Funiflaine : le capitalisme à marche forcée


Ecologie, Vie quotidienne / vendredi, avril 2nd, 2021

Ces dernières années, le projet d’une remontée mécanique reliant Flaine à Magland avance rapidement. Il vient d’être annoncé récemment qu’un concessionnaire avait été trouvé pour l’exploitation de l’infrastructure : on y retrouve les mastodontes du tourisme.

Né aux alentours des années 1990, le Funiflaine est un projet qui avait été relancé autour de la candidature d’Annecy aux Jeux-Olympiques de 2018.

Une candidature qui avait provoqué une vaste mobilisation départementale contre ses conséquences écologiques et sociales néfastes.

Mais le Funiflaine peut compter sur l’influence politique des notables qui ont maintenu le cap de ce projet. A l’hiver 2019, une concertation publique a ainsi eu lieu pour présenter le projet de manière unilatérale.

Depuis la fin de cette phase de « concertation », le syndicat mixte du Funiflaine, dont le président est Christian Monteil, lui-même à la tête du Département, a fait appel à un concessionnaire pour construire et exploiter une ligne, considérée comme un « transport public », alors même que ceux-ci sont dérisoires dans la vallée.

Lorsqu’on voit le montant d’une telle infrastructure, pour l’instant chiffrée à 81 millions d’euros, on se doutait bien que seules les grandes entreprises du secteur pouvaient répondre à l’appel d’offre.

La ligne doit donc être construite et exploitée par le conglomérat rassemblant, la Compagnies des Alpes, géant du tourisme, propriétaire de la station de Flaine, Poma, monopole des transports par câble basé à Grenoble, le Crédit Agricole des Savoie et ses 141,9 millions de bénéfice net en 2019, et l’Autoroute et tunnel du mont-Blanc (ATMB), ce colosse du tout-routier. Ces quatre magnats de l’or blanc détiennent tous 25 % des parts de la concession.

Bien que le projet Funiflaine existe depuis des années, il est évident que le coup d’accélérateur répond à la perspective de relancer coûte que coûte une économie touristique mise à l’arrêt lors de cette saison blanche 2020-2021.

Que le Crédit Agricole des Savoie soit partie prenante de l’opération ne laisse nul doute quant aux objectifs de cette future remontée mécanique : il faut remettre de l’huile dans la machine à profits.

Et face au réchauffement climatique, les stations de ski savent qu’elles doivent au moins faire semblant de se « verdir » pour mieux profiter encore quelques temps de l’or blanc.

>> voir aussi : Les projets d’ascenseurs valléens ou la mainmise des notables sur les transports

En 2019 était ainsi lancé le Plan régional Montagne. Dans ce plan, on retrouve un volet « ascenseur valléen », dont objectif est de « simplifier et fluidifier le parcours client ».

Les pertes de 2020 liées au premier confinement n’ont fait qu’accélérer cette orientation, avec le lancement en juillet 2020 par le Crédit Agricole des Savoie d’un « pôle Tourisme », en partenariat avec l’Agence de tourisme « Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme ».

En décembre 2020, la banque signait deux « conventions de partenariat » avec les stations de La Clusaz et de La Plagne, dans le but de « contribuer à la transformation touristique ».

A la clef, on retrouve là aussi des projets d’ascenseur valléen, la rénovation des logements touristiques, et de l’ « immobilier raisonnable ».

Tout est pensé autour du tourisme, jamais autour de l’amélioration de la qualité de vie locale. Et que cela soit autour de la future gare de Pierre Carré ou bien de la gare de départ au lieu-dit de Bellegarde, comment ne pas craindre un étalement urbain ?

De même, la participation de l’ATMB à cette nouvelle remontée mécanique montre bien que l’argument de la qualité de l’air n’est qu’un prétexte pour masquer une infrastructure prévoyant au moins 2 000 voyageurs par heure venus en voiture.

Derrière cette prise de participation au Funiflaine, il y a le rouleau compresseur capitaliste qui veut rattraper le manque à gagner de la crise liée au Covid-19.

Il est temps qu’une mobilisation populaire naisse pour contrer un projet aux mains de grandes entreprises capitalistes qui se moquent et du cadre de vie des habitants de Magland, et des écosystèmes alpins, déjà bien trop fragilisés.

2 réponses à « Funiflaine : le capitalisme à marche forcée »

    1. Bonjour,

      Nous pensons au contraire tout l’inverse.
      Ce projet est pensé pour rendre plus attractif une station de ski, donc attirer et « fidéliser » une nouvelle clientèle.
      A la clef, c’est surtout plus de flux routiers dans le fonds de vallée, de l’étalement urbain, en plus des écosystèmes qui vont être détruits ou altérés.

      Cordialement,

      AAG

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