Genève : les signaux d’une profonde crise économique


Vie quotidienne / mardi, janvier 12th, 2021

Alors que les commentateurs économistes prévoyaient une soit disant « reprise en V », les derniers mois écoulés ont rappelé la dure réalité : c’est une profonde récession qui touche toute l’économie genevoise.

Sur une population de 504 128 personnes, Genève et ses alentours comptait à la fin décembre 2020, 40 990 cas de covid-19 confirmés, ainsi que 628 décès, soit presque autant que la Haute-Savoie (652 décès au 9 janvier) pour 829 017 habitants.

En effet, le canton de Genève a repoussé au plus tard le fait d’endiguer la seconde vague de l’épidémie de Covid-19 par de mesures contraignantes, celles-ci n’étant finalement adoptées qu’en novembre puis en décembre avec la fermeture des lieux et activités dites « non-essentielles ».

De fait, si l’économie de Genève avait déjà montré des signes de faiblesses dès la rentrée de septembre, la fin de l’année 2020 montre l’importance du coup subi pour presque tous les secteurs. 

On a ainsi un produit intérieur brut (ensemble des richesses produites annuellement) qui a reculé de plus de 5 %, un recul plus important que celui de la crise financière de 2008-2009 et d’un niveau presque équivalent à la crise de 1975 lors du premier choc pétrolier… C’est dire l’ampleur d’une crise qui ne fait que commencer du fait que les aides sont encore actives.

Dans l’industrie, c’est évidemment l’horlogerie qui concentre le coeur de l’activité à Genève, une tradition historique. Les usines Rolex dans les quartiers de Plan-les -Ouates et Chêne-Bourg emploient environ 2 000 personnes.

Et on là constate une tendance nette à l’accentuation des inégalités sociales, comme l’expression de la crise économique :

Les montres de moins de 200 francs (prix export) ont dévissé de 43,5% en termes de quantité tandis que leur chiffre d’affaires s’est effondré de 36,2%. De l’autre côté, les montres de plus de 3 000 francs (prix export) sont restées quasi-stables au niveau des volumes (-0,1%), tout en perdant 8,5% en termes de chiffre d’affaires.

Cela signifie très clairement que la partie des classes populaires qui croit en un capitalisme « pour tous » se paupérise, alors que la haute bourgeoisie continuent à maintenir son train de vie, sur la base justement de l’appauvrissement de la première.

Mais la récession ne concerne évidemment pas que l’industrie. S’il y a un secteur qui se heurte de plein fouet à la crise économique, c’est bien l’hôtellerie-restauration. La fédération GastroSuisse estimait récemment que 100 000 emplois étaient en suspens, car la Suisse a été un des pays qui a le moins aidé les petites entreprises..

Du côté du bâtiment, cela ne va pas plus fort, avec un net ralentissement et des prévisions assez faibles pour les six prochains mois. Et on ne parle pas de l’aéroport, ce réservoir d’emplois « faciles », passé de plus 1,4 millions de passages en novembre 2019 à à peine 6 000 passages en avril 2020.

De manière générale, y compris donc pour les services financiers, l’activité est en retrait avec une second vague qui a frappé de plein fouet les maigres espoirs ouverts par le pseudo « rebond » à l’été 2020.

Début décembre 2020, l’institut de la statistique de Genève notait :

L’évolution de l’indicateur avancé de l’économie genevoise (ICO), qui anticipe de trois à six mois la conjoncture dans le canton de Genève, confirme l’émoussement de la croissance. En forte hausse depuis le plancher atteint en avril dernier, il marque en effet un léger repli en septembre. La reprise de l’économie genevoise pourrait donc s’affaiblir au cours des prochains mois.

Un indice de prévision des affaires toujours en recul de – 20 % au mois de décembre 2020, c’est dire comment les prochains mois s’annoncent difficiles…

Le chômage est déjà passé de 3,4 % en février 2020 à un peu plus de 5 %. Des travailleurs frontaliers vont ainsi se faire indemniser par les caisses sociales de l’assurance-chômage française alors même que les cotisations de leur travail sont honteusement conservés par le patronat genevois.

Toute la question est maintenant de savoir si tout cela peut se traduire par la fin de la corruption d’une partie des travailleurs par des salaires hypnotisants ? Ou le poids du surendettement va t-il accentuer encore plus la concurrence pour retrouver un poste en Suisse, avec tout l’opportunisme que cela implique ?

En bref, allons-nous assister à la fin de l’eldorado, sur la base d’une volonté de s’émanciper de tout un système sans avenir, ou alors à la fuite en avant individualiste, avec à la clef plus de violence sociale, plus de rancoeur entre travailleurs ?

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