L’incendie meurtrier de Courchevel : la putréfaction de l’ordre bourgeois4 min read


Vie quotidienne / lundi, février 1st, 2021

C’est un drame qui a secoué le monde des saisonniers des stations de ski, et pour cause. Le 20 janvier 2019, en pleine nuit, un incendie ravage un hôtel miteux qui hébergeait des travailleurs saisonniers. Deux personnes sont décédées, et vingt-quatre furent blessées.

Alors qu’un rapport d’expertise a récemment montré la négligence du groupe propriétaire de l’hôtel, cette affaire révèle le mode de vie décadent d’une haute bourgeoisie amatrice des stations de ski.

Courchevel, c’est un aéroport international à 2000 m d’altitude avec piste d’accès, chalets et hôtels de luxe, des dizaines de boutiques de grande marque avec trottoirs et parkings chauffés, un réseau de prostitution, des galeries d’art contemporain.

Courchevel 1850 c’est l’une de ces grandes stations de ski fondée sur le luxe délirant d’une haute bourgeoisie cosmopolite, et notamment des oligarque russes et des magnats du pétrole du Quatar.

La bourgeoisie française s’y accapare les choses sans obstacles, comme l’atteste les multiples investissements immobiliers de Bernard Arnault, Xavier Niel (patron de Free), de Stephane Courbit, propriétaire de Banijay Group, un empire de secteur télévisuel, ou encore de la famille Boix-Vives, propriétaire de la marque de ski Rossignol.

Et pour faire tourner ce mastodonte de la décadence bourgeoise, le village de 2 300 habitants emploie plus de 5 000 travailleurs saisonniers. A l’hiver 2018-2019, 55 d’entre eux sont hébergés dans l’hôtel Isba de trois étages, disposant de 40 chambres.

L’hôtel Isba appartient à la famille Tournier qui l’a racheté pour le transformer en résidence de luxe. Un hôtel qui devait fermer ses portes en 2009 après qu’une équipe de sécurité ait pointé du doigt la non homologation de la sécurité incendie.

Mais dans une station dominée par les notables, les lois sont bien secondaires, et encore plus pour la famille Tournier qui a bâti sa fortune sur l’or blanc dès la fin des années 1940, étendant son empire jusqu’à Saint-Tropez.

A cette décrépitude de l’ordre bourgeois, s’ajoute les lumpenprolétaires, ces « déchets de la société, individus sans métier avoué, rôdeurs, gens sans aveu et sans feu » disait Karl Marx. A Courchevel, outre les proxénètes, les dealers fournissent en cocaïne ce petite entre-soi qui donne la nausée, dont l’un d’entre eux est donc soupçonné d’avoir été l’auteur de l’incendie de l’Isba.

En janvier 2019, un jeune dealer de 23 ans originaire de Montpellier se fournissant en drogues en Espagne, débarque à Courchevel à bord de son Audi A3 noire, soit-disant pour « réconquérir » son ex petite-amie, une saisonnière employée dans un brasserie et logée à l’hôtel Isba.

En fait, ce lumpenprolétaire est également là pour se faire rembourser les dettes d’un client, que ses revendeurs locaux n’arrivent pas à faire payer.

Dans la soirée du 20 janvier 2019, alcoolisé, il les retrouve retrouve dans un parking souterrain et en frappe un avec la crosse de son pistolet. L’autre, court se réfugier à l’étage de l’hôtel Isba. Quelques instants plus tard, l’incendie se déclare dans un hôtel n’étant donc plus aux normes incendie…

Zalhata Ali Bacar, jeune femme de chambre comorienne de 31 ans et Olivier Van Lerberghe, plongeur employé été comme hiver dans un restaurant du groupe Tournier, meurent asphyxiés. Dans le dernier cas, il semblerait que la configuration de sa « chambre », en fait un placard à balais aménagé, ne lui ait pas permis de sauter par la fenêtre, comme les autres blessés.

La boucle est bouclée et la putréfaction de la société bourgeoise se révèle au grand jour. Et on entendra encore des voix pour nous expliquer que ce « modèle » permet à des gens de « vivre » de la montagne. En fait, cela fait surtout s’enrichir une petite clique sur fond d’exploitation éhontée, de violence anti-sociale et de destruction de l’environnement.

Il faut en terminer avec la décadence de ce mode de vie, en finir avec ce désordre opposé à la morale populaire. Bref, il faut une lutte des classes pour balayer ce monde et instaurer un nouvel ordre.

3 réponses à « L’incendie meurtrier de Courchevel : la putréfaction de l’ordre bourgeois4 min read »

  1. Je ne suis pas sûr que la lutte des classes soit la solution. Concept désuet et inadapté.
    En revanche que les normes de sécurité soient respectées oui. Là il faut désigner tous les fautifs, la liste est simple à établir !

    1. Bonjour,

      Sauf que la mise aux normes incendie aurait destiné l’hôtel à tout autre chose qu’à héberger les travailleurs saisonniers.
      C’est cela la lutte des classes, une réalité objective et non pas un « concept ».

      Cordialement,

      AAG

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.