Elections départementales : l’apathie démocratique ne présage rien de bon


Politique / lundi, juin 21st, 2021

S’il y a un aspect central des élections régionales et départementales, c’est bien le raz-de-marée de l’abstention. L’indifférence à la vie politique est plus forte que tout, et cela n’augure rien de bon car rien ne peut rester tel quel alors que la situation politique est instable au possible…

Peut-on sérieusement analyser le rapport de forces réel à la suite des résultats du premier tour des élections régionales de ce dimanche 20 juin ? Evidemment non. Ne pas dire cela, c’est diffuser des illusions sur la vitalité de la société civile, et participer à son auto-intoxication.

Aux élections régionales, dans le canton de Cluses, il y a eu 75, 77 % d’abstention, soit seulement 2 352 votants pour 9 623 inscrits. A Passy, il y a 74, 82 % d’abstention, soit 2 156 votants pour 8 563 inscrits. A Sallanches, seulement 3 116 électeurs et électrices sur 12 014 inscrits sont allés votés, soit à peine 26 % du corps électoral….

Que dire par exemple du résultat du binome Jean-Marx Peillex / Aurore Termoz qui dans le canton du mont-Blanc obtient plus de 86 % des suffrages exprimés, mais moins de 25 % des électeurs inscrits, obligeant à un second tour bien dérisoire ?

Pareillement, que peut bien signifier réellement les 331 voix obtenues par la liste PS/PC dans le canton à Sallanches, représentative de 1,3 % des électeurs inscrits ? Peut-on sérieusement commenter des élections départementales en Haute-Savoie qui ont vu près de 80 % [71, 19 % – chiffre officiel, ndr 22/06] des électeurs s’abstenir ? Les gens qui sont allés votés sont liés directement ou indirectement aux institutions et ont choisi les notables…

Même au niveau régional, tout cela ne rime à rien. Par exemple, aux élections régionales de 2015, Christophe Boudot candidat du F.N obtenait 25,5 % des suffrages exprimés, quand son successeur pour ces élections 2021, Andréa Kotarac, n’a obtenu que 12,3 % des voix.

On peut s’en réjouir certes, mais en réalité cela ne dit rien du poids réel de l’électorat d’extrême droite, rien si ce n’est qu’il ne s’est pas mobilisé. Pire, cela a même l’effet inverse, celui de penser que l’extrême droite s’effondre.

Penser cela alors que des tribunes de militaires font l’actualité, que les crispations identitaires se répandent à tout va, que des activistes néo-fascistes appellent au meurtre de militants de gauche, c’est se mentir à soi-même et ne pas comprendre la nature du fascisme qui est un subtile mélange de refus populiste et individualiste de la politique et d’engagement nationaliste ponctuel.

D’ailleurs quelle analyse de ces « scores » va faire la frange ultra de l’extrême droite ? Cela va t-il inciter au passage à l’acte terroriste, puisque le R.N n’est pas parvenu à mobiliser les foules ? Tout est à craindre ici puisque quand l’expression démocratique est bloquée, ou plutôt ici refusée, ce sont les franges les plus agressives qui tentent d’en tirer profit.

De plus, à cette paralysie s’ajoute la pagaille dans l’organisation des scrutins, signe d’un délitement de l’Etat dans sa capacité d’organisation. De nombreuses personnes n’ont pas reçu la propagande électorale du fait de la récente ouverture à la concurrence privée de sa distribution. Le recrutement d’assesseurs pour tenir les bureaux de vote n’a pas non plus été des plus simples.

La réalité implacable, c’est qu’il y a une indifférence à la politique et un refus d’implication de toute chose qui a une dimension collective. La vie démocratique fonctionne ici en vase-clos… Et cela ne présage rien de bon car tout le monde s’attendait à ce que ces élections régionales soit une sorte de mini-test d’anticipation de la future échéance des présidentielles en 2022.

Et voilà que le « test » n’a pas fonctionné car les gens en ont décidé autrement, du moins se sont-ils détournés de l’enjeu.

Finalement rien n’est prévisible… et en même temps tout est prévisible car la tendance de fond c’est l’illusion que tout va repartir comme avant, que l’on a pas besoin de s’impliquer collectivement pour changer les choses et qu’il suffira de faire le bilan aux présidentielles 2022 de manière passive pour tout oublier.

Comment une telle posture est-elle possible alors que l’on sort d’une crise sanitaire sans précédent et que l’on entre dans une crise sociale (et politique) toute aussi profonde ? Comment cela peut-il être de bon augure pour les mois à venir ?

S’il y a une chose de certaine c’est que cette situation de paralysie ne va pas pouvoir tenir longtemps face à la profonde crise sociale, politique et économique. Une reprise en main s’impose : ou bien elle est nationaliste et autoritaire, ou bien elle est démocratique et populaire. Et c’est bien à partir de là que tout va commencer au plan politique, au plan historique…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.