3%A9noncent-un-projet-de-loi-europ%C3%A9en

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