L’industrie touristique se prépare au monde d’avant


société / vendredi, avril 16th, 2021

Avec la saison d’hiver 2020-2021 qui n’a pas eu lieu, les pertes économiques sont gigantesques, les craintes sociales réelles, la rupture culturelle massive. Dans ce contexte, les capitalistes de l’or blanc sont pris de panique. Leur perspective ? Tout relancer comme avant, en pire…

A Grenoble, des chercheurs ont lancé un outil pour connaitre le taux d’enneigement en 2100 en y intégrant les capacités d’enneigement artificiel, dans le but d’aider les stations à orienter leur politique touristique.

Que les canons à neige soient intégrés à cette modélisation futuriste, donc incertaine, en dit long sur l’acceptation d’une telle infrastructure, pourtant condamnée par l’opinion publique. Mais pour les magnats de l’or blanc, l’arrêt historique des stations signifie que le ski est central, qu’il doit rester essentiel au développement local.

A la question de savoir quelle place devait prendre l’été dans le tourisme alpin, Jean-Luc Boch, maire d’Aime-La Plagne en Savoie et président de l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), affirmait dans une récente interview :

Avant les quatre saisons, on doit travailler sur les ailes de saisons. Nous avons besoin de sécuriser la partie hivernale avec la garantie neige de culture et la partie estivale doit s’allonger avec des offres tarifaires séduisantes.

Les Alpes sont dans les mains d’une industrie touristique qui est incapable de poser la question du développement social et culturel de manière démocratique. Il faut tout continuer comme avant, quitte à investir dans de nouvelles pistes de ski accessibles fabriquées à coups de terrassements, dans de nouveaux « enneigeurs artificels », perturbant le cycle naturel de l’eau et engendrant une pollution sonore, dans de nouveaux hôtels de luxe…

C’est que le tourisme, et encore plus le ski, est une économie de rente qui ne fonctionne que parce que des mentalités ont été façonnées par un type de consommation… une consommation qu’il faut changer pour ne rien changer. Il faudrait par conséquent attirer de « nouveaux clients » notamment plus jeunes, réduire les « derniers kilomètres » avec des « ascenseurs valléens », « consolider l’activité neige », etc.

>> voir aussi : le Funiflaine : le capitalisme à marche forcée

Voici par exemple ce que déclarait au mois d’octobre, le président de Rossignol entre 2008 et 2020, Bruno Cercley :

Mais en réalité, ces questions de manque de neige sont mieux appréhendées aujourd’hui qu’il y a 20 ou 30 ans, parce que les stations ont investi pour la neige artificielle, ont relié les grands domaines à des petites stations de basse altitude lorsque cela était possible… ce qui fait qu’on peut toujours skier si on veut skier.

Quant au président de Poma, monopole français du transport par câbles, il va plus loin en appelant carrément à une mobilisation générale portée par un plan d’Etat, à la manière des années 1960-1970 qui ont vu se construire des verrues de béton à très haute altitude :

Il nous faut un plan montagne de relance dans l’esprit du plan neige de 1970, pour faire face à la concurrence de l’Autriche et de la Suisse

Et réfléchissant à comment attirer les jeunes qui se détournent de plus en plus des « sports d’hiver », Michaël Ruysschaert, directeur de l’agence touristique Savoie Mont-Blanc déclare très sérieusement, mais aussi très cyniquement :

Les jeunes cela fait 30 ans que l’on n’arrive pas à les faire venir. Pourquoi ? Il y a peut-être des moyens de les intéresser, avant même de penser au « flexion-extension ». […] Il y a peut-être une carte intéressante à jouer sur l’automne et les été indiens

Miser sur le tout-ski encore et toujours, jusqu’à étendre encore plus l’emprise de l’homme sur des massifs fragiles, parier sur l’allongement de la saison d’été « grâce » au réchauffement climatique, telle est la perspective de l’industrie touristique pour les années 2020-2030.

C’est dire à quel point la bourgeoisie a un regard en décalage total avec la réalité. Ni la vie sauvage, ni le cadre de vie des habitants permanents des zones alpines, ne compte pour une classe sociale condamnée à n’envisager la montage qu’au prisme d’une rente de luxe.

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