Grèves contre le passe sanitaire, des syndicats qui sombrent dans le populisme


société / vendredi, août 6th, 2021

Au lieu de mettre la collectivité en avant, les syndicats défendent la « liberté individuelle » à coup d’arguments irrationnels.

Le conseil constitutionnel a validé hier une grande partie du texte législatif proposé pour la mise en place du passe sanitaire. Seule la possibilité de licencier et l’obligation d’isolement ont été retoqué. Sans surprise, et en vertu de la protection de la santé, la vaccination obligatoire pour le personnel soignant est adoptée.

Face à ces décisions qui consistent pourtant en un minimum collectif, les syndicats décident de se ranger dans le camp du populisme, nationalement avec un appel à la grève de la part de Sud, de la CGT et de FO.

Localement, c’est la CGT CHANGE (Centre Hospitalier Annecy Genevois) et la CGT des hôpitaux du Léman qui entrent dans la danse en posant des préavis de grève en ce début août, s’imaginant parler au nom d’une éthique médicale. Ce jeudi 5 août, une centaine de gens s’est réuni à leur initiative devant les hôpitaux du Léman à Thonon-les-Bains pour protester contre le passe-sanitaire.

Parmi les revendications, la CGT CHANGE déclare dans le Dauphiné Libéré qu’elle s’oppose « à toute obligation vaccinale ainsi qu’à toute mesure anti-sociale liées au passe sanitaire et à son application ». Il faut faire fort pour oser affirmer que la systématisation de la vaccination est anti-sociale !

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Pour apparaître légitime, ces syndicats utilisent des concepts qui dévoient l’héritage du mouvement ouvrier. Comme avec l’idée de « stigmatisation », de « culpabilisation », et enfin celle de « liberté individuelle ».

En effet, dans leurs esprits, la vaccination obligatoire des soignants correspond à une stigmatisation, c’est-à-dire, une catégorie dénigrée, vue comme déviante, mauvaise par la société, rien que ça. Comme si la nécessité du vaccin ne correspondait pas à une réalité, comme si les soignants n’étaient pas réellement le corps de métier le plus exposé au virus et le plus en rapport avec des gens vulnérables à la maladie.

La vaccination n’est pas de la stigmatisation c’est de la précaution, sur la base d’un principe de réalité. Et il faudrait faire encore plus, en la rendant obligatoire pour tout le monde.

On a en fait ici une version subjective de la stigmatisation, il est dit que certains « se sentent » stigmatisés. Un sentiment personnel n’est pas gage de réalité, encore moins un vecteur de mobilisation crédible. Il en va de même pour la « culpabilisation », sur ce coup là, la CGT emprunte plus à la psychologie de comptoir qu’à l’histoire du mouvement ouvrier.

C’est une atmosphère de paranoïa qui est flattée ici et qui profite à qui saura faire vibrer la corde de l’émotion, de l’irrationnel, de la victimisation. Et qui connaît l’histoire sait que c’est le domaine de prédilection du fascisme.

Et si certains syndicats se vautrent autant dans la psychologie et les affirmations irrationnelles, c’est qu’ils peinent à cacher leur convergence avec le discours nationaliste et libéral de la défense de la fameuse « liberté individuelle ». La liberté qui, rappelons-le, ne flotte pas en l’air mais existe à travers l’affranchissement collectif. Et là l’enjeu c’est avant tout de s’affranchir du virus…

Mais pour ces syndicats, peu importe que le fond culturel des mobilisations anti-passe soit nul, peu importe que l’extrême droite y soit à son aise, peu importe que l’enjeu de la vaccination soit une nécessité collective, « tant que ça bouge » c’est que cela vaut le coup.

Le problème c’est que le syndicalisme français reste marqué par la charte d’Amiens et son rejet de la politique et de l’idéologie, et on en paie ici le prix. Cette conception des choses raisonne en termes de « haut et de « bas », de professions à défendre, d’opposition de principe à l’État et jamais en termes de société passée au filtre de valeurs. D’où sa difficulté à garder un cap quand l’État se contredit lui-même en permanence, ballotté entre ses valeurs libérales et la réalité nécessitant le collectivisme.

Une partie non négligeable des français n’ont jamais voulu prendre au sérieux la pandémie, une autre partie est passée à autre chose et ne souhaite tout simplement pas être dérangée pour des considérations strictement collectives. Se mettre à la remorque d’un tel déni des choses, voir carrément l’appuyer, c’est niveler les consciences vers le bas.

C’est bien là que l’on voit que l’on a besoin de la Gauche, d’une Gauche qui participe à élever le niveau de conscience populaire pour mieux viser l’émancipation réelle de toute la société, une élévation qui passe par une appropriation démocratique de la science et une défense stricte et constante du collectivisme.

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