De la mainmise agricole au tout béton : remonter le temps de l’étalement urbain


Ecologie / vendredi, mai 7th, 2021

L’étalement urbain est un sujet qui fait débattre dans la vallée. En effet, il n’a échappé a personne que de nombreux panneaux de projet de construction ont essaimé, les grues leur succédant rapidement. C’était d’ailleurs le sens de la tribune « Contre le développement outrancier de l’urbanisme » publiée par Cluses Citoyenne.

Le développement urbain est peu visible à l’œil nu tant il est progressif, c’est lorsque l’on prend de la hauteur que l’on peut être saisi par l’ampleur des modifications de la nature, et pour cela il existe un outil très intéressant et à portée de main.

Il s’agit du site https://www.geoportail.gouv.fr et de son pendant mobile, l’application « Geoportail ». Cet outil permet de localiser n’importe quel point géographique et de le comparer à d’autres cartes à la même échelle. Cela peut être des cartes de la même période historique mais avec différentes spécificités ou bien des cartes de différentes époques, des photos aériennes contemporaines ou des années 1960.

>> voir aussi : 2050 : la vallée de l’Arve est-elle condamnée à devenir une conurbation ?

Lorsqu’on se sera familiarisé avec les différents types de cartes, on pourra utiliser ensuite le site remonterletemps.ign.fr qui permet de comparer deux cartes choisies comme ci-dessous (il faut passer le curseur sur l’image pour changer d’époque).

Que voit-on sur ces cartes ?

À Sallanches, l’Arve a été réduite a une ligne droite canalisée en dehors de son lit d’origine alors qu’elle se déployait auparavant au milieu d’une forêt sans doute humide. Toute la zone artisanale se trouve sur l’emplacement de cette forêt humide et sur le flanc gauche, sur une zone agricole dans les années 1960.

Voilà maintenant une peinture de 1802 qui permet de saisir toute la dimension de la plaine alluviale de Sallanches :

Le Mont-Blanc vu de Sallanches au coucher du soleil (Saint-Martin), Pierre-Louis De La Rive (1802)

À Thyez et Marnaz, les bois humides disparaissent également sous le béton, tout cela se voit aussi bien sur une cartographie de 1950 à gauche et contemporaine à droite (les zones humides sont en zones vertes) :

Cluses :

Mais alors est-ce que c’était mieux avant ? Voir les choses d’une telle manière, ce serait réduire la destruction de la nature à la seule logique d’artificialisation (urbanisation), et oublier ainsi la question générale de l’anthropisation (emprise de l’activité humaine générale sur la planète).

L’artificialisation est dramatique car elle coupe toutes les dynamiques de la vie sauvage et imperméabilise les sols, ce qui entraîne une perturbation importante des cycles de l’eau. Mais elle n’est qu’un aboutissement d’un parcours historique, lié à l’anthropisation.

L’anthropisation qualifie toute forme de transformation de l’espace par la main de l’homme. Naturellement, en tant que partie intégrante de la biosphère, l’humanité est obligée d’avoir une certaine empreinte. Mais le véritable problème c’est que, par le passé, elle ne l’a jamais fait en pleine connaissance de la biosphère. L’agriculture, telle qu’elle a été pratiquée, est un morcellement de la nature en multiples propriétés agricoles où la question de l’écosystème ne s’est jamais posé.

On n’y trouve que très peu de haies, puisque dans les années 1960 elles ont toutes été arrachées pour gagner de la surface cultivable. Peu de zones humides ont été respectées et par endroit on trouve encore moins de forêt qu’actuellement.

On peut voir ci-dessous l’emplacement de l’actuelle zone Ecotec à Marnaz en pleine expansion. Entre son exploitation agricole d’antan et sa bétonisation, jamais la zone humide liée au ruisseau du chêne n’a pu s’épanouir. Jamais elle n’a été reconnue pour elle-même, en tant que telle. A ce titre, le peu de temps où elle a été laissée vacante, on a pu constater une progressive restauration de ses caractéristiques naturelles, avant d’être saccagée par une route.

La zone humide Sous Borny à Marnaz avant les travaux de la route, au premier plan des roseaux, à l’arrière-plan, le showroom Fanuc.

Entre l’agriculture et la bétonisation moderne, le développement se fait toujours sous la domination des mentalités privées, isolées, sans vue d’ensemble. C’est cela qu’il faut arrêter. L’agriculture du futur doit laisser la place à de grands couloirs humides, correspondant aux corridors écologiques, en lien par exemple avec les zones Natura 2000.

L’écologie ne doit pas être synonyme d’arrêt du développement de l’humanité (ce qui est non-sens écologique) mais une « reconfiguration » de son mode de développement : tout doit être repensé consciemment en fonction de la place de et dans la nature.

De cette manière, on peut dire aujourd’hui abstraitement qu’une grande partie de Thyez « aurait dû » être préservée, tout comme la sortie nord de Sallanches, tous les deux en tant que biotope. Pour ne pas reproduire ces erreurs accumulées, il faut une auto-critique générale.

Nous voyons bien qu’il n’est pas question de revenir dans le passé ou de détruire l’industrie mais d’aller vers un nouveau développement de l’être humain, un développement planifié en fonction des dynamiques de la biosphère. Mais lorsqu’on voit les extrémités atteintes dans l’urbanisation, il est évident qu’il va falloir combiner un chantier de déconstruction sur des zones ciblées afin de laisser une place conséquente à la nature sauvage en conjonction avec le peuplement de zones du territoire français, désertées par l’activité.

Auto-critique, refonte du mode de vie, planification et déconstruction, tel est l’horizon qui doit désormais être adopté.

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