Non au supermarché à Châtillon-sur-Cluses !


Ecologie / mardi, mai 18th, 2021

Au col de Châtillon-sur-Cluses, un hypermarché de 3 838 m2 était prévu. Puis la superficie de l’espace marchand a été revue à la baisse, passant maintenant à un « simple » supermarché. C’est un projet inutile et anti-écologique, qui doit interpeller les habitants du secteur.

À entendre les paroles de certains habitants, on a bien compris que cette annonce d’un énième centre commercial n’est pas des mieux accueillies. Et pour cause : le col de Châtillon n’est qu’une voie de passage entre deux vallées, celle de l’Arve et celle du Giffre.

Pour Monsieur le maire, ce projet se justifie au regard de la nécessité de « valoriser » un espace, qui ne servirait « à rien » en l’état… Un centre commercial serait prétendument d’une grande utilité, alors même qu’il y a déjà deux grandes surfaces à moins de 10 minutes du village.

Nul doute par conséquent que le projet vise surtout à capter la clientèle touristique, et rien que cet aspect antipopulaire légitime une opposition. Mais au-delà de ça, quand il y a un espace naturel en jeu, il faut toujours chercher à comprendre ce qu’il en résulte.

Au début du lancement du projet, il y a une dizaine d’années, le Mouvement écologique de la haute vallée de l’Arve (MEHVA), et notamment sa présidente Yvonne Vuillaume, avait ainsi remarqué que l’emplacement avait les caractéristiques d’une zone humide. Et plus précisément, d’une roselière. Mais, désordre capitaliste oblige, la zone naturelle avait été grandement altérée par des déchets de BTP. Une plainte avait été déposée, puis rejetée.

Dans le document d’enregistrement officiel du premier projet, celui de l’hypermarché, il est pourtant affirmé que le centre commercial ne se ferait pas sur une zone humide. Il est même déclaré que le projet n’apporterait aucune nuisance sonore et lumineuse, ni même de trafic routier supplémentaire. Les animaux sauvages et les habitants à proximité apprécieront…

L’agence environnementale a elle-même validé cette approche, en excluant toute étude d’impact sur une zone qui a tout de même comme nom le « lieu-dit du marais du Cloiset ». Il suffit donc qu’une zone humide ait été détruite par le passé, pour acter que celle-ci n’existe plus et qu’on peut passer outre toutes les considérations sur la Biosphère. On croit rêver !

Sur l’inventaire des zones humides de Haute-Savoie géré par Asters, on voit bien que des prospections ont été réalisées en août 2013 sur le lieu désigné par le projet. C’est la zone humide des Bossonnets, avec ici aussi la mention du fait que la zone humide a été « détruite par remblayage ».

Sauf que dire qu’elle a été détruite ne semble pas tout à fait juste : du moins oui, mais cela n’est pas définitif tant que le sol n’a pas été bétonné, artificialisé, et encore que là aussi, la chose puisse être réparable si tant est qu’une volonté y mette du sien.

Justement, s’il y a une chose à faire, c’est de réparer les erreurs du passé, et non pas de remettre, encore une fois, le problème sous le tapis en disant que le mal a été fait. Non, il faut pouvoir aider la nature à se reconstituer, en encadrant le processus, en le protégeant, et donc déjà en le reconnaissant.

La bienveillance envers la nature est d’autant plus exigée qu’une zone humide est bien présente sur un petit côté de la zone. Et lorsqu’on voit toutes les canalisations des cours d’eau alentour, il y a fort à parier qu’un changement de développement tenant compte des dynamiques naturelles permettrait à la zone humide de reprendre forme petit à petit.

À la zone industrielle Ecotec de Marnaz, la zone humide « Sous Borny » a été altérée pendant des années et des années par l’exploitation agricole. Puis « libérée » de toute exploitation humaine pendant une dizaine d’années, elle avait commencé à reprendre doucement ses caractéristiques naturelles d’origine, avant qu’une route pour un projet immobilier lié à la zone industrielle vienne compromettre cette reconstruction naturelle.

La nature peut trouver à se redéployer dans ces dynamiques essentielles. C’est peut-être là le rôle de l’être humain en notre époque : reconstruire les circuits de la Biosphère, pour être mieux en accord avec lui-même, loin de la corruption du monde de la marchandise.

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