La véritable leçon de la crise du Covid-19


Ecologie / mardi, août 24th, 2021

Depuis le début de la crise du Covid-19, il est commun pour les autorités de se dédouaner de leurs responsabilités (historiques) en feignant l’étonnement de la survenue de cette pandémie virale. En réalité, cela fait plus de 30 ans que les scientifiques analysent les conditions d’émergence de nouvelles maladies…

Le 1er janvier 2021, le maire de Passy Raphaël Castera déclarait que

Jamais on aurait pu imaginer qu’il y a treize mois à peu près, que le monde s’arrête à cause d’un virus, aussi bénin semblait-il à l’époque.

Comme si le Covid-19 était le ciel qui nous tombait sur la tête, dont personne ne semblait imaginer la survenue.

Évidemment, la société est tellement empêtrée dans le travail salarié, la consommation et la superficialité, qu’il y a une absence de contrôle démocratique de la science, sans même parler de sa faible diffusion au plus grand nombre. Et l’on pense ainsi que tout nous tombe sur la tête, que c’est à ne plus rien y comprendre…

En réalité, en tant que « maladie émergente », le Covid-19 relève de processus sociaux et biologiques régressifs analysés depuis longtemps par les scientifiques.

Le concept de « maladie émergente » fait référence non pas à la survenue de nouveaux agents pathogènes, mais à leur transformation dans un contexte social et écologique précis, donnant lieu à une maladie identifiée pour l’humain. Tels sont par exemple le Sida, produit des virus HIV 1 & 2, de la dengue, d’Ebola, de Nipah, etc. Le Covid-19, issu d’un coronavirus, relève donc de cette réalité.

Si le concept apparaît au XIXe siècle avec la naissance de l’épidémiologie, il faut vraiment attendre le début des années 1990 pour qu’il soit utilisé en tant que tel par les scientifiques.

Entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, des scientifiques du monde entier, spécialistes en infection, en virologie, etc., se sont réunis à Annecy pour échanger autour des avancées de leurs travaux concernant les « maladies émergentes ».

En 1987, il y a eu la conférence internationale autour de la question « Sida : Épidémies et société ». Puis, en 1992, à l’initiative de la Fondation Mérieux spécialisée dans la lutte contre les maladies infectieuses, une seconde conférence internationale a lieu autour du thème « Émergence de maladies infectieuses : perspectives historiques ».

Lors de cette conférence, Roy M. Anderson, un épidémiologiste anglais, y explique les facteurs écologiques qui amènent une maladie émergente dans de nouveaux hôtes.

>> Voir aussi : Comprendre le lien entre virus et déséquilibres de la Biosphère

C’est à cette époque que le thème et le concept de « maladie émergente » devient dominant pour penser les épidémies.

En 2016, l’ouvrage « Émergence de maladies infectieuses. Risques et enjeux de société » est venu résumer l’ensemble des dernières avancées en la matière. Dans ce livre, l’écologue de la santé Serge Morand remarque :

Comment une perte de biodiversité peut-elle être associée à une augmentation, donc une richesse, de maladies infectieuses émergentes ? L’explication donnée est que la perte de biodiversité serait associée à une augmentation des interactions entre les humains, leurs animaux domestiques et la faune sauvage.

La fragmentation des habitats, l’intensification agricole et de l’élevage affectent la biodiversité locale, tant la richesse en espèces que la composition des communautés animales et végétales, et favorisent des contacts nouveaux entre animaux, domestiques et sauvages, et humains.

Un exemple caractéristique est celui de l’émergence du virus Nipah en Malaisie, où les déforestations massives ont conduit les grandes roussettes à migrer vers les nouveaux territoires et sources de nourriture que sont les plantations de palmiers-dattiers. Celles-ci, situées dans des zones de production intensive de porcs pour le marché international, ont permis des contacts infectieux nouveaux entre chauves-souris et porcs, suivis de contacts infectieux entre porcs et humains localement, puis dans les destinations finales de consommation de viande porcine, à Singapour.

Ainsi, depuis les années 1940, la majorité des maladies émergentes proviennent non pas de vers ou d’agents protozoaires, mais de virus et de bactéries, et parmi eux 60 % sont des zoonoses, c’est-à-dire issus d’un transfert du monde animal au monde humain.

Il y a un véritable tournant scientifique et intellectuel dans les années 1990 qui n’a pas été clairement saisi par les populations, et on en paie aujourd’hui le prix avec le SARS-Cov-2, provoquant la maladie du Covid-19. En Asie et en Afrique, les gens ont en déjà fait les frais avec Ebola, Nipah et le Sars-Cov-1.

Le Covid-19 est donc un appel à une prise de conscience globale sur le fait que notre mode de vie, qui détruit la Biosphère, est une partie du problème : il fournit des conditions nouvelles à la recombinaison d’agents pathogènes auparavant inoffensifs, ou presque, pour le genre humain.

Protéger la profusion de la vie sauvage dans un cadre naturel permet de multiplier les barrières naturelles évitant aux agents pathogènes de se transformer de telle sorte qu’il engendre des maladies émergentes pour le genre humain. En somme, il faut défendre la biosphère pour s’épargner la survenue de nouvelles épidémies.

Transformer notre de mode de vie de fond en comble, tel est l’enjeu fondamental de la décennie en cours. Telle est la critique véritable de la crise sanitaire actuelle.

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