Aider les animaux des Ilettes : le témoignage de la « dame du lac »


Ecologie / mardi, avril 20th, 2021

Lorsqu’on se ballade au lac des Ilettes à Sallanches et que l’on est attentif aux animaux, on ne peut pas la manquer. Présente une grande partie de la journée, elle gratte les contours du lac avec son râteau pour enlever les divers déchets qui peuvent être fatals pour les animaux sauvages vivant autour du lac.

On peut aussi la voir discuter avec les promeneurs pour leur expliquer ce qu’elle fait ou les informer du danger que représente le pain pour les canards. Nous nous sommes entretenu avec celle qui se fait appeler « la dame du lac » et qui est à nos yeux, un exemple de ténacité et d’abnégation, ayant une implication sans faille au service d’une partie de la Biosphère.

Est-ce que tu peux te présenter ?

On m’appelle « la dame du lac » :-).

Après une carrière bien remplie au service de mes contemporains en souffrance, et alors que j’envisageais, dans le futur, de rester dans un domaine similaire en y consacrant mon temps libre de retraitée (visiteuse de prison, visites dans les EHPAD), j’ai souhaité souffler un peu entre ces deux tranches de vie en renouant avec mes racines.

Fille de paysan, Dame Nature me manquait. J’ai donc choisi d’aller autour des lacs des Ilettes, que je ne fréquentais pas auparavant.

En quoi consiste ta démarche et pourquoi as-tu commencé à aider les canards ?

J’ai rapidement repéré des animaux en détresse, un vieux réflexe compassionnel, au service du vivant en général.

Le tout premier : une cane colvert estropiée des 2 pattes, rampant plus que marchant. Je lui ai parlé longuement en lui disant que si le lendemain, elle était toujours là, je ferais ce que je pourrais. Elle avait compris et était là le lendemain, venant à ma rencontre (à quelques centimètres de l’eau, eu égard à son état).

Puis un mâle colvert, amputé d’une patte.

Posant des questions aux pêcheurs, ils m’assuraient qu’il s’agissait de blessures infligées par les brochets, les milans etc. Très sceptique, j’ai rapidement eu la preuve que ces blessures gravissimes étaient imputables aux déchets issue de la pêche. Un caneton, par exemple, hameçonné par le bec, traînant un fil de pêche entremêlé dans des végétaux, tombant à la renverse dès qu’il voulait avancer pour rejoindre sa mère qui était elle-même paniquée.

Autre exemple : une foulque adulte échouée sur une berge, agonisante, complètement garrottée par du fil de pêche.

Mes projets de bénévolat au service de mes semblables se sont alors évanouis : je ne pouvais fermer les yeux sur les souffrances innommables de cette faune, souffrances qui auraient pu être évitées.

Comment se passe une journée type ?

Il n’y a pas de journée type. Impossible de savoir de quoi le lendemain sera fait.

S’il y a un animal à délivrer, avec l’aide d’un pêcheur, c’est la priorité du moment : l’attraper, l’examiner, voir si on peut se passer du vétérinaire. Au passage, on apprend vite à faire la différence entre ce qui est souhaitable et ce qui est faisable…. Voir si l’animal a des chances de poursuivre sa vie sauvage dans des conditions acceptables (vrai problème éthique). Le vétérinaire est incontournable quand l’animal a par exemple un hameçon dans la gorge ou un trident qui lui a traversé une patte, ce qui nécessite une anesthésie gazeuse. Encore faut-il arriver à l’attraper. Beaucoup se réfugient sur l’îlot central d’un des lacs pour y agoniser…

Il est nécessaire d’assurer ensuite le suivi des bêtes les plus handicapées.

Si il n’y a pas d’urgence, je recherche des déchets de pêche (un travail de fourmi, qui demande beaucoup de concentration), interrompue plusieurs fois par jour par les incivilités de certains promeneurs : caillassage des bêtes, chiens sans laisse qui les traquent jusque dans l’eau, lancer de pain, frites, chips etc. 

Gros et périlleux travail de sensibilisation pour faire comprendre que ces habitants du lac ne sont pas des jouets pour chiens ou pour enfants, ni des défouloirs, qu’ils ne peuvent assimiler ce genre de nourriture et qu’ils ont droit à une vie paisible dans ce qui est leur biotope.

Le respect du vivant ne relève pas de l’évidence pour tout le monde.

Est-ce que tes rapports avec les animaux du lac ont changé depuis que tu leur viens en aide et peux-tu nous expliquer en quoi ?

Il est clair que le temps passé auprès de cette faune : 365 jours/365, des heures durant, comme hier, 7 h – et par tous les temps, le fait de les examiner quotidiennement « de la tête aux palmes », d’en attraper certains pour les aider et, dans le meilleur des cas, les réintroduire moyennant un suivi attentif, créé un lien.

Pour cette faune, je suis devenue une sorte de référent rassurant et réparateur.

Elle est pour moi une source d’observations, d’interrogations, de réflexion.

Outre le fait que, comme le colibri, « je fais ma part » sans me demander quels bénéfices secondaires j’en retire, très concrètement, je me dis tous les soirs que ce que j’ai enlevé dans la journée comme fils, hameçons, leurres, etc. ne tuera pas et que j’ai peut-être pu faire passer certains messages auprès de certains promeneurs (une façon comme une autre de tenter de réparer les conséquences de la prédation humaine, qui n’a rien à voir avec la prédation naturelle).

As-tu trouvé des personnes pour t’aider dans cette démarche ?

Beaucoup de promeneurs sont intéressés par ma démarche, la soutiennent par leurs encouragements et demandent régulièrement des nouvelles de la faune. C’est une source d’échanges riches.

Certains profitent de leur promenade pour jeter un œil sur les déchets de pêche ou me signalent des bêtes piégées/blessées.

D’autres souhaitent y participer encore plus concrètement en y consacrant une partie de leur temps.

Mais l’enthousiasme de départ chez ces derniers finit par s’éroder du fait de l’investissement physique et psychique que cela nécessite.

Les réactions de certains promeneurs , auteurs d’incivilités et les revendiquant de façon agressive, en ont également refroidi plusieurs. Ils ne s’attendaient pas à être insultés en voulant seulement sensibiliser…

Selon toi, qu’est-ce qui pourrait être fait pour apporter plus de tranquillité à la faune du lac ?

Malheureusement, l’anomalie d’origine est irréversible : une réserve de chasse sur un lac de pêche.

En Utopia [pays imaginaire de l’œuvre éponyme de Thomas More, publiée en 1516], la pêche serait supprimée sur ce lac en particulier car il  concentre le plus de bêtes qui vivent de ce fait en terrain miné. J’y associe les merles, mésanges, pipistrelles, etc., piégées par les fils avec les hameçons qui pendent des arbres.

La prédation humaine qui devrait être stoppée, s’ajoute à la prédation naturelle qui, elle, est « légitime » car elle relève de la chaîne alimentaire.

Nettoyer sans relâche pour sécuriser au mieux le lieu de vie de cette faune, empêcher le caillassage, sensibiliser certains propriétaires de chiens, sensibiliser encore et encore, avec le sourire, malgré l’agressivité et les insultes de certains, malgré l’indignation et la peine.

Indignée ou résignée ? Il y a longtemps que j’ai choisi mon camp.

2 réponses à « Aider les animaux des Ilettes : le témoignage de la « dame du lac » »

  1. Bravo Madame, merci pour votre dévouement et votre aide à tous ses animaux.
    Il serait temps de prendre conscience du mal que l’on fait à notre faune et à notre nature mais malheureusement le respect étant et la conscience étant en voie de disparition également, je pense que cette éducation qu’il faudrait accentuer !
    Un prise de conscience est-elle encore possible ?
    Je l’espère en tous cas…

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