Pour la reconstruction de la conscience de classe


Politique / vendredi, avril 30th, 2021

L’actualité présente n’est guère reluisante: destruction écologique, catastrophe sanitaire, appauvrissement et précarité sociale, déliquescence morale, crise économique à venir… Et comme si tout cela ne suffisait pas, voilà qu’une partie de l’armée veut réorganiser la société, sur fond de regain des tensions entre grandes puissances.

Et pourtant, de cette réalité ne sort que peu d’engagements pour s’en sortir collectivement. Il y a comme une atmosphère d’apathie politique, de morosité générale, pour ne pas de dire, parfois, de ressentiments malsains, de désintérêt insolent pour la vie de la collectivité.

Mais comme le blocage de toute chose ne dure qu’un temps, ce qui est à l’ordre du jour, c’est la capacité de la Gauche à être à la hauteur du moment où tout va se débloquer. Pour cela, il faut avoir une vision du monde conforme aux besoins de la classe qui construit chaque jour la société; c’est-à-dire la classe ouvrière.

Dès le début du XXe siècle, la vallée de l’Arve a été un pôle historique du mouvement ouvrier des pays de Savoie. Bien que réduit et isolé à quelques poches, le mouvement organisé de la classe ouvrière a porté une exigence, une tradition, une perspective.

C’est le conflit horloger de 1904, expression d’une volonté ouvrière de se politiser, la bataille contre l’alcoolisme par des militants isolés mais plein d’abnégation, la lutte pour la paix et la démocratie portée par l’élection du médecin socialiste Amédée Guy à Bonneville en mai 1936, le combat antifasciste des femmes de Cluses en 1942 puis de la Brigade de Leopold Martin en 1944, la volonté d’autonomie culturelle lors de l’occupation de l’usine de Chedde en mai 68, la défense des libertés syndicales contre le terrorisme patronal des années 1980.

Bref, c’est toute une tradition qui a façonné une conscience de classe permettant aux travailleurs de prendre une part active au débat démocratique. Mais cela a aussi permis de s’émanciper tant de la domination des notables locaux, que d’une vie quotidienne routinière.

>> voir aussi : témoignage crise : « les gens n’ont pas de mémoire, cela va finir en patriotisme »

Evidemment cela ne tombe pas du ciel : cela résulte d’une intense activité intellectuelle issue d’une théorie politique: le socialisme. Apporter cette connaissance théorique générale aux travailleurs manuels exclus du savoir, telle fut la première tâche du « groupe français d’études sociales » fondée en 1898 à Annemasse, dans le sillage du Parti Ouvrier Français.

Puis l’influence d’un Edgard Milhaud, professeur d’économie politique à Genève et secrétaire de la Fédération socialiste des deux Savoie, a favorisé la réflexion autour du marxisme avec son ouvrage publié en 1903 « La démocratie socialiste allemande ». Une tradition insistant sur le principe d’une organisation politique servant à l’émancipation de la classe ouvrière.

Dans un article du « Travailleur savoyard » de septembre 1922, un ouvrier de Cluses s’insurgeait contre une pétition déposée à la mairie par une poignée de travailleurs opposés à l’emploi de travailleurs suisses dans les ateliers. Dans cet article, ce « communiste de service » comme il se nomme, écrivait :

Allons ouvriers de Cluses et de Scionzier, secouez votre torpeur, ressaisissez-vous ! Groupez-vous pour vous éduquer, vous instruire et défendre mieux vos intérêts. Bientôt vous verrez que vos vrais ennemis ne sont pas les « suisses » mais ceux qui les emploient et vous emploient également, en vous payant souvent moins bien.

La fraternité entre les peuples, la libération de l’oppression sociale et politique, l’exigence intellectuelle, voilà le patrimoine de la Gauche historique. Seule cette tradition est à même de réaliser une société meilleure, mieux ordonnée, égalitaire et pacifique.

Travailleuses et travailleurs, de la main comme de l’esprit : vous avez une mémoire sociale à protéger, vous avez une tradition politique à récupérer ! Car sans conscience de classe, sans réelle organisation politique, les grands choix de la société sont faits sans égard aux besoins populaires.

En ce 1er mai 2021, une tâche importante se pose devant la Gauche fidèle au mouvement ouvrier : faire éclore des aspirations populaires une perspective d’émancipation collective. Bref, il faut reconstruire une conscience de classe capable de mobiliser la majorité des travailleurs vers une nouvelle société.

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