Covid-19 et déprogrammations hospitalières : une faillite collective


Vie quotidienne / vendredi, avril 9th, 2021

L’épidémie de Covid-19 circule à un haut niveau dans la région Auvergne Rhône-Alpes, à tel point qu’il est appelé à la déprogrammations d’opérations. Cela n’a rien d’anodin, et on paie ici le prix du refus d’un strict confinement en février.

Alors que la capacité de lits en réanimation a augmenté dans la Région, passant de 556 à 852, cela n’est pas suffisant pour faire face au risque d’aggravation des cas pris en charge, soit 2 231 patients, dont 495 en réanimation. En Haute-Savoie, il y a aujourd’hui 257 patients hospitalisés, pour 42 personnes en réanimation, avec un bilan de décès se rapprochant tristement d’un millier de victimes (932 au 8 avril).

Dans un communiqué de presse du 7 avril, l’Agence Régionale de Santé d’Auvergne Rhône-Alpes ordonne à l’ensemble des établissements publics et privés de soin de la région de déprogrammer les « activités chirurgicales et interventionnelles non urgentes » pour au moins deux semaines. Ces décisions collégiales doivent être prise sur les opérations « dont le report ne constituerait pas une perte de chance pour les patients ».

C’est une totale capitulation sociale. Comment peut-on parler de « perte de chance avérée à court terme » ? La santé est-elle une valeur boursière, une chose soumise à des règles de casino ?

Que la cancérologie ou les greffes soient exclues de ces déprogrammations ne change rien au fait que certaines pathologies d’apparence « bénigne », mais nécessitant une opération, peuvent s’aggraver dans de telles conditions sociales, psychologiques…

Derrière il y a des malades, qui ne sont pas des machines que l’on opère froidement, ce sont des être vivants avec des ressentis, des émotions, des inquiétudes et des souffrances.

Mais dans la société capitaliste, tout se gère comme dans une entreprise, y compris un système de santé sous pandémie : rentabilité, comptabilité, froideur, court-termisme. Des malades et des personnes handicapées par une blessure, paient ici la conséquence d’un Etat inconséquent. Car c’est bien d’un tri de patients qu’il s’agit, comme l’affirme ce chirurgien spécialisé dans les opérations viscérales et digestives d’une clinique privée à Argonay :

« Comment cela s’appelle-t-il quand il faut choisir entre les malades qu’on opère et ceux qu’on a rayés de la liste ? Pour moi, c’est une solution qu’on utilise en temps de guerre »

Quelle régression de civilisation que de gérer une pandémie à coup de « déprogrammations », de « transferts » alors qu’il faudrait mobiliser la société dans son ensemble pour limiter drastiquement les contaminations, et donc la pression hospitalière.

Car certes, il n’y a pas assez de personnel soignant, pas assez de lits, il faudrait pouvoir réquisitionner des cliniques privées, etc.

Mais le virus, lui, continuera toujours à circuler et c’est bien là-dessus qu’il faut agir. Et il n’y a pas 36 000 solutions : la seule efficace, c’est un confinement strict, impliquant la fermeture des lieux de travail non essentiels. C’était le sens de la stratégie #zérocovid réclamée par plusieurs professionnels dans un appel début janvier 2021, mais n’ayant eu aucune considération réelle.

Il ne faut pas empêcher la machine à profits de tourner. Pourtant, Il faudrait une mobilisation générale des gens ayant compris le sens de cette pandémie, et acceptant librement la contrainte collective pour à la fois, sauver le plus grand nombre, et à la fois être solidaire des travailleurs de la santé.

Mais à la défaillance d’un État, incapable d’imposer un confinement, et bien laxiste quant aux maigres mesures qu’il impose, répond l’indifférence d’une population paralysée par l’ampleur des problèmes, préférant regarder ailleurs.

C’est la société toute entière qui fait faillite, et c’est pour cela qu’on a besoin d’un grand changement collectif pour sauvegarder une civilisation rongée par l’indifférence et l’individualisme.

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