« Retour à la forêt primaire » : un extrait du livre du forestier Peter Wohlleben


Ecologie / mardi, juillet 20th, 2021

Peter Wohlleben est un ancien forestier allemand. En 2015, il a publié un livre devenu un best-seller en Allemagne, et traduit en 2017 en français comme « La vie secrète des arbres (ce qu’ils ressentent comment ils communiquent) ».

Ce livre explique scientifiquement l’interconnexion des différentes formes de vie dans une forêt, et principalement les inter-relations des arbres avec leur environnement général, la forêt. Voici un extrait de l’avant-dernière partie intitulée « Retour à la forêt primaire », qui ne manquera pas de faire écho à la nécessaire lutte contre le projet de route forestière au Col de Voza :

 « L’aspect des forêts primaires européennes suscite beaucoup de fausses idées. Les néophytes sont nombreux à croire que le paysage serait envahi de broussailles, que le sous-bois serait dense et impénétrable, que les forêts ouvertes aujourd’hui à la promenade ou à la randonnée seraient impraticables. Les réserves forestières qui n’ont connu aucune intervention humaine depuis plus de cent ans prouvent le contraire. L’ombre épaisse bannit les plantes herbacées et les buissons ; au sol, la couleur brune des feuilles mortes domine. Les petits arbres poussent extrêmement lentement et très droit, leurs branches latérales sont courtes et grêles. Le plus impressionnant, ce sont les vieux arbres dont les fûts parfaits s’élèvent dans la pénombre comme les piliers d’une immense cathédrale.

Les forêts exploitées, donc régulièrement éclaircies, sont au contraire très lumineuses. Les herbes et les broussailles y prospèrent, les ronces forment des fourrés qui interdisent de s’écarter des chemins. Les houppiers des arbres abattus qui jonchent le sol ajoutent aux obstacles. Il émane de l’ensemble une impression d’agitation et de désordre. À l’inverse, naturellement dégagé, le sous-bois des forêts primaires se laisse parcourir en tous sens. Les quelques gros troncs qui gisent ici et là au sol offrent des bancs improvisé appréciés des visiteurs. Mais ils sont rares, car peu d’arbres atteignent naturellement un très grand âge. Hormis ces chutes d’arbres morts, il se passe très peu de chose dans la forêt. Les changements visibles en une vie humaine sont minimes. Les zones protégées qui permettent aux forêts cultivées de devenir des forêts naturelles apaisent la nature et la rendent plus accessible.

Et la sécurité ? N’entendons-nous pas régulièrement parler de la dangerosité des vieux arbres ? De branches qui tombent, d’arbres qui s’abattent sur les chemins de randonnée, sur des cabanes ou des voitures? Cela peut arrive, bien sûr. Mais les risques sont beaucoup plus élevés dans les forêts exploitées. Plus de 90 % des dommages causés par les tempêtes concernent des conifères issus de boisements artificiels instables que des rafales de 100 kilomètres à l’heure suffisent à abattre. Je n’ai pas connaissance d’un seul cas de forêt ancienne de feuillus, inexploitée depuis longtemps, qui aurait subi de tels dommages. N’est-ce pas une excellente raison de prôner le retour au naturel ? laissons donc faire la nature ! »

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