Annecy : un millier de manifestants contre le pass sanitaire, l’État empêtré dans ses contradictions


société / jeudi, juillet 15th, 2021

Ce mercredi 14 juillet, plus d’un millier de personnes ont manifesté à Annecy contre le « pass sanitaire » obligatoire annoncé lors de l’allocution présidentielle d’Emmanuel Macron ce lundi 12 juillet. Cette manifestation révèle le délitement complet de la société, avec un État bien incapable de mobiliser les gens dans une direction commune et consentie.

Face au covid-19 qui n’en finit plus de circuler et de muter vers des formes plus pathogènes, la vaccination est à coup sur un moyen utile pour endiguer la pandémie et protéger la collectivité dans son ensemble.

Mais dans une société rongée par l’individualisme et insensibilisée depuis au moins 50 ans par une consommation généralisée, la vaccination est un objet de consommation comme un autre, ce qui fait que nombreuses sont les personnes qui attendent leur tour passivement ou qui basculent dans le refus.

Face à un énième rebond épidémique le temps presse et il est difficile d’en rester au bon vouloir des gens pour aller se faire vacciner. L’Etat s’est donc obligé à mettre en place par en haut un pass sanitaire obligatoire pour accéder à de multiples lieux et évènements dans le but d’accélérer la campagne vaccinale.

C’est pourquoi tout ce que le pays compte de personnes biberonnées au « jouir sans entraves » dans un pays débordant de richesses se sont mobilisées contre le « pass sanitaire » obligatoire. Des manifestations qui relèvent d’une contestation libérale.

Car le libéralisme ne se limite pas au fait de dire que le marché doit être « libre et sans entraves ». Du moins pour que cela soit ainsi, le marché exige des individus montés sur pièce, qui se pensent comme des êtres isolés les uns des autres et qui entrent en relation par le biais de « contrats librement choisis ». Le marché sans entraves exige des consommateurs sans limite absolue, voilà tout.

Les manifestants à Annecy étaient donc clairement l’expression du cri de la révolte libérale contre toute mesure collective, rejoignant ici les protestations anti-confinements de 2020 ou celles contre le port du masque obligatoire. Avec même parfois des allusions délirantes à la « dictature », à l' »apartheid », voir carrément à la Shoah.

Pour ces individualistes, le virus n’est pas quelque chose de vraiment réel, ou du moins appartient-il à une bulle de la réalité qui ne les a pas encore atteint, alors à quoi bon se plier à une discipline collective ? A quoi bon si ce n’est celui de participer à l’immunité collective pour enrayer les mutations successives…

D’ailleurs, il n’est pas étonnant que Loïc Hervé, le sénateur centriste de la Haute-Savoie, soit vent debout contre le pass-sanitaire obligatoire, comme il est opposé à toute mesure collective depuis l’irruption de la crise sanitaire en France en février 2020.

Un sénateur qui flirte de plus en plus avec les franges les plus illuminés de la Droite, allant même jusqu’à répondre à une interview à l’Institut des Libertés à propos de la fermeture des stations de ski, un « institut » présidé par un financier et idéologue d’extrême droite.

En réalité, dès son irruption en France, le Covid-19 a posé un problème historique : la collectivité doit-elle contraindre le marché et ses individus-rois pour se protéger ?

Évidemment, cette problématique est insupportable pour les esprits libéraux qui ne veulent rien trancher et s’imaginent que l’on peut faire face à une crise d’une telle ampleur sans avoir à prendre parti. Non pas que choisir le camp de la collectivité se fasse au détriment des individus, mais certainement en opposition à l’individualisme libéral.

>> Voir aussi : neuf articles à relier à propos de la crise du Covid-19 en vallée de l’Arve

Une société vraiment démocratique dirigé par un État au service des besoins populaires, amènerait les gens à s’investir en réalisant leurs personnalités dans l’effort collectif, en luttant par exemple contre l’isolement des plus anciens, en organisant l’acquisition pour tous du savoir scientifique, etc.

Il est vrai que pour réussir de la sorte, un tel État ne devrait pas être pied et poing lié au capitalisme et à sa logique de profits à court terme fondée sur la mise en concurrence de tous contre tous et de hiérarchies sociales pas toujours justifiées.

La problématique sociétale ouverte par le Covid-19 n’a donc pas été tranché par l’État et il fait face maintenant à ses propres contradictions, celle d’une société qui doit se protéger mais composée d’individus qui ne voient que le bout de leur nez car prisonniers de l’océan marchand.

Cette problématique, seule une impulsion populaire à la base affirmant une direction claire dans un sens ou un autre peut la régler. Et pour l’instant, les partisans fermes et assumés de la collectivité sont minoritaires, les libéraux enfermés dans un activisme bruyant, lorsque la majorité des gens attendent de suivre passivement les consignes venues d’en haut…

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