A Cervonnex, une zone humide prise en étau entre les réacs et les libéraux


Ecologie / vendredi, mars 19th, 2021

En périphérie de Saint-Julien-en-Genevois, un parc d’activité économique doit voir le jour sur près de 236 000 m2 d’espace naturel, lesquels abritent au moins une zone humide. Mais comme c’est presque toujours le cas, ces écosystèmes sont étouffés par les intérêts d’êtres humains égocentrés.

Officiellement lancé en juin 2016, l’ « Ecoparc du Genevois » est un projet économique devant réunir un millier d’emplois autour de bureaux tertiaires, d’un espace « bien-être et du mieux-vivre » (yoga, relaxation, coaching…) et d’une Halle marchande.

Situé à Cervonnex, entre le Vitam parc et le Casino de Saint-Julien-en-Genevois, ce projet se présente comme intégré à la « richesse écologique de la zone », notamment par la mise « en valeur » des haies et des vieux chênes.

Vouloir enjoliver et maquiller la végétation relève d’une mentalité de marchand, qui relativise la présence d’une zone humide qui s’auto-régule par elle-même, pour elle-même, et en relation avec le reste de la nature.

Car en novembre 2017, l’étude Kaéna/Ecosphère a confirmé la présence d’une flore boisée typique de zone humide, critère unique suffisant depuis loi du 28 juillet 2019 fondant l’Office français de la biodiversité.

Ainsi, en opposition à ce projet de bétonisation, on a un « collectif citoyen », soutenu par la Confédération paysanne, qui a déposé un recours juridique. Mais au-delà de ce bien utile frein judiciaire, quelle est la vision des choses de ces opposants ?

On peut l’aborder grâce à la publication, en novembre 2020, de leur « contre-projet ». Contre le parc d’activité économique, il faudrait développer un « Pôle Agricole de proximité » ou « Agroparc ».

A la première page de ce dossier, il y a bien une référence à la zone humide, dont on assure là aussi de manière absurde, qu’elle sera « valorisée » comme un espace « indispensable à la bonne gestion des eaux ».

On se dit : bon, d’accord et ensuite ? Ensuite ? Ensuite rien. Jamais la dynamique de la zone humide n’est abordée. Tout tourne autour des « 20 hectares de terres agricoles » devant être mis à profit de « paysans alternatifs », qui ne sont rien d’autre que des petits marchands-exploitants de la terre.

Car s’ils s’intéressaient vraiment à la nature, il sauraient que le 15 novembre 2012, Asters, le conservatoire des zones humides de Haute-Savoie, a réalisé une inspection dans laquelle il est déploré un « manque de prospection suffisante ».

L’inspection souligne également une dégradation du fait de « comblement, assèchement, drainage, poldérisation », marqueurs typiques des effets néfastes de l’agriculture et des infrastructures routières sur ces milieux naturels.

Si les promoteurs immobiliers ne voient ici qu’un espace d’accumulation d’un gros capital, les petits exploitants-marchands de la terre y voient finalement la même chose, le béton et les importants investissements en moins.

Les uns veulent bétonner pour l’activité tertiaire, les autres veulent bêcher pour l’activité primaire. Les deux ne sont finalement que le vecteur du même système, sur des modes et des temporalités différentes.

Au milieu de ce dédale, personne ne semble regarder la zone humide, cet écosystème millénaire encore un petit peu là, malgré tout ce qui l’enserre, et le menace, que cela soit les autoroutes, l’extension sans fin de l’ogre Genevois qui vient de passer la barre du million d’habitants, l’agriculture, les parkings des lieux décadents comme le Casino, l’ancien Macumba…

Une opposition démocratique et populaire se devrait d’être le porte-parole de cet écosystème, en osant dire « trop c’est trop ! ». Nous n’avons besoin ni d’un « écoparc bien-être », ni d’un « agroparc » pour « nouveaux paysans ».

L’agriculture ne deviendra populaire que lorsque l’on aura exproprié la grande distribution et la minorité des gros agriculteurs qui lui sont liés, afin de planifier une production biologique de masse.

Quant à la zone humide, si elle a besoin de quelque chose, c’est d’être défendue et sanctuarisée par des véritables écologistes, véritables et authentiques car émancipés des réactionnaires fantasmant sur un « retour à la terre ».

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