Loup : le coup de pression des chasseurs


Ecologie / vendredi, mai 28th, 2021

Dernièrement dans les colonnes du Dauphiné libéré, André Mugnier, président de la Fédéraiton de chasse de Haute-Savoie a justifié la fin de la participation des chasseurs aux tirs de défense contre le loup. Un coup de pression qui évacue toute réflexion démocratique sur la question.

André Mugnier, ce chasseur et notable proche de la Droite connait son sujet puisqu’il est membre du Groupe national loup. Ce groupe est chargé de suivre la présence du loup en France, les chasseurs étant autorisés à effectuer des tirs en vue de protéger les élevages.

On est toujours là dans le pur pragmatisme, dans la plus simple gestion du problème sans aucun regard moral, sans aucune sensibilité.

Ce que ne dit pas André Mugnier, c’est que le loup a été éradiqué à la fin du XIXe siècle, dans une vaste campagne de mobilisation des paysans orchestrée par les républicains. Une campagne qui visait à littéralement liquider les loups, par tous les moyens nécessaires, y compris ceux les plus cruels, tout cela étant récompensé.

Mais voilà qu’après des politiques de protection, le loup est de retour dans les Alpes depuis les années 1990. Mais selon André Mugnier, sans n’avoir aucun bilan chiffré, le « quota » de 500 individus autorisés serait dépassé, affirmant qu’il y en aurait entre 600 et 700. En bon notable, il lance alors un coup de pression, annoncé lors de l’AG 2021 de la Fédération des chasseurs :

En guise d’électrochoc, j’ai également demandé aux 11 000 chasseurs, formés pour soutenir les agriculteurs, de suspendre leur participation au dispositif d’intervention pour l’année 2021. Nous souhaitons ainsi protester contre la non prise en compte de l’impact du loup sur la faune sauvage et le biodiversité, ainsi que le manque de considération des chasseurs qui n’ont pas les moyens d’intervenir efficacement sur le terrain

>> voir aussi : le pastoralisme, une pratique révolue

Derrière ce coup de pression, il y a la revendication d’obtenir un meilleur matériel de tir nocturne pour effectuer la mission contre le loup, et de manière plus générale un appel à élargir les droits à tirer.

Mais il y a aussi cette pleurnicherie contre les critiques bien légitimes qui fusent de toute part contre ce qu’ils représentent : l’ancien monde du terroir, de l’arriération et du culte des armes. N’est-ce pas d’ailleurs un chasseur qui porte une candidature d’extrême droite dans le canton du Mont-Blanc pour les élections départementales ?

Et le retour du loup est un exemple typique de l’opposition entre les partisans d’un rapport apaisé à la nature, et les partisans d’une exploitation et d’une « bonne gestion » de la nature. Le fait est que le loup appartient à la nature sauvage, nature sauvage qui fait face à l’élevage humain d’animaux domestiques.

La contradiction est frappante et ne peut qu’engendrer des heurts, des déséquilibres… La question est : faut-il protéger les troupeaux d’élevage contre la nature sauvage, ou bien faut-il protéger la nature sauvage en lui laissant une place ? Après des années d’absence, chassés manu militari par les humains, le loup doit-il encore être pourchassé alors que l’extension des activités humaines limitent toujours plus ces espaces de vie ?

Ce coup de pression révèle une fois de plus que les chasseurs sont de plus en plus isolés de la population. Ils sentent la réalité se dérober sous leur pied, et dans une ultime défense de leur existence, ils tentent un coup de pression pour maintenir leur légitimité. C’est peine perdue : le XXIe siècle sera le siècle de la paix et de l’harmonie avec l’ensemble de la vie sauvage sur Terre.

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