Un an de prison ferme seulement pour le chasseur tueur d’un vététiste4 min read


Ecologie, Vie quotidienne / vendredi, décembre 4th, 2020

Le 13 octobre 2018, Mark Sutton, alors âgé de 34 ans, était tué d’un coup de fusil de chasse alors qu’il dévalait la pente d’un chemin forestier de Montriond sur son vélo. La chasse fut alors interdite pendant un temps dans la commune, et l’opinion publique remportait quelques mois plus tard l’interdiction des tirs d’été.

On l’aura donc compris : derrière le jugement du chasseur ayant tué le restaurateur des Gets, il y a la question du loisir en forêt. Finalement, peut-on mettre sur le même plan un vététiste, un randonneur et un chasseur dans le panel autorisé des « loisirs » en forêt ?

La réponse est non. Mais la justice penche très clairement du côté des chasseurs. Et cela, malgré l’incroyable arrière-plan de cette affaire !

Il est d’autant plus frappant d’ailleurs de voir la position de l’avocat de la victime, dont on se demande finalement dans quel camp il est. Il a tenu à fermer la porte, de manière résolue, à toute remise en cause démocratique de la chasse :

Ce sont des chasseurs délinquant qui étaient jugés et non la chasse dont aucune règle de sécurité n’a été respectée

Il faudrait donc considérer toute l’affaire comme un fait divers, comme un malentendu. La position de l’avocat de la victime a été reprise en écho par le juge, qui a tenu à faire en sorte que cette affaire soit minimisée, disparaisse le plus rapidement possible.

Le chasseur a ainsi été condamné à un an de prison ferme et trois ans avec sursis, d’une interdiction de chasse pendant dix ans et de porter une arme pendant cinq ans, alors même que la peine au départ envisagée était plus importante.

Or, ce prétendu fait-divers n’est pas tombé du ciel. On a affaire à des gens armés en pleine forêt qui bafouent volontairement les règles de sécurité. « Cela s’est toujours passé comme cela » a déclaré l’un des prévenus ! Qu’on ne dise pas alors qu’il s’agit d’un fait-divers, d’une chose à oublier !

Rappelons de quoi il en retourne. L’ACCA de Montriond organise à l’automne 2018 une battue aux sangliers : des sangliers issues d’élevages pour la chasse sont relâchés dans la forêt pour que les chasseurs s’adonnent à leur passion mortifère.

La pratique veut que l’on consigne tous les participants dans le carnet de battue, que des panneaux soient mis en bordure des zones de chasse, et que les tirs soient fichants, c’est-à-dire avec une trajectoire allant de haut en bas. Enfin, chasser lors d’une battue signifie ne pas chasser d’autres animaux sauvages.

Et voilà que l’on apprend qu’il n’y avait donc ni tenue sérieuse du carnet de battue, ni panneaux de signalisation, tout cela à moins de 150 mètres des habitations. Enfin, et surtout le chasseur coupable de la mort avait effectué un tir sur un chevreuil quelques moments avant de tirer à l’oblique sur le vététiste, « parfaitement identifiable » sur ce chemin forestier dégagé.

On est là dans une logique : celle de la chasse organisée pour donner libre cours à des pulsions meurtrières. Croire qu’on puisse cadrer une telle activité est mensonger. Croire qu’une catastrophe qui se produit relève du hasard est mensonger. Juger cela comme un malheureux accident est mensonger.

L’affaire est telle que les mots du Procureur de la République ressemblent en tous points au sketch des Inconnus qui se moquait déjà admirablement bien des chasseurs en 1991 :

Avec une froideur terrifiante, ils vont se préparer des alibis. Ces gens là sont dangereux, et n’ont aucun amour de la nature comme ils ont tenté de le faire croire. Des gens qui boivent, qui fument du cannabis avant d’aller chasser, qui falsifient des preuves, qui incitent des gens à mentir pour eux. Avec un égoïsme des plus profonds, aucun d’entre eux n’a cherché à aider le tireur. 

Et il faut noter ici un point très important : l’artisan-élagueur et chasseur incriminé était membre de l’Association de chasse communale agréée de Taninges, une ACCA qui, hélas comme tant d’autres, est connue pour ses membres beaufs et chauvins.

>> voir aussi : L’arrêté anti-populaire en faveur de la chasse par la mairie de Taninges

Ce n’est donc pas un « hasard » que les quatre personnes présentes lors de la battue aient tenté de mentir et de masquer le manquement délibéré aux règles, dans une ambiance de décadence morale totale. Des personnes qui ont écopés de 6 à 18 mois de prison avec sursis…

C’est le contexte qui veut cela, c’est l’idéologie de la chasse qui veut cela, c’est l’esprit beauf qui veut ça. Cela tourne forcément à des approches qu’on ne peut que qualifier de mafieuse, dans le sens de douteux, illégal, sans moral, brutal.

Il faut supprimer cette mafia. Ce qui apparemment n’est pas du tout l’objectif du tribunal dans cette affaire, on l’aura compris.

2 réponses à « Un an de prison ferme seulement pour le chasseur tueur d’un vététiste4 min read »

  1. Position : je ne suis pas chasseur, je mange de la viande, je cours en forêt et je fais du VTT, je suis père d’un fils de 17ans

    On peut voir les choses d’une autre façon :

    Oui le chasseur de 22ANS a commis une terrible erreur.

    Mais je ne pense pas qu’un chasseur soit une bête immonde qui ne ressent rien après avoir tué un homme. La vie de ce jeune homme est maintenant marquée pour toujours par ce meurtre, et bientôt par la prison. Et sa famille aussi.
    La famille de la victime est bien entendu encore plus marquée mais il n’y a rien qui puisse effacer l’évènement : 1an ou 20ans de prison n’y changeront rien.

    J’imagine mon fils faisant une terrible erreur dans ce genre : tuer un piéton en voiture, déclencher un accident entraînant la mort. Je ne le verrais pas comme un monstre et j’irais peut-être jusqu’à mentir pour lui éviter la prison.

    Pour finir, les jugements de valeurs comme beaufs et autres n’engagent que l’auteur qui se permet de jouer à l’élite éclairée en posant le bien et le mal selon son propre angle de vue.

    1. Bonjour,

      L’enjeu n’est pas de juger cet homme en particulier, mais le système de valeurs véhiculé par la chasse en général. Si l’on regarde les choses en face, on sait bien que les milieux chasseurs ne sont pas les plus avancées en matière d’éthique, et non pas parce qu’ils sont « mauvais » en tant qu’individus (et donc que nous serions plus avancés), mais bien parce qu’ils relèvent d’une mode et d’un loisir périmé par rapport aux enjeux de l’époque.

      Ce chasseur n’est donc certainement pas une « bête immonde » mais ne simple produit d’un milieu, d’un système de valeurs qui est celui que l’on connait.

      Cordialement,

      AAG.

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