Au-delà du misérabilisme, les inégalités de classes


société / mardi, juillet 6th, 2021

Quand on parle d’inégalités sociales, on pense spontanément aux différences entre riches et pauvres. La pauvreté est d’ailleurs le plus souvent analysée par rapport au seuil de pauvreté (moins de 1 041€ par mois). Dans la vallée de l’Arve, partir d’une telle analyse, c’est passer à coté de la réalité des inégalités de classe et ne pas voir en quoi la paupérisation des classes populaires est relative.

Paupérisation relative, qu’est-ce que cela signifie t-il ? La paupérisation est l’appauvrissement d’une couche sociale. Lorsqu’on dit qu’elle est relative, cela signifie que l’appauvrissement doit être analysé par rapport à la masse générale de richesses produites.

Pour faire simple, il y a un gâteau qui forme une richesse totale, et chaque classe sociale en retire une part.

Dire qu’il y a une paupérisation relative, cela veut dire que la part retirée par telle classe en cours de paupérisation est toujours plus réduite comparée à une classe dominante qui s’enrichit toujours plus, et retire une part toujours plus élevée du gâteau.

Ce phénomène est tout à fait visible dans la vallée de l’Arve, marquée par le poids de la classe ouvrière liée à la construction immobilière et à l’industrie métallurgique. A l’opposé, il y a la haute bourgeoisie liée au tourisme de luxe.

Peut-on dire que les ouvriers de la vallée son pauvres ? De manière générale, non ce n’est pas le cas. Mais peut-on dire qu’ils font partie de la classe moyenne ? Non, on ne peut pas le dire car ils vivent une paupérisation relative. Travailler plus de 40 heures par semaine pour un salaire d’entre 1 700 et 2 500 euros, cela ne fait pas de vous un pauvre, mais cela ne fait pas de vous un membre de la classe moyenne.

La classe moyenne, elle, gagne 2 500 euros et plus dans un emploi de bureau, elle ne perd par sa vie à la gagner dans un effort manuel ou psychologique intense, avec des horaires contraintes, souvent tard le soir, voire la nuit, ou tôt le matin. Elle ne vit pas aussi durement le chômage, le remboursement des crédits, et elle a bien souvent des conditions de travail plutôt satisfaisantes.

Mais cette classe n’est en fait qu’un entre-deux, un intermédiaire instable entre la bourgeoisie et la classe ouvrière, et c’est pourquoi elle est si régulièrement mise en avant pour masquer les inégalités de classe.

La classe ouvrière vit une course dans le travail, une course qu’elle accepte de réaliser car elle lui offre la possibilité d’obtenir une part relative de la richesse produite, quant à la haute bourgeoisie, qui bien souvent vit sur des rentes et/ou des actions, en obtient une part bien plus grande.

Certes, les classes populaires accèdent ici à un niveau de vie confortable. Cela est visible avec l’accès à la maison individuelle.

Mais le plus souvent, ces maisons individuelles restent à l’image de la part de richesses qu’elles retirent. Ces maisons sont des pavillons, souvent encaissés dans une zone résidentielle, qui n’est d’ailleurs jamais bien loin de grands axes routiers, chemin de fer, zones industrielles et autres environnements délaissés par les riches.

De même, il est plutôt rare d’y trouver une fondation profonde, avec par-exemple une cave et la construction est souvent assez précaire. On est très loin du chalet de 2 à 3 étages en matériaux d’exception, avec garage privatif, accès au sous-sol, construit sur les hauteurs dans des écrins de verdure, sur les versants recevant le soleil.

Et les ouvriers pourront bien faire ce qu’ils veulent, même en travaillant plus, ils n’auront jamais la part du gâteau que retire la haute bourgeoisie et qui est visible dans son train de vie décadent et anti-social.

Si l’aliénation est trop forte et que les travailleurs espèrent obtenir ce train de vie, ils courent après une part du gâteau qu’ils ne retireront jamais… et cela au détriment de leur vie, avec la dégradation de leur santé, de leur vie affective et familiale.

Le travailleur frontalier à Genève et son salaire mirobolant est un bon exemple d’une vie passée à espérer gagner une part toujours plus grande du gâteau.

Dans tous les cas, la paupérisation relative montre que les classes sociales existent en s’opposant : quand la haute bourgeoisie en retire toujours plus, c’est toujours au détriment des prolétaires qui en retirent une part intéressante, certes, puisque le gâteau est énorme, mais qui va en se réduisant toujours plus.

Quand les uns obtiennent toujours plus sans ne rien perdre dans leur vie quotidienne, les autres courent après une part qui se réduit, et cette course a pour conséquence une dégradation de leur vie quotidienne.

Voilà la lutte des classes qui reste au point mort, mais que la crise en cours va aider à remettre en marche.

Une réponse à « Au-delà du misérabilisme, les inégalités de classes »

  1. J’ai travaillé toute ma carrière plus 40 de
    Ans dans un Cabinet comptable avec un stress permanent des heures supplémentaires non payées du Rtt en pagaille et difficile voire impossible à récupérer. Mal payée car j’avais le malheur de me révolter ou de faire partie du CE et je ne pense pas avoir fait partie d’une classe supérieure ou intermédiaire. Nous avons juste réussi à nous mettre un toit sur la tête et pas une maison, un appartement… Mon travail n’était pas un travail de force non il me plaisait beaucoup mais au delà de ces considérations je ne me considère pas comme une nantie . Juste quelqu’un qui a sorti la tête de l’eau. Il y en a beaucoup comme moi. Je pense à ceux qui nous dirigeaient et nous rabaissaient oui eux à l’époque de ma retraite ils gagnaient déjà 5 ou 6000 euros mensuels. Les retraites n’augmentent pas elles et bientôt nous serons dans la limite basse !!
    Mon ressenti était d’appartenir à la classe ouvrière comme mes parents

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