2050 : la vallée de l’Arve est-elle condamnée à devenir une conurbation ?


Ecologie, Vie quotidienne / mardi, avril 6th, 2021

Quand on regarde le développement de la vallée ces vingt dernières années, tout le monde constate bien que la nature croule sous le poids du béton. Alors, si aucune résistance ne vient stopper ce développement non-écologique, la vallée ne sera t-elle en 2050 qu’une conurbation ?

Une conurbation, c’est une juxtaposition de petites villes reliées les unes aux autres par des périphéries, formant finalement un grand ensemble urbanisé. Lorsqu’on voit l’évolution générale, on peut vraiment se demander si dans 10, 20, 30 ans, la vallée de l’Arve ne sera pas une telle zone urbaine prolongeant Genève.

La Haute-Savoie gagne 10 000 habitants par an, ce qui en fait le premier département français en termes d’augmentation démographique.

Comme présentée dans l’article « à propos de l’étalement urbain », cette attractivité démographique qui favorise l’urbanisation n’est pas « naturelle » mais relève de l’inégalité de développement. Des travailleurs de toute la France sont attirés par les gros salaires de Genève, un marché de l’emploi stable, la facilité touristique, etc.

Il suffit ici de se souvenir comment le centre commercial The Snow (rebaptisé l’Île Roche) était vendu par le promoteur immobilier les Arches Métropoles. Voici ce qu’on peut lire dans la plaquette de présentation des Arches Métropoles :

Ce centre [commercial] est doté d’une grande notoriété avec un accès direct sur un giratoire en connexion avec l’autoroute A40 en direction du Tunnel du Mont Blanc. […] Une zone de chalandise à fort pouvoir d’achat, avec un taux de chômage bien en deçà de la moyenne nationale.

Plus d’attractivité, plus de population, plus d’étalement urbain, et vice versa. C’est un cercle vicieux qui devient un problème écologique explosif dans une zone naturellement limitée.

Surfaces artificialisées dans plusieurs villes de l’Arve entre 2009 et 2019


ScionzierClusesMaglandSallanchesPassy Saint
Gervais
Chamonix
Surfaces en m2226,53196,958124,781403,867282,316345,741322,104
Part pour l’habitat87 %74 %67 %76 %77 %92 %80 %
Part pour l’activité7 %22 %25 %20 %18 %5 %13 %
source : Cerema / Plan Biodiversité.

>> voir aussi : La plaine de Passy, un écosystème en résistance

Prenons pareillement les projets de remontées mécaniques (« ascenseur valléen ») de Saint-Gervais et de Magland-Flaine qui sont présentés, faussement, comme un accès « durable » à la montagne. Voici comment une agence immobilière locale présente la petite ville de Magland :

Le déploiement du FuniFlaine peut être un véritable atout de développement et d’attrait; l’idée : Relier la vallée de l’Arve à Flaine et au grand massif par un accès rapide et écologique, telle est l ‘ambition du projet d’ascenseur FuniFlaine.

Dans ces deux projets sont annoncés des immenses parkings de plusieurs centaines de places, avec à la clef une manne financière pour les promoteurs immobiliers en tout genre. Attractivité encore et toujours, avec toujours plus de béton déversé, la concurrence entre stations alimentant l’immense machine à qui va le plus urbaniser.

A ce titre, on voit bien ici qu’Europe-Ecologie-Les-Verts n’est qu’une expression d’un capitalisme « mis au vert » . Voici ce que disait Fabienne Grébert, tête de liste EELV aux élections régionales, lors de sa venue dans la vallée de l’Arve fin mars :

La priorité c’est la santé des habitants, c’est la qualité de vie des habitants, et le développement économique viendra ensuite parce que nous aurons donné envie à des entreprises de venir s’installer ici […] parce que c’est un environnement agréable à vivre, nous serons très attractifs pour des entreprises

Comme si les industriels se souciaient de cela pour installer leurs usines. Y a t-il eu ce souci pour construire la zone Ecotec à Marnaz qui a détruit une vaste zone humide ? Et là aussi, la concurrence, toujours cette concurrence qui nourrit un étalement anarchique des entreprises.

Face à la perspective d’une urbanisation généralisée de la vallée, il y a un besoin de planification démocratique du développement social, à l’échelle locale comme à l’échelle nationale.

Il n’est pas normal qu’il y ait une surpopulation dans un espace si limité, quand d’autres espaces français sont désertés et abandonnés socialement. Tout comme il est absurde que tant d’espaces soient consommés pour des logements neufs alors qu’il y a plus de 3 100 logements vacants depuis plus de deux ans dans la vallée de l’Arve.

Pour stopper l’étalement urbain, il faut récupérer les logements vides et les friches industrielles, construire des tramways intercommunaux seuls à même de mettre de côté la voiture, fusionner les entreprises compétentes entre elles plutôt que les mettre en concurrence, etc.

Mais on l’aura compris, pour cela il faut un mouvement populaire capable de se confronter au mode de vie dominé par le capitalisme…

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