Le compostage en vallée de l’Arve : un enjeu écologique et démocratique


Ecologie / mardi, mai 4th, 2021

La production et le traitement des déchets sont des enjeux majeurs de la période actuelle. Cette problématique résonne particulièrement dans notre vallée enclavée, où l’incinérateur de Passy se surajoute aux différentes sources de pollution atmosphérique. Si la pollution atmosphérique générée par l’installation est encore largement débattue, toutes les problématiques doivent être prises en compte.

En 2019, ce sont quasiment 60 000 tonnes de déchets qui ont été incinérés dans l’usine d’incinération de Passy. Ces déchets proviennent à 70% du territoire du SITOM (organisme assurant la gestion et le traitement des déchets pour les Communautés de Communes du pays du Mont Blanc de la Vallée de Chamonix et de la Communauté d’Agglomération du Val d’Arly).

Une part non-négligeable de ces 60 000 tonnes est composée de déchets compostables (déchets organiques, pelures de fruits et légumes, etc.) : en moyenne 30 % de la masse totale des déchets non recyclés.

Incinérer de telles quantités de matières organiques est un véritable non-sens à plus d’un titre. Cette matière est composée en grande partie d’eau : l’opération consiste donc à incinérer des matières qui se consument difficilement. Mais plus important, à l’échelle de la biosphère cela constitue un véritable déficit pour les sols agricoles, puisque toute cette matière puisée par les plantes et transformée en fruits et légumes, ne retournent pas à la terre. Karl Marx avait déjà soulevé ce problème en 1867 dans Le Capital :

« La production capitaliste trouble la circulation matérielle entre l’homme et la terre en rendant de plus en plus difficile la restitution de ses éléments de fertilité, des ingrédients chimiques qui lui sont enlevés et usés sous forme d’aliments, de vêtements, etc. […] Chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore de dépouiller le sol »

Le SITOM des vallées du Mont-Blanc a mis en place depuis 2009 une politique de compostage pour diminuer la part des déchets organiques dans nos poubelles. Cette politique est largement insuffisante et son évaluation est très contestable. Elle consiste principalement dans l’équipement en petits composteurs individuels.

En 2019, le SITOM estime que 18,9% des maisons de la Communauté de Commune de Chamonix et 23,2% de celles de la Communauté de Communes du Pays du Mont-Blanc sont équipées de ces composteurs. Pour les habitants en logement collectif, ce sont seulement 98 sites de compostages recensés sur l’ensemble des 20 communes du SITOM. Cela est largement insuffisant par rapport au besoin des 60 000 habitants.

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D’ailleurs, l’évaluation de la quantité de déchets compostés sur le territoire repose sur une simple multiplication. Le SITOM estime le nombre de foyers équipés et le multiplie par la quantité de déchets organiques produits en moyenne par un foyer. Voici ce que dit l’organisme dans son rapport de 2019 :

« Sur les 437 acquéreurs, ils étaient 191 à découvrir le compostage. Sachant que la quantité de déchets compostables est estimée à environ 50 kg par an et par habitant, nous estimons que suite aux nouvelles ventes de composteurs, environ 281,75 tonnes de déchets ont été détournées, soit une augmentation de 8,9% en 2019 »  

Tout ceci est largement insuffisant car basé sur une vision libérale de la société, selon laquelle seule l’action individuelle compte. Quelle preuve avons-nous que tous les propriétaires compostent réellement ?

En plus, cela est anti-démocratique pour les habitants des logements collectifs, pour lesquels ce système est largement sous-dimensionné. Le temps de maturation du compost étant trop long, les bacs sont remplis et ne laissent d’autre choix aux rares usagers que de jeter de nouveau leurs déchets organiques dans la poubelle classique.

Les besoins sont énormes et urgents. La vallée de l’Arve et ses habitants ont besoin d’une collectivisation du recyclage des déchets organiques. La meilleure solution consiste dans le tri individuel associé à une collecte organisée sur le modèle de ce qui est fait pour les autres déchets : des camions transporteraient ces déchets dans un vaste centre s’occupant de transformer cette matière en un compost qui pourrait servir de fertilisant agricole. La boucle serait bouclée.

Ces initiatives locales, si elles permettent d’avancer dans le bon sens demeurent néanmoins insuffisantes, si elle ne sont pas adossées à un Etat fort interdisant au maximum tous les déchets inutiles liés à la consommation marchande. Pour cela, il y a besoin d’une vision politique qui prenne à bras le corps les besoins de la population en relation avec la Biosphère, seule à même d’avancer sur le chemin du progrès collectif.

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