Mer de glace : le business touristique veut rentabiliser le réchauffement climatique


Ecologie / vendredi, juillet 2nd, 2021

La Mer de Glace est le premier site touristique des Alpes : elle attire presque 1 000 000 de visiteurs par an. Attirés par la visite de la grotte de glace et la vue de carte postale, ces touristes se font pourtant moins nombreux. Pour permettre à la rente touristique de continuer, la solution est toute trouvée : valoriser le réchauffement climatique.

Sous l’effet du changement climatique, le glacier recule et perd de l’épaisseur à vitesse grand V, un signe qui alerte sur le fait qu’on ne peut pas consommer la montagne comme un parc d’attraction. Il n’y a d’ailleurs nulle besoin ici de statistiques, quiconque est né ici dans les 40 dernières années voit bien le recul rapide des glaciers.

Mais voilà, le capitalisme reste ce qu’il est… et la bourgeoisie reste ce qu’elle est. Et sa nature historique, c’est de faire fructifier un capital pour en retirer des profits. Ici, cela veut dire obtenir un maximum d’entrées sur les sites touristiques.

Ne se contentant pas des 6 000 visiteurs à la Mer de glace à la journée en période de forte affluence, la Compagnie du Mont-Blanc (CMB) veut donc à nouveau flirter avec les 10 000 touristes de sa belle époque.

Comment faire plus d’entrées avec un paysage toujours plus désolant ? En proposant de consommer la fonte du glacier bien-sûr ! La Mer de glace disparaît ? Transformons là en un spectacle vivant où les esprits sans dignité aucune pourront se valoriser d’avoir « vu » le réchauffement climatique.

En signant un contrat de concession de 53 millions pour construire un nouveau télécabine, la CMB construit aussi un centre d’ « interprétation » des changements du glacier.

Peut-on vraiment effectuer un travail scientifique sérieux au milieu d’une foule de touristes, venus ici pour leur crédibilité écologique ? De plus, parler d’ « interprétation » du réchauffement climatique en dit long aussi sur la mentalité mielleuse et tempérée d’entreprises qui ne veulent froisser personnes.

Tout cela est ridicule…voir affligeant… voir révoltant…Tout comme l’est d’ailleurs le « concert » de la chanteuse Suzanne diffusé mardi sur les réseaux sociaux il y a quelques semaines pour « alerter » sur le changement climatique.

Une consommation égo-centrée de la Nature qui ne diffère en rien de la clientèle du restaurant Le Panoramique inauguré en décembre 2016, et proposant de manger un repas en terrasse en surplomb de la Mer de glace tout en écoutant une musique d’ambiance.

L’écologie reste un prétexte, une surface d’expression existentielle. Dans ces conditions de voyeurisme et de consommation, on ne peut pas attendre que cela enclenche un engagement pour défendre la nature. D’ailleurs peut-on encore se dire en 2021 qu’il faille alerter ?

L’alerte a été lancée dans les années 1970, et le mouvement « Earth First! » (La Terre d’Abord !) a existé dans les années 1980 en Angleterre et aux États-Unis sur la base d’une critique radicale….

Alors de quelle alerte parlons-nous ? Aucune si ce n’est celle de fournir un arrière-plan moral à un business touristique qui cherche à se maintenir coûte que coûte, vaille que vaille… Et au diable la morale, au diable la dignité, il faut pouvoir vendre la « vision » du réchauffement climatique.

La Nature a besoin d’une chose : qu’on mette à l’écart le business destructeur, et plus que des pseudos « lanceurs d’alerte », elle a besoin de gens qui assument une morale écologique en rupture avec la superficialité de ce monde marchand et en reconnaissance de la dignité de la Biosphère, notre Terre-Mère.

Darryl Cherney – Earth First! (1986) « No compromise in defense of Mother Earth! »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.