Route forestière du Col de Voza : Loïc Hervé avoue que c’est pour le business


Ecologie / mardi, juin 1st, 2021

Les projets sont ainsi faits qu’à chaque fois, il est toujours très difficile de démêler le vrai du faux. Ce développement anti-démocratique est visible dans le projet de route forestière du Col de Voza.

À entendre les promoteurs, il y aurait un risque d’incendie majeur, la forêt serait en train de mourir et serait incapable de résister au réchauffement climatique, il faudrait mieux gérer les essences pour préserver la « biodiversité », etc.

Mais derrière tous ces arguments, il y a une réalité implacable : l’idée n’est en aucun cas d’aider la nature, de la protéger, mais bien de transformer une piste en une route forestière pour faciliter l’accès aux grumiers de débardage. L’enjeu est surtout, et avant tout, économique.

Et les déclarations de Loïc Hervé dans le Dauphiné viennent attester cette perspective. Membre du parti centriste UDI, ancien maire de Marnaz, sénateur et Haute-Savoie, Loïc Hervé a également été ré-élu président de l’Association des communes forestières de Haute-Savoie (ACFHS) en novembre 2020.

L’association des communes forestières de Haute-Savoie est basée dans la zone d’activité économique de Rumilly, au « Pôle excellence bois ». Lancé en 2013, ce pôle vise à promouvoir l’exploitation économique de la forêt savoyarde en faisant la promotion du bois-énergie (une hérésie en matière de qualité de l’air) de la construction, et de l’habitat en bois. Dans les adhérents, on y retrouve Bouygues immobilier, la scierie du Léman, la Fédération des promoteurs immobiliers des Alpes, des spécialistes des chaudières au bois, ou de l’ameublement.

Reliée à l’État et à l’ONF, l’association des communes forestières n’est qu’une expression politique de l’industrie du bois. Dans sa justification du projet de route forestière, Loïc Hervé parle ainsi de « surcapitalisation » due au vieillissement des arbres, de « valoriser la ressource locale », tout en rappelant que

les difficultés de gestion imposées par le relief ainsi que la concurrence des bois étrangers sur le marché nous ont conduits à délaisser notre ressource locale au profit de l’importation

Les confinements liés à la crise sanitaire n’ont fait qu’accélérer la demande de « matériaux » du fait d’une explosion de l’attrait pour l’ameublement. À un tel point qu’actuellement, l’approvisionnement provenant essentiellement des pays d’Europe du Nord est soumis à des pénuries.

La filière bois de Haute-Savoie tente donc de rester dans la course économique, rendue plus acerbe encore avec la crise sanitaire. Comme les forêts sont difficiles d’accès, une exploitation intensive n’est pas possible. La route forestière du Col de Voza s’inscrit plutôt dans une exploitation générale des forêts des Alpes du nord, l’idée étant d’avoir une rentabilité extensive, c’est-à-dire une maximisation des prélèvements à l’échelle du département, et non pas seulement à l’échelle d’une forêt.

Ce mode d’exploitation est d’autant plus nécessaire que les forêts de Haute-Savoie sont morcelées, avec près de 76 400 propriétaires détenant une surface moyenne de 1,7 hectares contre 3,4 en moyenne en France. En Suisse voisine, ce sont 300 000 m3 de bois par an qui sont « prélevés », contre 50 000 m3 pour les Alpes du Nord.

Alors, comment peut-on penser que les capitalistes du bois ne lorgnent pas sur cette forêt, essentiellement composée de résineux, notamment d’épicéas dont la « structure » est tant demandée par l’industrie du bois car aisément consommable ? Dans le schéma de desserte forestière publié en 2013, le rapport d’étude soulignait que :

Le volume mobilisable de 12 000 m3/an constitué à 63% de peuplements résineux représente un enjeu de production considérable. […] Les forêts concernées se situent essentiellement sur le massif de tête noire (Passy, Les Houches), de tête du Chêne, de la forêt de Joux (Saint Gervais) et de Taconnaz, La Griaz (Les Houches)

Voici également le tableau établi par la même étude, avec les zones prioritaires à desservir. On voit bien que les zones les plus intéressantes pour l’exploitation sont celles qui ont le plus d’hectares pour une part minime de feuillues, comme celles de Tête Noire et du Col de Voza :

Le but est donc très clair : il faut que l’exploitation forestière haute-savoyarde reste compétitive. L’idée n’est pas d’aller vers une exploitation intensive d’un lieu unique, mais d’élargir les surfaces de prélèvement à l’ensemble du département. Tout cela au service des entreprises de la construction, de l’ameublement, et du bois-énergie.

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