Attaques de loup : Jean-Marc Peillex au chevet du vieux monde


Ecologie / mardi, août 17th, 2021

Une série d’attaques sur des troupeaux imputées au loup à été à l’origine de l’interpellation de la ministre de l’écologie Barbara Pompilli, par M. Peillex, vice-président du conseil départemental et maire de Saint-Gervais-les-Bains.

C’est par un communiqué de presse au ton déplorable, rédigé sous une forme qui se veut humoristique, que Mr. Peillex révèle une fois encore son incompréhension de tout ce qui touche à la nature :

Madame la ministre en vous positionnant clairement pour la défense du loup, vous avez pris position pour une espèce particulière, contre d’autres espèces, ce n’est pas ce qu’on est en droit d’attendre d’un défenseur de la nature et de l’environnement.

L’argument est à la fois surprenant et fallacieux. On s’étonne de voir Mr. Peillex regretter la mort d’animaux lorsque ces mêmes animaux sont, à l’exception des animaux élevés pour leur production laitière, destinés à l’abattoir dans un avenir proche. Si encore, Mr. Peillex avait la décence de s’indigner de toutes les morts animales.

Or, les animaux d’élevage ne sont pas en danger d’extinction, bien au contraire. La consommation de viande étant en augmentation constante, les cheptels représentent une réelle menace pour la vie sauvage, qu’ils proviennent d’élevage intensifs, ou extensifs comme dans le cas de l’agro-pastoralisme de montagne.

En faisant subir une pression très forte sur des espaces fragiles, en altitude, les troupeaux heurtent les conditions de développement de bien d’autres formes de la vie naturelle. Les fameux « paysages ouverts » tant vantés par les défenseurs du pastoralisme sont des espaces anthropisés, façonnés par la main de l’homme où la faune et la flore sont menacées. Les nombreux troupeaux qui paissent y représentent une menace notamment pour les insectes, dont le sort n’est pas du tout suffisamment documenté. Les traitements médicamenteux que ces animaux reçoivent se retrouvant par exemple dans les excréments, et contaminent les sols.

L’occasion de ces attaques devrait conduire à une évaluation scientifique et démocratique de ce que représente le pastoralisme, de ses impacts sur la biosphère. Le pastoralisme ne représente plus, dans une société avancée technologiquement, « une nécessité vitale pour la survie de son espèce » comme l’assène mensongèrement M. Peillex. Le pastoralisme de montagne apparaît comme le reste d’une époque dépassée.

>> Voir aussi : Loup : le coup de pression des chasseurs

Les loups, au contraire, sont une composante essentielle du bon fonctionnement de la Biosphère, ils sont totalement légitimes à l’état sauvage. Or ces attaques devraient faire réfléchir sur la nécessité de protéger la biosphère dans son ensemble, en sanctuarisant de vastes espaces, où abonderaient notamment de grands herbivores et des prédateurs, restaurant ainsi les complexes chaînes du vivant qui s’effondrent de toutes part aujourd’hui.

Mais, Mr. Peillex lui regrette que « les loups se promènent en toute impunité ». On croit rêver. L’édile se fait ici le porte-parole des acteurs d’un modèle économique anachronique et délétère, qui voudrait une nature qui marche au pas, qui ne dépasse pas des anémiques réserves concédés de-ci de-là.

Le pastoralisme sert à la fois d’activité pittoresque, témoignage d’un passé idéalisé, très vendeur pour le tourisme l’été. Et il permet le maintien des espaces ouverts en moyenne montagne, pour le ski. Bref, la vision de Mr. Peillex c’est la voix des capitalistes du ski et de l’immobilier qui refusent de laisser une once de terrain à la nature sauvage. Le loup apparaissant pour eux comme une contradiction à la manière dont ils ont façonné les espaces de montagne savoyards.

Le débat soulevé par ces attaques n’est nullement celui des « bobos » hors-sol contre les défenseurs légitimes de la ruralité. C’est l’opposition entre les défenseurs acharnés de l’ancien monde et ceux qui reconnaissent le vivant dans toute sa complexité, à l’heure d’une crise écologique majeure.

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