Manif anti-pass à Sallanches : la présence révélatrice de Jean-Yves Le Gallou


société / dimanche, août 8th, 2021

Ce samedi 7 août a eu lieu une manifestation contre le passe-sanitaire à Sallanches ayant rassemblé environ 200 personnes. A cette manifestation était présente Jean-Yves Le Gallou, une figure de longue date connue et reconnue de l’extrême droite française, version identitaire. Une présence ô combien révélatrice du style beauf et de l’ancrage à Droite de cette contestation.

Jean-Yves Le Gallou n’est pas n’importe qui. Il est un intellectuel engagé dans la mouvance d’extrême droite depuis la fin des années 1960, au départ comme membre du Groupe de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE), un club de pensée sur la reconstruction des idées d’extrême droite lancé en 1969 qui a contribué à justifier le racisme sur des bases culturelles (ethno-différentialisme).

En 1974, Jean-Yves Le Gallou co-fonde le « Carrefour de l’Horloge », un cercle de réflexion combinant l’héritage anti-Lumières, tel qu’Edmund Burke, et les penseurs libéraux comme Friedrich Hayek, pour construire ce qu’il a appelé un « nationalisme-libéral ».

Plus récemment, il anime l’émission « I-Média » sur TV Libertés tournée vers la « réinformation », terme qui masque à peine la désinformation, et dirige la fondation Polémia, autre club de pensée lancé en 2002 autour du « nationalisme ethnique ».

Enfin, après une suggestion de Dominique Venner en 2013, il a contribué à fonder l’Institut Iliade qui « refuse le Grand Effacement, matrice du Grand Remplacement », cette thèse identitaire, irrationnelle et paranoïaque, comme quoi le peuple français, vu par nature blanc et chrétien, serait en cours de remplacement par une « invasion migratoire » issue d’Afrique et orchestrée par des puissances obscures.

En bref, ce triste personnage est un théoricien de premier ordre de la mouvance d’extrême droite. Ce n’est ni un sympathisant, ni un militant, ni même un cadre politique : c’est quelqu’un qui participe à mettre en forme une vision du monde néo-fasciste, lui qui a participé en 2013 à l’université d’été de Casapound, ce mouvement italien qui se revendique de Benito Mussolini.

Ce qu’il faut dire, c’est que ce n’est pas un facho qui était présent dans une manifestation soit-disant « apolitique », mais bien que ces manifestations évoluent sur un terrain qui est culturellement plus que favorable à l’extrême droite.

Car ces manifestations qui proclament la « liberté » sont surtout là pour défendre des individualités égo-centrées qui veulent faire ce qu’elles veulent, une posture qui a toujours été la marque de fabrique de l’extrême droite, anti-communisme oblige.

Car pour sauvegarder l’individualisme et en même temps revendiquer le nationalisme, le fascisme s’est inspiré du darwinisme-social, cette philosophie qui analyse la société en termes d’individus « forts-adaptés » et d’individus « faibles-non adaptés ». Dans cette logique, les forts sont au service de la Nation, vue comme un corps organique à purifier, et cela s’est toujours opposé à toute forme de solidarité collective au bénéfice de plus fragiles.

Sans une Gauche forte, cette vision du monde ne pouvait que se fortifier dans le cadre de la pandémie de covid-19. Pour s’en convaincre, voici par exemple ce que jean-Yves Le Gallou a écrit le 24 avril 2020 sur un de ses sites, alors même que 22 245 personnes avaient déjà perdu la vie dans le pays :

La dictature sanitaire a aussi effacé d’un trait de plume la liberté de circulation. Les randonneurs sont traqués par hélicoptère et les résidents secondaires font l’objet d’enquêtes judiciaires. Le confinement est implacable. Assujettis à demeurer sur place comme des détenus sous bracelet électronique […] Il faut refuser la régression civilisationnelle qu’on nous propose.

On aurait du mal à trouver plus grand défenseur du libéralisme bourgeois contre la nécessaire discipline collective par temps de pandémie virale. Car la pseudo critique de la « société de contrôle » c’est de la pure démagogie populiste : quand on est soumis à un virus mortel inconnu, il n’y a pas 36 000 solutions, il faut bien se conformer à une discipline collective qu’il faut contrôler.

>> Voir aussi : Manif anti passe-sanitaire : beaucoup d’illuminés individualistes, un peu de fachos

Mais de toute manière, Jean-Yves Le Gallou se moque du danger du Covid-19, un danger qu’il minimise. C’est ce qu’on peut lire dans un de ses articles écrit le 13 juillet 2021 où il défend sans honte le darwinisme-social, où la vie des plus anciens serait superflue :

Ce n’est pas une grande peste : aucune victime parmi les enfants, très peu de « morts prématurés »  chez les moins de 65 ans. Comme pour le cancer, les maladies cardiovasculaires, les affections neurologiques, les infections virales et bactériennes. La grande faucheuse moissonne surtout chez les plus âgés. Tout au plus le coronavirus est-il une maladie infectieuse de plus qui a pris en partie la place de la grippe, des infections pulmonaires classiques et des gastro-entérites.

Mais cette manière de penser, de tout relativiser, de se moquer des valeurs collectives, de laisser la protection à la seule responsabilité de plus fragiles, n’est-ce pas là la conception du monde des anti-passe sanitaire ? N’est-ce pas la vision partagée de toutes celles et ceux qui n’ont jamais vraiment assumé la réalité épidémique depuis mars 2020 ?

La présence d’un tel personnage montre à quel point les protestataires anti-passe sanitaire ne sont que des activistes populistes au service des thèses irrationnelles et anti-collectivistes propagées par l’extrême droite. Penser que la Gauche est un quelconque rôle à jouer là-dedans, c’est se fourvoyer.

6 réponses à « Manif anti-pass à Sallanches : la présence révélatrice de Jean-Yves Le Gallou »

  1. C’est bien triste de voir des personnes se hâter de faire quelques cas une généralité sans même savoir de quoi ils parlent. Pour votre gouverne des personnes vaccinées étaient présentes à cette manifestation.
    Mais c’est grâce à de malheureux commentaires comme celui-ci qu’on colle des étiquettes aux gens, que l’on met en place des préjugés.
    Je ne vois aucune valeur collective dans de telles propos.

    1. Bonjour,

      Quand on cherche à organiser la société par temps de pandémie, il parait farfelue de ne pas contrôler et vérifier l’avancée de la vaccination générale. Nous concernant, nous sommes pour le vaccin obligatoire et il est évident qu’il faudrait là aussi le faire contrôler par l’Etat, ce qui revient donc au même. Il en va de l’acquisition de l’immunité collective, et non pas simplement d’une protection personnelle.

      Cordialement,

      AAG.

  2. « ayant rassemblée » sans « e ».
    Votre article est très réducteur. Beaucoup de participants ne savaient même pas que le type dont vous citez le nom était présent. Traiter les gens de « beaufs », quel mépris !

    1. Bonjour,
      Oui nous pensons que ces gens portent des valeurs anti-collectives, qui sont bornées dans leur repli individuel, et à mille lieux des enjeux liés à la pandémie.
      Cordialement,
      AAG.

  3. Entre ceux qui voient dans la manif une révolte populaire et qui ignore totalement les fachos et les antisémites pourtant notoires en Haute-Savoie (ils voient les complotistes et les antivaxx qui pourtant ne seraient que de pauvres hères perdus que l’on peut ramener dans le giron de la lutte sociale) et ceux et celles qui sont persuadés que les manifestations ne sont peuplés QUE de fascistes en puissance ou de gens perdus pour la cause sociale, on est mal barré, mais très mal barré !!!
    Car dans tous les cas ceux et celles qui gagnent ce sont ceux qui appartiennent au camp de la réaction et du populisme.
    Les premiers semblent s’en foutre royalement et croire que la gauche gagnera dans les manifestations comme pour les gilets jaunes en ignorant que les revendications de base sont encore plus éloignés du social et qu’on surfe sur de la rhétorique populiste. Les seconds en ne venant ne pourront en effet peser pour justement soit faire pencher la balance soit se regrouper pour éjecter les identitaires de tout poil.

    Personnellement, en tant que representante d’un syndicat départemental, je vais continuer à faire comme d’habitude, mon taff de syndicaliste, discuter avec les collègues partout dans mon service où je bosse. Tracter discuter, voir où ils en sont, sur quoi les appeler à se mobiliser et peut-être envisager d’avancer une date de mobilisation avant le 5 octobre et sûrement pas sur ce qui se passe en ce moment parce que comme pour les gilets jaunes ils s’en foutent complètement. Créer de la convergence et pas l’attendre comme un truc qui va venir parce qu’on manifeste le samedi et que cela crée un bouillonnement populaire.

    Essayer également de faire mon boulot d’antifasciste sans nier les pancartes qui sont un non sujet en Haute-Savoie. Je ne peux nier la présence d’un théoricien fasciste à Sallanches, d’Egalite et Réconciliation à Thonon ou encore d’Alexandre Gabriac à Annecy. On est face à de l’ultra-droite et tant que ce sujet sera nié, je ne viendrai pas aux manifestations. Historiquement et idéologiquement, la gauche ne s’est jamais alliée avec l’extrême-droite et la combat de la manière la plus ferme qu’il soit puisque ce sont nos ennemis politiques. Si, cela est arrivé en 1911 et cette rencontre improbable s’appelait le « Cercle Proudhon ». Il a donné naissance au fascisme en France. C’est historique.

    Soyons clairs dans nos lignes et organisons nos propres manifestations sur des bases saines et des appels rappelant la justice sociale, le soutien aux plus précaires et l’urgence écologique.

    1. Bonjour,

      La question n’est pas tant d’orienter les gens vers des questions sociales que d’avoir une mobilisation populaire autour de l’enjeu vaccinal, un enjeu collectif en période de pandémie mondiale qui n’en finit pas de commencer.

      Or, actuellement la campagne vaccinale n’est pas réalisée de manière démocratique, avec un objectif populaire, de part la nature même d’un Etat qui est dépassé le depuis début de la pandémie. Comme tout dans cette société, la vaccination reste une démarche individuelle, isolée de la collectivité, alors qu’elle devrait être organisée à grande échelle dans le cadre d’une campagne nationale réalisée par l’Etat au plus près d’une population ayant été préalablement mobilisée sur cet enjeu sanitaire et scientifique de premier ordre.

      Mais force est de constater qu’une telle position est inaudible pour la majorité des contestataires « anti-pass »,puisqu’ils sont le plus souvent « anti-vaccin », voir même certains niant la réalité de l’actuelle pandémie. Celles et ceux qui revendiquent la « liberté individuelle » se prononcent en fait pour la liberté de ne pas se faire vacciner, et on a du mal à voir en quoi ils sont autre chose que des « anti-vaccin ».

      Ces mobilisations sont l’expression d’une forme d’obscurantisme doublé d’un individualisme qui trouvent appui dans les incohérences et les atermoiements de l’Etat dans la gestion sanitaire, tout autant que dans l’opacité des grandes entreprises pharmacologiques.

      Plus que tout, on a donc besoin d’un nouvel Etat démocratique et populaire capable de collectiviser la science pour la mettre au service du plus grand nombre.

      Cordialement,

      AAG.

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